vendredi 24 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2100318 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | MATHIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 18 janvier 2021, M. A B, représenté par Me Mathis, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision intervenue le 15 août 2020 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a implicitement rejeté son recours administratif formé contre la décision du 5 juin 2020 de la directrice territoriale de l'OFII lui ayant refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
2°) d'enjoindre à l'OFII de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter du mois de juin 2020, dans un délai de 48 heures à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à payer à son conseil au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'OFII ne lui a pas communiqué, malgré sa demande, les motifs de sa décision implicite ;
- la décision du 5 juin 2020 est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- la décision de refus est entachée d'un vice de procédure tiré de ce qu'il n'a pas bénéficié d'un entretien préalable de nature à évaluer sa vulnérabilité ;
- elle a été prise en méconnaissance des dispositions des articles L. 744-8-2° et D. 744-37 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 février 2021, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 15 décembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 2 janvier 2023.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 décembre 2020.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- la décision nos 428530, 428564 du Conseil d'Etat du 31 juillet 2019 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de M. Heintz, premier conseiller.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant algérien né le 12 novembre 1975, a présenté après son entrée en France une première demande d'asile enregistrée le 27 septembre 2012. Cette demande a ensuite été retirée et le 6 juin 2013, il a bénéficié d'une aide au retour volontaire de la part de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Il est ensuite revenu en France muni d'un visa délivré par l'Espagne et a présenté une nouvelle demande d'asile qui a été enregistrée en procédure " Dublin " le 5 juin 2020. Par une décision du même jour, la directrice territoriale de l'OFII a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par un courrier du 8 juin 2020, notifié le 15 juin 2020, M. B a formé contre cette décision un recours administratif auprès du directeur général de l'OFII. Son recours a été tacitement rejeté le 15 août 2020. M. B demande l'annulation de cette décision implicite de rejet.
Sur l'étendue des conclusions de la requête :
2. Aux termes de l'article D. 744-37-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction issue du 12° de l'article 1er du décret n° 2018-1359 du 28 décembre 2018 relatif aux conditions matérielles d'accueil : " La décision de refus ou celle mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 744-7 n'est pas soumise à la mise en œuvre de la procédure prévue à l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration. La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prend effet à compter de sa signature. Dans un délai de deux mois à compter de la notification de cette décision, le bénéficiaire peut introduire un recours devant le directeur général de l'office, à peine d'irrecevabilité du recours contentieux. La décision comporte l'indication des voies et délais dans lesquels ce recours peut être formé. Le directeur général de l'office dispose d'un délai de deux mois pour statuer. A défaut, le recours est réputé rejeté. En cas de décision de rejet, celle-ci doit être motivée ".
3. Ces dispositions réglementaires ont été annulées par une décision du Conseil d'Etat nos 428530, 428564 du 31 juillet 2019 et ont ainsi disparu rétroactivement de l'ordonnancement juridique. Il en résulte que M. B doit être regardé comme ayant exercé un recours hiérarchique, et non un recours administratif préalable obligatoire, contre la décision de l'OFII lui refusant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.
4. L'exercice du recours hiérarchique n'ayant d'autre objet que d'inviter le supérieur hiérarchique à reconsidérer la décision prise, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours hiérarchique doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours hiérarchique dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Ainsi, les conclusions de la requête de M. B dirigées formellement contre la décision implicite du 15 août 2020 rejetant son recours hiérarchique doivent être regardées comme étant également dirigées contre la décision initiale du 5 juin 2020.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. En premier lieu, la décision du 5 juin 2020 mentionne les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application et précise que les conditions matérielles d'accueil sont refusées dès lors que M. B a présenté une demande de réexamen de sa demande d'asile. Elle comporte ainsi les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle est fondée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté. Par ailleurs, il résulte de ce qui a été dit au point 4 que le requérant ne peut utilement soutenir que la décision par laquelle le directeur général de l'OFII a implicitement rejeté son recours hiérarchique serait, en l'absence de réponse à sa demande de communication des motifs de ce rejet, entachée d'illégalité.
6. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier ni des termes de la décision contestée que l'autorité administrative n'aurait pas procédé à l'examen particulier de la situation de M. B.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors en vigueur : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables () ". Aux termes de l'article de l'article R. 744-14 de ce code : " L'appréciation de la vulnérabilité des demandeurs d'asile est effectuée par les agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en application de l'article L. 744-6, à l'aide d'un questionnaire dont le contenu est fixé par arrêté des ministres chargés de l'asile et de la santé. / Si le demandeur d'asile présente des documents à caractère médical, en vue de bénéficier de conditions matérielles d'accueil adaptée à sa situation, ceux-ci seront examinés par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui émet un avis ".
8. Il ressort des pièces du dossier que M. B, lors du dépôt de sa demande d'asile au guichet des demandeurs asile de la préfecture le 5 juin 2020, a bénéficié d'un entretien individuel avec un agent de l'OFII au cours duquel sa vulnérabilité a été évaluée. Par suite, le moyen tiré vice de procédure doit être écarté.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " Outre les cas, mentionnés à l'article L. 744-7, dans lesquels il est immédiatement mis fin de plein droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le bénéfice de celles-ci peut être : / () / 2° Refusé si le demandeur présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ou s'il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2 ". Et aux termes de l'article L. 723-15 du même code : " Constitue une demande de réexamen une demande d'asile présentée après qu'une décision définitive a été prise sur une demande antérieure, y compris lorsque le demandeur avait explicitement retiré sa demande antérieure, lorsque l'office a pris une décision définitive de clôture en application de l'article L. 723-13 ou lorsque le demandeur a quitté le territoire, même pour rejoindre son pays d'origine () ".
10. Si M. B soutient que l'OFII a considéré à tort sa demande d'asile comme un réexamen de sa demande alors que, du fait du retrait de la demande d'asile qu'il avait déposée en septembre 2012, sa demande du 5 juin 2020 devait être regardée comme une première demande, il résulte des dispositions précitées qu'une demande d'asile présentée après que le demandeur ait explicitement retiré une demande antérieure constitue une demande de réexamen. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit donc être écarté.
11. En dernier lieu, et contrairement à ce que soutient le requérant, il ressort des pièces du dossier que la vulnérabilité de M. B a été évaluée par l'OFII, notamment au regard de son état de santé, pour lequel le médecin de l'OFII a considéré qu'il relevait d'un rang de priorité pour un hébergement mais sans caractère d'urgence. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'OFII aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation.
12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 5 juin 2020 par laquelle la directrice territoriale de l'OFII a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et de la décision du directeur général de l'OFII rejetant tacitement son recours hiérarchique doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions accessoires à fin d'injonction et celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Mathis et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 10 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. L'Hôte, président,
M. Heintz, premier conseiller,
Mme d'Elbreil, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 mars 2023.
Le rapporteur,
M. HEINTZ
Le président,
V. L'HÔTELa greffière,
L. ROUYER
La République mande et ordonne au ministère de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026