jeudi 8 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2100579 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | HUARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 28 janvier 2021, M. C D, représenté par Me Huard, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté, en date du 8 janvier 2021, par lequel la directrice territoriale de l'OFII a suspendu son droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
2°) d'enjoindre à l'OFII de rétablir son droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
-la décision n'est pas suffisamment motivée en fait tandis que la motivation en droit est erronée, en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle fait application des anciennes dispositions de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vigueur jusqu'au 1er janvier 2019 ;
-la décision de suspension doit être annulée en raison de l'illégalité de son classement en fuite ;
-l'OFII s'est cru lié à tort par la déclaration de fuite ;
-il n'a pas bénéficié d'une procédure contradictoire avant l'adoption de la décision ;
-la décision méconnait par les dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Un moyen d'ordre public, tiré de ce que la requête est dirigée contre une décision confirmative d'une précédente décision devenue définitive, a été soulevé d'office par le tribunal le 2 novembre 2022.
Par un mémoire enregistré le 16 novembre 2022, le directeur général de l'OFII a répondu au moyen d'ordre public soulevé par le tribunal et conclut au rejet de la requête.
Il fait sien le moyen d'ordre public soulevé par le tribunal et conteste chacun des moyens soulevés par le requérant.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 mars 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. B a été entendu, au cours de l'audience publique, en l'absence des parties.
Considérant ce qui suit :
1.M. D, ressortissant congolais né le 20 avril 1996, a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile le 20 décembre 2018 et a bénéficié du droit aux conditions matérielles d'accueil (CMA). Le 1er avril 2019, il a fait l'objet d'un arrêté de réadmission vers la Slovénie, où il avait déjà sollicité l'asile. Le 13 juin 2019, il a été déclaré en fuite par le préfet de l'Isère au motif qu'il ne s'était pas présenté à l'embarquement du vol qui lui avait été réservé pour la Slovénie. A l'expiration du délai de transfert, M. D s'est présenté en préfecture afin que sa demande d'asile soit instruite en France et s'est vu délivrer le 16 octobre 2020 une attestation de première demande d'asile. Par la requête susvisée, M. D demande au tribunal d'annuler la décision du 8 janvier 2021 par laquelle la directrice territoriale de l'OFII a suspendu son droit au bénéfice des CMA.
2.Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. (). ". Par ailleurs, aux termes de l'article R. 421-5 du même code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. ". Toutefois, le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. En règle générale et sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, ce délai ne saurait, sous réserve de l'exercice de recours administratifs pour lesquels les textes prévoient des délais particuliers, excéder un an à compter de la date à laquelle une décision expresse lui a été notifiée ou de la date à laquelle il est établi qu'il en a eu connaissance.
3. D'une part, il ressort des pièces du dossier que les CMA dont bénéficiait M. D, qui ne s'est pas présenté à l'embarquement du vol qui lui avait été réservé le 5 juin 2019 pour la Slovénie, ont été suspendues à compter du mois de septembre 2019, par une décision implicite qui a été révélée par l'arrêt du versement des prestations correspondantes. Si cette décision implicite ne comportait, par hypothèse, pas la mention des voies et délais de recours, faisant ainsi obstacle à ce que les délais de recours aient pu courir dans les conditions prévues à l'article R. 421-5 précité du code de justice administrative, M. D doit être regardé comme en ayant eu connaissance au plus tard à compter du mois d'octobre 2019, du fait de l'arrêt des versements dont il bénéficiait au mois de septembre. Ainsi, il disposait d'un délai raisonnable d'un an pour contester cette décision, laquelle est ainsi devenue définitive à l'expiration de celui-ci, soit au plus tard à la fin du mois d'octobre 2020.
4.D'autre part, M. D s'est présenté le 16 octobre 2020 en préfecture à l'expiration du délai de transfert afin que sa demande d'asile soit instruite en France, sans demander le rétablissement de ses CMA. La directrice territoriale de l'OFII lui a notifié une décision du 8 janvier 2021 portant suspension de son droit au bénéfice des CMA. Cette décision explicite est intervenue au-delà du délai raisonnable d'un an dont disposait le requérant pour contester la décision implicite qui avait le même objet et dont il a eu connaissance au plus tard au mois d'octobre 2019. En conséquence, la décision attaquée du 8 janvier 2021 présente un caractère purement confirmatif de la décision implicite révélée en septembre 2019 et déjà devenue définitive. Par suite, la requête dirigée contre la décision confirmative du 8 janvier 2021 est tardive.
5.Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. D doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent l'être également, d'une part, ses conclusions à fin d'injonction, puisque la présente décision n'appelle ainsi aucune mesure d'exécution, et d'autre part, celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ces dispositions faisant obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, la somme demandée par le requérant à ce titre.
D E C I D E :
Article 1er : La requête susvisée de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D, à la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, ainsi qu'à Me Huard.
Délibéré après l'audience du 17 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Triolet, présidente,
M. A et M. B, premiers conseillers.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 décembre 2022.
Le rapporteur,
N. B
La présidente,
A. TRIOLET La greffière,
J. BONINO
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2100579
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026