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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2100615

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2100615

lundi 1 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2100615
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCLOIX & MENDES-GIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 janvier 2021, la société Arconance, représentée par Me Destarac, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n° PC 074 083 20A0059 du 29 octobre 2020 par lequel le maire de Combloux a refusé de lui accorder un permis de construire deux bâtiments collectifs comportant 30 logements, situés 47 chemin des Cateaux, ensemble la décision du 2 décembre 2020 portant rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au maire de Combloux à lui délivrer le permis de construire dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte journalière de 500 euros ou subsidiairement, de réexaminer la demande de permis de construire ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Combloux une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société Arconance soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé au sens de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme :

- il est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article UB 11 du plan local d'urbanisme et de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme.

Une mise en demeure, qui a été adressée le 16 septembre 2021 à la commune de Combloux, est demeurée sans réponse.

Par une lettre du 13 octobre 2022, les parties ont été informées qu'en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, l'instruction est susceptible d'être close le 13 février 2023, par l'émission d'une ordonnance de clôture ou d'un avis d'audience, sans information préalable.

La clôture immédiate de l'instruction a été prononcée par une ordonnance du 20 mars 2024.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 10 juin 2024 :

- le rapport de Mme Letellier,

- les conclusions de Mme Akoun, rapporteure publique,

- et les observations de Me Destarac, pour la société Arconance.

Considérant ce qui suit :

1. Le 26 septembre 2020, la société Arconance a déposé une demande de permis de construire pour la réalisation de deux bâtiments à usage collectif, comportant 30 logements, sur la parcelle cadastrée à la section B n° 4162, située 47 Chemin des Cateaux, sur le territoire communal de Combloux, classée en zone UB dans le plan local d'urbanisme communal. Par un arrêté du 29 octobre 2020, le maire de Combloux a refusé d'accorder le permis de construire. Le 18 novembre 2020, la société Arconance a présenté un recours gracieux. Par décision du 2 décembre 2020, le maire de Combloux a rejeté le recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'insuffisante motivation de l'arrêté attaqué :

2. Aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme, dans sa version en vigueur : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. / Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet ou d'opposition, notamment l'ensemble des absences de conformité des travaux aux dispositions législatives et réglementaires mentionnées à l'article L. 421-6 () ". Selon l'article A. 424-3 de ce code : " L'arrêté indique, selon les cas : () b) Si le permis est refusé () " et selon l'article A. 424-4 : " () l'arrêté précise les circonstances de droit et de fait qui motivent la décision et indique les voies et délais de recours. ".

3. Il ressort des mentions de l'arrêté attaqué que, pour refuser le permis de construire sollicité, le maire de Combloux s'est fondé sur un motif unique tiré de ce que le projet de construction de deux collectifs très denses avec des dimensions beaucoup plus importantes que les bâtiments environnants et des toitures multi pans, s'éloigne de l'architecture vernaculaire et ne s'intègre pas dans l'environnement du bâti existant et méconnait l'article UB 11 du règlement du plan local d'urbanisme dont les termes sont en partie rappelés. Cet arrêté, qui contient les circonstances de droit et de fait qui le motivent, est suffisamment motivé. Par suite, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la méconnaissance de l'article UB 11 de la zone UB du règlement écrit du plan local d'urbanisme :

4. D'une part, aux termes de l'article 11 du règlement écrit de la zone UB du plan local d'urbanisme de Combloux : " Aspect extérieur : 11-1 Dispositions générales : Les constructions, installations et divers modes d'utilisation du sol () doivent par leurs dimensions, leur situation ou leur aspect extérieur préserver le caractère et l'intérêt du bâti./ Le respect du caractère de l'environnement, des constructions voisines est impératif, notamment en ce qui concerne les proportions, la pente des toitures et leurs débords, la nature et l'aspect des matériaux utilisés. () Les constructions neuves devront se rapprocher des caractéristiques des constructions traditionnelles. () 11-4 Aspect des toitures : () - La toiture sera à 2 pans minimum () ".

5. D'autre part, aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ". Si, lorsque le défendeur n'a produit aucun mémoire, le juge administratif n'est pas tenu de procéder à une telle mise en demeure avant de statuer, il doit, s'il y procède, en tirer toutes les conséquences de droit. Il lui appartient seulement, lorsque les dispositions précitées sont applicables, de vérifier que l'inexactitude des faits exposés dans les mémoires du requérant ne ressort d'aucune pièce du dossier.

6. Il ressort des pièces du dossier et notamment de la notice descriptive PC4 que le projet de construction est constitué de deux bâtiments de 15 logements, de type R+1+C sur un niveau de sous-sol et séparés l'un de l'autre par une distance de 6 m. A bâtiment a la forme d'un chalet, dont les façades sont traitées en bardage bois et comportent un soubassement de type pierre sèche en rez-de-chaussée. La couverture du toit est en bac acier avec une charpente traditionnelle. A bâtiment a une toiture multi-pans. Il ressort du plan de masse que la hauteur maximum de chaque bâtiment est de 9,5 m à la panne faitière et 7,5 m à la panne sablière. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier et notamment de l'étude du site que dans un rayon de 800 m du projet de construction d'autres constructions de même type, de hauteur et de volumétrie similaires, voire supérieures, ont été édifiées. Certaines des constructions comprennent également des toitures multi-pans, qui sont autorisées par le règlement écrit de la zone UB du plan local d'urbanisme. La commune de Combloux qui n'a pas produit de mémoire en défense, est réputée avoir acquiescé à ces affirmations dont l'inexactitude ne ressort d'aucune autre pièces du dossier. Compte tenu des caractéristiques du projet de construction et de celles du bâti existant, qui constitue pour l'essentiel des constructions récentes à caractère montagnard, le maire de Combloux a fait une inexacte application de l'article 11 du règlement écrit de la zone UB du plan local d'urbanisme en refusant à la requérante la délivrance du permis de construire. Dans ces conditions, la société Arconance est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 29 octobre 2020 et, par voie de conséquence, celle de la décision du 2 décembre 2020.

Sur les conclusions en injonction :

7. Lorsque le juge annule un refus d'autorisation ou une opposition à déclaration de travaux après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncé dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle.

8. En l'espèce, le présent jugement censure l'unique motif de refus opposé à la société Arconance et il ne résulte pas de l'instruction qu'un autre puisse justifier la décision attaquée. Par suite, eu égard à ses propres motifs, il implique nécessairement que le maire de Combloux délivre à la société Arconance le permis de construire sollicité assorti, le cas échéant, de prescriptions. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. En revanche, il n'y a pas lieu, à ce stade, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de justice :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Combloux, une somme de 1 500 euros à verser à la société Arconance au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er :L'arrêté du 29 octobre 2020 et la décision du 2 décembre 2020 pris par le maire de Combloux sont annulés.

Article 2 :Il est enjoint au maire de Combloux de délivrer un permis de construire à la société Arconance dans un délai de deux mois à compter de la date de notification du présent jugement.

Article 3 :La commune de Combloux versera une somme de 1 500 euros à la société Arconance au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 :Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 :Le présent jugement sera notifié à la société Arconance et à la commune de Combloux.

Délibéré après l'audience du 10 juin 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Sauveplane, président,

- Mme Letellier, première conseillère,

- Mme Barriol, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2024.

La rapporteure,

C. Letellier

Le président,

M. Sauveplane

La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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