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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2100523

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2100523

vendredi 29 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2100523
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantGONAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 janvier 2021, M. C A, représenté par Me Gonand, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 novembre 2020 par lequel le préfet de la Drôme lui a refusé la délivrance d'un duplicata de carte de résident et lui a retiré sa carte de résident ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Drôme de lui délivrer un duplicata de sa carte de résident valable du 20 octobre 2014 au 19 octobre 2024 dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté est insuffisamment motivé en droit ;

- il est entaché d'une erreur de droit dès lors qu'avant de procéder au retrait de la carte de résident, le préfet aurait dû lui remettre un duplicata de sa carte ;

-l'arrêté, pris sur le fondement de l'article L. 314-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est entaché d'un défaut de base légale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 avril 2022, le préfet de la Drôme conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- il convient de procéder à une substitution de base légale ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme B, en l'absence des parties.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain, a sollicité le 11 mars 2020 la délivrance d'un duplicata de sa carte de résident valable du 20 octobre 2014 au 19 octobre 2024. Par courrier du 2 novembre 2020, le préfet de la Drôme l'a informé de son intention de ne pas lui délivrer de duplicata de sa carte de résident, de lui retirer ladite carte au vu des condamnations figurant sur l'extrait de son casier judiciaire pour lui délivrer une carte de séjour temporaire d'un an et l'a invité à présenter ses observations. Par l'arrêté contesté du 24 novembre 2020 le préfet de la Drôme a refusé à M. A la délivrance d'un duplicata de carte de résident, lui a retiré sa carte de résident sur le fondement de l'article L. 314-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et lui a délivré une carte de séjour temporaire d'un an.

Sur les conclusions d'annulation :

2. L'arrêté attaqué, vise l'article L. 314-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, énumère les condamnations pénales dont M. A a fait l'objet et indique que son comportement constitue une menace pour l'ordre public. L'arrêté attaqué comporte ainsi les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation doit être écarté.

3. Il ne résulte d'aucune disposition législative ou réglementaire qu'avant de procéder au retrait de la carte de résident, le préfet aurait dû remettre à M. A un duplicata de sa carte. Par suite le moyen tiré d'une erreur de droit doit être écarté.

4. Aux termes des dispositions de l'article L. 314-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " La carte de résident peut être refusée à tout étranger dont la présence constitue une menace pour l'ordre public. ".

5. Ces dispositions régissent seulement la délivrance à un étranger d'une première carte de résident. Par suite, en rejetant sur ce fondement la demande de M. A tendant à obtenir un duplicata de carte de résident dont il était titulaire et en procédant au retrait de cette carte, le préfet de la Drôme a commis une erreur de droit.

6. Toutefois, dans ses écritures en défense, le préfet de la Drôme fait valoir que M. A représente une menace pour l'ordre public au regard des condamnations dont il a fait l'objet et que, dès lors, la décision attaquée est légalement justifiée par les dispositions de l'article L. 314-6-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Aux termes de l'article L. 314-6-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable : " La carte de résident d'un étranger qui ne peut faire l'objet d'une mesure d'expulsion en application des articles L. 521-2 ou L. 521-3 peut lui être retirée s'il fait l'objet d'une condamnation définitive sur le fondement des articles 433-3, 433-4, des deuxième à quatrième alinéas de l'article 433-5, du deuxième alinéa de l'article 433-5-1 ou de l'article 433-6 du code pénal. La carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " lui est délivrée de plein droit. ".

8. Aux termes de l'article 9 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord ". L'article L. 314-6-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur est relatif au retrait de la carte de résident, qui est un point non traité par l'accord franco-marocain.

9. Le préfet de la Drôme a pu légalement se fonder, pour prononcer le retrait de la carte de résident de M. A, sur la condamnation, dont il n'est pas contesté qu'elle est devenue définitive, prononcée à son encontre le 24 avril 2015 par le tribunal correctionnel d'Avignon à 10 mois d'emprisonnement pour des faits d'outrage, de rébellion et violence aggravée contre un dépositaire de l'autorité publique suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours, faits réprimés par l'article 433-3 du code pénal auquel renvoie l'article L. 314-6-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 24 novembre 2020.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par le requérant, n'appelle aucune mesure d'exécution. Il s'ensuit que les conclusions de l'intéressé présentées à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er :La requête présentée par M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la préfète de la Drôme.

Délibéré après l'audience du 7 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Paquet, présidente,

M. Hamdouch, premier conseiller,

Mme Letellier, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juillet 2022.

La présidente rapporteure,

D. B

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

S. Hamdouch

La greffière,

A. Zanon

La République mande et ordonne à la préfète de la Drôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2100523

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