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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2100408

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2100408

vendredi 24 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2100408
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantBORGES DE DEUS CORREIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 janvier 2021, Mme A B, représentée par Me Borges De Deus Correia, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 7 octobre 2019 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'intégration et de l'immigration a refusé l'octroi des conditions matérielles d'accueil à son profit et la décision implicite de rejet de son recours gracieux présenté à l'encontre de la décision du 7 octobre 2019 ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement, de l'admettre aux conditions matérielles d'accueil ou, à défaut, sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte, de procéder au réexamen de sa demande en lui notifiant une nouvelle décision écrite et motivée ;

3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- elle est recevable à demander l'annulation des décisions ;

- la décision du 7 octobre 2019 est entachée d'une insuffisance de motivation et la décision implicite de rejet de son recours gracieux d'un défaut de motivation ;

- les décisions sont entachées d'erreur de droit ;

- l'Office français de l'immigration et de l'intégration s'est estimé à tort en situation de compétence liée en refusant sa demande au motif qu'elle avait été présentée sa demande d'asile plus de 120 jours après son entrée en France ;

- les décisions sont entachées d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle devait bénéficier des conditions matérielles d'accueil compte tenu de la vulnérabilité de son enfant.

Par une ordonnance du 15 décembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 janvier 2023.

L'Office français de l'immigration et de l'intégration a présenté un mémoire en défense, enregistré le 2 février 2023, qui n'a pas été communiqué.

Mme B a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 décembre 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Bardad, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante nigériane née le 13 mars 1980, a présenté une demande d'asile le 7 octobre 2019, qui a été enregistrée en procédure accélérée. Par une décision du même jour, l'Office français de l'intégration et de l'immigration a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Mme B a présenté un recours gracieux à l'encontre de cette décision le 16 octobre 2019, qui a donné lieu à une décision implicite de rejet le 16 décembre 2019. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de ces décisions.

Sur la décision du 7 octobre 2019 :

2. Aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable en l'espèce : " Outre les cas, mentionnés à l'article L. 744-7, dans lesquels il est immédiatement mis fin de plein droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le bénéfice de celles-ci peut être : / () / 2° Refusé si le demandeur présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ou s'il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2. () ". Aux termes de l'article D. 744-37 du même code, alors applicable : " Le bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile peut être refusé par l'Office français de l'immigration et de l'intégration : / () / 2° Si le demandeur, sans motif légitime, n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2 (). ". Aux termes de l'article L. 723-2 de ce code, dans sa version applicable au litige : " () III. - L'office statue également en procédure accélérée lorsque l'autorité administrative chargée de l'enregistrement de la demande d'asile constate que : / () / 3° Sans motif légitime, le demandeur qui est entré irrégulièrement en France ou s'y est maintenu irrégulièrement n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France / () V. - Dans tous les cas, l'office procède à un examen individuel de chaque demande dans le respect des garanties procédurales prévues au présent chapitre. () ".

3. En premier lieu, la décision du 7 octobre 2019 vise les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application et mentionne les circonstances de fait au vu desquelles elle a été prise. Cette décision comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle est fondée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ressort de la motivation de la décision attaquée que l'Office français de l'immigration et de l'intégration a procédé à l'examen particulier de la situation personnelle de Mme B.

5. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier ni des termes de la décision attaquée que l'Office français de l'immigration et de l'intégration se serait estimé en situation de compétence liée. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

6. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme B est mère d'un enfant né en France le 2 mars 2013, qui serait de nationalité française. L'intéressée, entrée en France le 12 décembre 2012 selon ses déclarations, aurait bénéficié d'un titre de séjour jusqu'au 28 janvier 2019. Mme B ne soutient pas ni même n'allègue qu'elle n'aurait pas bénéficié d'un entretien individuel lors de l'enregistrement de sa demande d'asile au guichet unique, le 7 octobre 2019, ni davantage qu'elle aurait été empêchée faire valoir ses observations afin que sa vulnérabilité soit évaluée. De même, la requérante ne démontre pas qu'elle aurait communiqué à l'Office français de l'immigration et de l'intégration des justificatifs relatifs à la situation de vulnérabilité qu'elle invoque à l'appui de sa demande tendant au bénéfice des conditions matérielles d'asile. Par ailleurs, dans le cadre de la présente instance, elle produit des documents médicaux, en particulier un compte-rendu d'hospitalisation du 3 juin 2020, selon lequel son fils qui présentait un syndrome d'apnée obstructive du sommeil (SAOS) sévère a fait l'objet d'une amygdalectomie le 28 mai 2020, avec un retour à domicile le 29 mai 2020. Toutefois, compte tenu de la date à laquelle ces documents ont été établis et de la date de l'intervention chirurgicale subie par son enfant, ces éléments ne démontrent pas que Mme B justifiait d'une situation de vulnérabilité le 7 octobre 2019, lorsque l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. L'intéressée ne prétend pas ni ne démontre également qu'elle ne bénéficiait, à cette date, d'aucun dispositif d'hébergement. Par suite, le moyen tiré du défaut de prise en considération de sa vulnérabilité doit être écarté

7. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 6 du présent jugement, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision implicite de rejet :

8. En premier lieu, les moyens critiquant les vices propres dont la décision de rejet du recours gracieux serait entachée ne peuvent être utilement invoqués à l'appui d'une requête dirigée à la fois contre cette décision et la décision initiale ayant fait l'objet de ce recours. Par suite, le moyen tiré de l'absence de motivation de la décision implicite de rejet du recours gracieux est inopérant.

9. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 4 à 7 du présent jugement, Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision contestée.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de Mme B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Borges De Deus Correia et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 3 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. L'Hôte, président,

M. Heintz, premier conseiller,

Mme Bardad, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 février 2023.

La rapporteure,

N. BARDAD

Le président,

V. L'HÔTE La greffière,

E. PROST

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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