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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2100628

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2100628

mardi 23 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2100628
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSELAS ERNST & YOUNG SOCIETE D'AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 29 janvier 2021 et le 29 février 2024, la société Viamedis, représentée par Me Bensoussan, demande au tribunal :

1°) d'ordonner le " rejet " des titres de recettes visés dans le tableau de synthèse en ce qu'ils ont été réglés ou qu'ils ne lui ont jamais été transmis ;

2°) d'annuler les titres de recettes visés dans le tableau de synthèse comme non fondés ;

3°) d'ordonner la décharge du paiement des sommes visées dans les saisies administratives à tiers détenteurs ;

4°) de mettre à la charge solidaire du centre hospitalier Albertville Moûtiers et de sa trésorerie la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, augmentée des intérêts au taux légal.

La société Viamedis soutient que :

- elle a déjà réglé certains titres ;

- certains titres ont fait l'objet d'une demande de duplicata ;

- une autre partie des titres n'est pas fondée parce que les frais SMUR n'ont pas à être pris en charge.

La requête a été communiquée au centre hospitalier Albertville Moûtiers, qui n'a pas produit de mémoire. Une mise en demeure lui a été adressée le 28 novembre 2023, non suivie d'effet.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Holzem,

- et les conclusions de Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. La société Viamedis, qui assure pour le compte d'organismes d'assurance maladie complémentaires le bénéfice du tiers payant pour la part des dépenses non couvertes par la sécurité sociale, s'est vu notifier trois saisies administratives à tiers détenteur. Elle doit être regardée comme demandant l'annulation des titres de recettes concernés par ces saisies et la décharge de l'obligation de payer correspondante.

2. En vertu des articles L. 281 et R. 281-1 du livre des procédures fiscales, l'ensemble du contentieux du recouvrement des créances non fiscales des établissements publics de santé relève de la compétence du juge de l'exécution, tandis que le contentieux du bien-fondé de ces créances est de celle du juge compétent pour en connaître sur le fond.

3. En premier lieu, la société Viamedis soutient avoir acquitté ou mis en paiement certains des titres de recettes visées dans les saisies à tiers détenteur et doit ainsi être regardée comme n'en contestant pas le bien-fondé.

4. En deuxième lieu, la circonstance que la société Viamedis soit en attente de duplicata pour certains des titres de recettes qu'elle conteste est sans incidence sur leur bien-fondé et le moyen ne peut qu'être écarté comme inopérant.

5. En troisième lieu, en se bornant à soutenir que certains titres exécutoires correspondent à des sommes " en attente de revalorisation de la prise en charge ", la société Viamedis n'assortit pas sa demande des précisions permettant ne serait-ce que d'en comprendre le sens.

6. En quatrième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 162-23-15 du code de la sécurité sociale : " I. Les établissements de santé exerçant les activités mentionnées aux 1°, 2° et 4° de l'article L. 162-22 bénéficient d'une dotation complémentaire lorsqu'ils atteignent des résultats évalués à l'aide d'indicateurs liés à la qualité et la sécurité des soins, mesurés tous les ans par établissement () III. Un décret en Conseil d'Etat précise les modalités de détermination et de mise en œuvre de la dotation complémentaire et de la pénalité financière () ". Par ailleurs, aux termes de l'article D. 162-6 du même code : " Peuvent être financées par la dotation nationale de financement des missions d'intérêt général et d'aide à la contractualisation mentionnée à l'article L. 162-22-13 les dépenses correspondant aux missions d'intérêt général suivantes : () 2° La participation aux missions de santé publique mentionnées ci-dessous : () j) L'aide médicale urgente constituée des missions des services d'aide médicale urgente mentionnées aux articles R. 6311-2 et R. 6311-3 du code de la santé publique et de l'ensemble des interventions des structures mobiles d'urgence et de réanimation mentionnées au 2° de l'article R. 6123-1 du même code, quel que soit le lieu de prise en charge du patient () ". A ce titre, l'arrêté du 28 juin 2016, puis l'arrêté du 4 mai 2017, fixant la liste des structures, des programmes, des actions, des actes et des produits financés au titre des missions d'intérêt général mentionnées aux articles D. 162-6 et D. 162-7 du code de la sécurité sociale, prévoient que l'aide médicale d'urgence, et notamment les transports assurés par le service mobile d'urgence et de réanimation, sont pris en charge au titre des missions mentionnées au 2° de l'article D. 162-6.

7. En outre, aux termes du deuxième alinéa de l'article D. 162-8 du code de la sécurité sociale : " Ces dotations participent au financement de ces missions dans la limite des dépenses y afférentes à l'exclusion de la part incombant à d'autres financeurs en application de dispositions législatives ou réglementaires et de celle déjà supportée par l'assurance maladie en application des dispositions législatives ou réglementaires relatives à la prise en charge des soins. ".

8. D'autre part, selon le I et le II de l'article L. 160-13 du code de la sécurité sociale, l'assuré acquitte une participation forfaitaire pour chacun des actes ou consultations prise en charge par l'assurance maladie, dont le montant sert de base au calcul des prestations qui lui sont servies. Par ailleurs, selon le III de ce même article, " en sus de la participation mentionnée au premier alinéa du I, une franchise annuelle est laissée à la charge de l'assuré pour les frais relatifs à chaque prestation et produit de santé suivants, pris en charge par l'assurance maladie : () 3° Transports mentionnés au 2° de l'article L. 160-8 du présent code effectués en véhicule sanitaire terrestre ou en taxi, à l'exception des transports d'urgence. " En outre, aux termes du II de l'article R. 160-16, pris pour l'application de l'article L. 160-14 qui fixe les hypothèses dans lesquelles la participation prévue au I de l'article L. 160-13 peut être intégralement supprimée : " II.- La participation de l'assuré est supprimée : () 2. Pour les frais de transport d'urgence entre le lieu de prise en charge de la personne et l'établissement de santé, en cas d'hospitalisation mentionnée au 2 du I ainsi que, en cas d'hospitalisation mentionnée au 3, pour les frais de transport entre les deux établissements ou entre l'établissement et le domicile en cas d'hospitalisation à domicile. ".

9. Il résulte de la combinaison de l'ensemble de ces dispositions qu'aucune participation et, a fortiori, aucune franchise, ne peut être mise à la charge de l'assuré à raison du transport médical d'urgence. En outre, si, en application de l'article D. 162-8 précité, la dotation est susceptible de financer les missions d'intérêt général pour la part qui n'est prise en charge ni par l'assurance maladie ni par aucun autre financeur, de telles dispositions ne sauraient avoir pour objet ni pour effet de faire supporter à l'assuré des frais pour lesquels sa participation a été intégralement supprimée par le code de la sécurité sociale. Il s'en suit qu'en l'absence de dispositions prévoyant un autre mode de financement et notamment une prise en charge par les organismes subrogeant le patient dans ses droits, les frais liés au transport médical urgent sont réputés être financés par la dotation instituée par l'article L. 162-23-15 du code de la sécurité sociale.

10. Ainsi, c'est à tort que la somme totale de 22 223,88 euros correspondant à des transports d'urgence effectués par le SMUR a été réclamée à la société Viamedis par les titres exécutoires n°639631, 640414, 640426, 652974, 135168, 135343, 502179, 502202, 505822, 91122, 527826, 527827, 544828, 544842, 544844, 549663, 550646, 550647, 550956, 553424, 559320, 575451, 585163, 587918, 587971, 591223, 598760, 604379, 607906, 618607, 620674 et 624236. Celle-ci doit donc être déchargée de l'obligation de la payer.

11. En cinquième lieu, Viamedis fait valoir que pour certains titres, elle n'a pas de convention avec la mutuelle ou que le patient n'avait pas de mutuelle à la date des soins ou encore que certains frais ne sont pas pris en charge. En l'absence de toute contestation sur ce point par le centre hospitalier qui n'a pas produit de mémoire en défense malgré la mise en demeure qui lui a été adressée, il y a lieu de prononcer la décharge de la somme de 703,46 euros correspondant aux titres n°66181, 591139, 587978 et 65147.

12. En sixième lieu, Viamedis fait valoir, sans plus de contestation sur ce point, que certains montants des titres ne correspondent pas à la prise en charge consentie. Il y a lieu de prononcer la décharge de la somme de 2 122,40 euros correspondant aux titres de recette n°538302, 529222 et 510950.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la société Viamedis doit être déchargée de l'obligation de payer la somme totale de 25 049,74 euros.

Sur les frais de procès :

14. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la société Viamedis tendant à la condamnation du centre hospitalier Albertville-Moûtiers et du Trésor Public au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er :Les titres de recettes n°639631, 640414, 640426, 652974, 135168, 135343, 502179, 502202, 505822, 91122, 527826, 527827, 544828, 544842, 544844, 549663, 550646, 550647, 550956, 553424, 559320, 575451, 585163, 587918, 587971, 591223, 598760, 604379, 607906, 618607, 620674, 624236 66181, 591139, 587978, 65147, 538302, 529222 et 510950 sont annulés.

Article 2 :La société Viamedis est déchargée de l'obligation de payer la somme totale de 25 049,74 euros.

Article 3 :Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 :Le présent jugement sera notifié à la Viamedis, au centre hospitalier Albertville-Moûtiers, à la direction départementale des finances publiques de la Savoie et à la trésorerie Chambéry établissement hospitaliers.

Délibéré après l'audience du 2 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Sogno, président,

Mme Holzem, première conseillère,

Mme Pollet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 avril 2024.

La rapporteure,

J. Holzem

Le président,

C. Sogno

Le greffier,

P. Muller

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2100123

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