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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2100603

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2100603

mardi 4 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2100603
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCABINET LEGAL PERFORMANCES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 30 janvier 2021 et le 7 juillet 2023, la SNC Fer à Cheval d'Arbois et la SCI Cheval d'Arbois, représentées par la société d'avocats Altana, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 décembre 2020 par lequel la maire de Megève a, au nom de l'Etat, ordonné l'interruption des travaux exécutés sur la parcelle cadastrée à la section AD n° 316, située 147 Chemin du Savoy aux lieudits Le Crêt - Les Lots à Megève ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Megève une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Les requérantes soutiennent que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de droit quant à la date de caducité du permis de construire n° PC 074 173 13 000 53 ;

- la maire de Megève s'est méprise en constatant le 18 septembre 2019 qu'aucun travaux n'avait été entrepris ; des travaux sur le lot B, auquel le lot A est techniquement et économiquement lié, avaient été réalisés ; le permis de construire n'est donc pas frappé de caducité ;

- l'arrêté attaqué a méconnu le délai raisonnable qui s'impose à toute autorité administrative pour interrompre les travaux ;

- l'arrêté attaqué méconnait les stipulations de l'article 1er du premier protocole additionnel de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par deux mémoires enregistrés le 11 février 2021 et le 19 septembre 2023 (ce dernier mémoire n'a pas été communiqué), la commune de Megève, représentée par la SELAS Legal Performances, conclut au rejet de la requête et demande qu'il soit mis à la charge des requérantes la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune de Megève fait valoir que les moyens de la requête sont infondés.

Par un mémoire enregistré le 25 juin 2021, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.

Le préfet de la Haute-Savoie fait valoir que les moyens de la requête sont infondés.

Par ordonnance du 7 juillet 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 18 septembre 2023 en application de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 11 février 2025 :

- le rapport de Mme Letellier,

- les conclusions de Mme Akoun, rapporteure publique,

- les observations de Me Ferouelle, représentant les requérantes et les observations de Me Houssel, représentant la commune de Megève.

Considérant ce qui suit :

1. La SNC Fer à Cheval d'Arbois est la propriétaire de la parcelle cadastrée à la section AD, devenue la parcelle n° 316, sur laquelle un permis de construire n°PC 074 173 13 000 53 a été délivré par un arrêté du 4 novembre 2013 pour la construction d'un bâtiment à usage d'habitation individuelle d'une surface de plancher de 198,46 m² (lot A), aux lieudits Le Crêt - Les Lots, sur le territoire communal de Megève. Ce permis de construire a été transféré le 19 août 2014 à la SCI Cheval d'Arbois. Par un arrêté du 8 août 2016, ce permis de construire a été prorogé pour une durée d'un an, jusqu'au 7 novembre 2017. Par lettre du 17 novembre 2020, la maire de Megève a constaté, d'une part, que les travaux en exécution du PC 074 173 13 000 53 n'avaient pas commencé le 18 septembre 2019 et que le permis de construire était devenu caduc le 8 novembre 2017 et d'autre part, que des travaux commencés le 28 septembre 2018 étaient entrepris sans autorisation de construire et en zone naturelle. Elle a donné à la pétitionnaire un délai de sept jours pour présenter ses observations. Un procès-verbal d'infraction a été dressé le 14 octobre 2020. Le 24 novembre 2020, la SNC Fer à Cheval d'Arbois a présenté des observations. Par un arrêté du 3 décembre 2020, dont les requérantes demandent l'annulation dans la présente instance, la maire de Megève agissant au nom de l'Etat a ordonné d'interrompre les travaux effectués sur la parcelle cadastrée à la section AD n° 316.

Sur les conclusions en annulation :

2. Aux termes de l'article L. 480-2 du code de l'urbanisme : " L'interruption des travaux peut être ordonnée soit sur réquisition du ministère public agissant à la requête du maire, du fonctionnaire compétent ou de l'une des associations visées à l'article L. 480-1, soit, même d'office, par le juge d'instruction saisi des poursuites ou par le tribunal correctionnel. L'interruption des travaux peut être ordonnée, dans les mêmes conditions, sur saisine du représentant de l'Etat dans la région ou du ministre chargé de la culture, pour les infractions aux prescriptions établies en application des articles L. 522-1 à L. 522-4 du code du patrimoine. () ".

3. Pour ordonner l'interruption des travaux, la maire de Megève s'est fondée sur les motifs selon lesquels, d'une part, les travaux n'ont pas commencé avant l'expiration de la durée de validité du permis de construire et, d'autre part, que les travaux entrepris après la caducité du permis de construire ont été réalisés sans autorisation d'urbanisme et en zone naturelle au sens du plan local d'urbanisme communal approuvé le 21 mars 2017.

4. En premier lieu, aux termes de l'article R. 424-17 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction applicable à la date de délivrance du permis de construire initial : " Le permis de construire, d'aménager ou de démolir est périmé si les travaux ne sont pas entrepris dans le délai de deux ans à compter de la notification mentionnée à l'article R. 424-10 ou de la date à laquelle la décision tacite est intervenue. () ". Aux termes de l'article 1er du décret du 29 décembre 2014 susvisé : " Par dérogation aux dispositions figurant aux premier et troisième alinéas de l'article R. 424-17 et à l'article R. 424-18 du code de l'urbanisme, le délai de validité des permis de construire, d'aménager ou de démolir et des décisions de non-opposition à une déclaration intervenus au plus tard le 31 décembre 2015 est porté à trois ans. Cette disposition ne fait pas obstacle à la prorogation de ces autorisations dans les conditions définies aux articles R. 424-21 à R. 424-23 du même code. ". Aux termes de l'article 7 du décret n° 2016-6 du 5 janvier 2016 : " Les dispositions prévues aux articles 3 et 6 du présent décret s'appliquent aux autorisations en cours de validité à la date du présent décret. Lorsque ces autorisations relèvent du 1° ou du 2° de l'article 3, si elles ont fait l'objet avant la date de publication du présent décret d'une prorogation dans les conditions définies aux articles R. 424-21 à R. 424-23 du code de l'urbanisme (), le délai de validité de cette prorogation () est majoré d'un an ".

5. Il ressort des pièces du dossier que le permis de construire a été délivré à M. A le 4 novembre 2013 pour une durée de deux ans en application de l'article R. 424-17 du code de l'urbanisme. Le délai de validité de ce permis a été porté à 3 ans en application de l'article 1er du décret n° 2014-1661 du 29 décembre 2014. Ce même permis a été prorogé pour une durée d'un an par arrêté de la maire de Megève en date du 8 août 2016, jusqu'au 7 novembre 2017, à la demande de la SCI Cheval d'Arbois. Si les requérantes se prévalent d'une prorogation jusqu'au 7 novembre 2018, les dispositions de l'article 7 du décret n° 2016-6 du 5 janvier 2016 s'y opposent dès lors que la durée du permis de construire a été prorogée postérieurement à la publication de ce décret intervenue le 6 janvier 2016. Ainsi, le permis de construire expirait au 7 novembre 2017. Par suite, le moyen tiré de ce que la maire de Megève aurait commis une erreur de droit dans l'appréciation de la durée de validité du permis de construire doit être écarté comme non fondé.

6. En deuxième lieu, les requérantes soutiennent que le projet de construction autorisé par le permis de construire n° PC 074 173 13 000 53 (lot A) est lié au permis de construire n° PC 074 173 13 000 54 (lot B), accordé également le 4 novembre 2013 et prorogé au bénéfice de la SCI " Les Pettoreaux d'Arbois ", selon elle, jusqu'au 6 novembre 2018, consistant en la rénovation d'un bâtiment existant à usage d'habitation individuelle, le projet de construction du lot A étant adossé à la construction existante. Toutefois et d'une part, à supposer même que les travaux d'exécution du permis de construire PC 074 173 13 000 54 aient commencé avant l'expiration du délai de validité de ce permis de construire, il ressort des pièces du dossier que les deux projets de construction, qui ont fait l'objet de demandes distinctes, sont exclusifs l'un de l'autre, les pièces ou circulations communes invoquées par la requérante ne ressortant pas des plans de masse respectifs. D'autre part, il ne ressort d'aucune pièce au dossier et il n'est pas même allégué par les requérantes que le permis de construire n° PC 074 173 13 000 53 aurait fait l'objet d'un commencement d'exécution avant le 7 novembre 2017. Par suite, la maire de Megève ne s'est pas méprise en retenant qu'à cette date, aucun commencement de travaux n'avait été entrepris et qu'en conséquence, le permis de construire n° PC 074 173 13 000 53 était frappé de caducité le 7 novembre 2017. La circonstance que la commune de Megève interdit l'exécution de travaux sur le territoire communal durant les périodes touristiques, à raison de six mois par an, est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'inexactitude matérielle des motifs quant à la date de caducité du permis de construire n'est pas fondé et doit être écarté.

7. En troisième lieu, les requérantes soutiennent que la maire de Megève a méconnu le principe de sécurité juridique en les laissant poursuivre des travaux pendant plus d'un an, avant d'ordonner l'interruption des travaux par l'arrêté attaqué du 3 décembre 2020, ce qui les aurait exposées à des dépenses inutiles. Toutefois, et d'une part, l'arrêt du 13 juillet 2016 du Conseil d'Etat, n° 387763 invoquées par les requérantes, s'applique exclusivement à l'exercice d'un recours contentieux dans le cas où une décision individuelle n'a pas fait l'objet d'une notification. Si cette décision de justice repose sur le respect du principe de la sécurité juridique, qui bénéficie également aux requérantes, elle est sans incidence sur la date à laquelle la maire de Megève a ordonné l'interruption des travaux illégalement entrepris. D'autre part, les requérantes ne pouvaient ignorer qu'elles engageaient des travaux sans titre alors que la commune de Megève avait porté à leur connaissance le 2 octobre 2019 qu'elle avait dressé, le 20 septembre 2019, un procès-verbal d'infraction transmis au Procureur de la République. Dans ces conditions, elles ne peuvent utilement soutenir que la maire de Megève a méconnu le principe de sécurité juridique en ordonnant, par l'arrêté du 3 décembre 2020, l'interruption des travaux entrepris en dehors de toute autorisation d'urbanisme. Par suite, le moyen doit être écarté.

8. En dernier lieu, les requérantes soutiennent que l'arrêté attaqué méconnait les stipulations de l'article 1er du premier protocole additionnel de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales selon lesquelles : " Toute personne physique ou morale a droit au respect de ses biens. Nul ne peut être privé de sa propriété que pour cause d'utilité publique et dans les conditions prévues par la loi et les principes généraux du droit international. / Les dispositions précédentes ne portent pas atteinte au droit que possèdent les Etats de mettre en vigueur les lois qu'ils jugent nécessaires pour réglementer l'usage des biens conformément à l'intérêt général ou pour assurer le paiement des impôts ou d'autres contributions ou des amendes ". Les requérantes ne contestent pas utilement qu'elles ont entrepris des travaux alors que le permis de construire n° PC 074 173 13 000 53 était devenu caduc. Dès lors, elles ne peuvent soutenir qu'en ordonnant l'interruption de ces travaux, la maire de Megève aurait méconnu ces stipulations. Par suite, le moyen doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation doivent être rejetées.

Sur les frais de justice :

10. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

11. Les conclusions présentées par les requérantes, partie perdante dans la présente instance, sont rejetées en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Par ailleurs, lorsqu'il lui est demandé de mettre en œuvre les pouvoirs qu'il tient de l'article L. 480-2 du code de l'urbanisme, le maire agit au nom de l'Etat. Ainsi, et alors même qu'elle a présenté des observations, la commune de Megève n'est pas partie à l'instance devant la juridiction s'agissant du litige relatif à l'arrêté interruptif de travaux au sens des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dès lors, les conclusions présentées à ce titre par la commune de Megève doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er:La requête de la SNC Fer à Cheval d'Arbois et de la SCI Cheval d'Arbois est rejetée.

Article 2 :Les conclusions présentées par la commune de Megève en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à la SNC Fer à Cheval d'Arbois, en application de l'article R. 751-3 du code de l'urbanisme, à la commune de Megève et au ministre de l'aménagement du territoire et de la décentralisation.

Copie-en sera adressée au préfet de la Haute-Savoie et au procureur de la République de Bonneville.

Délibéré après l'audience du 11 février 2025, à laquelle siégeaient :

- M. Sauveplane, président,

- Mme Letellier, première conseillère,

- Mme Aubert, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 mars 2025.

La rapporteure,

C. Letellier

Le président,

M. Sauveplane

La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne à la ministre de l'aménagement du territoire et de la décentralisation en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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