mardi 20 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2100630 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL BALESTAS DURAND GRANDGONNET MURIDI & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 1er février 2021, 27 mai et 5 octobre 2022, M. B, représenté par Me Balestas, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 15 décembre 2020 par laquelle le directeur du centre hospitalier Pierre Oudot lui a infligé la sanction d'exclusion temporaire de fonction de 6 semaines dont deux avec sursis à compter du 1er janvier 2021 ;
2°) d'enjoindre au centre hospitalier de lui verser le traitement dû au titre de cette période ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que l'arrêté attaqué :
- est insuffisamment motivé ;
- méconnait l'article L. 6 ter A de la loi du 13 juillet 1983 et l'article 10 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 19 août 2021 et 16 septembre 2022, le centre hospitalier Pierre Oudot, représenté par Me Tissot conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge du requérant la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le centre hospitalier conteste les moyens invoqués.
Par lettre du 5 mai 2022, les parties ont été informées qu'en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative l'instruction est susceptible d'être close le 30 mai 2022, par l'émission d'une ordonnance de clôture ou d'un avis d'audience, sans information préalable.
La clôture immédiate de l'instruction a été prononcée le 17 mai 2023 par l'avis d'audience du même jour.
Vu :
- la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière ;
- la loi n° 2016-1691 du 9 décembre 2016 relative à la transparence, à la lutte contre la corruption et à la modernisation de la vie économique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Fourcade,
- les conclusions de M. Argentin, rapporteur public,
- et les observations de Me Leurent, représentant M. B, et de Me Métier, représentant le centre hospitalier.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 15 décembre 2020, le directeur du centre hospitalier Pierre Oudot a prononcé à l'encontre de M. B, infirmier en poste à l'EHPAD Delphine Neyret, la sanction disciplinaire d'exclusion temporaire de fonctions de six semaines dont deux avec sursis. La sanction est fondée sur le motif tiré de ce qu'en rendant publiques des informations internes, l'agent a manqué à ses devoirs de discrétion professionnelle, de réserve et de loyauté. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fins d'annulation :
Sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête :
2. Aux termes de l'article 29 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale ". L'article 6 ter A de cette loi énonce que : " () Aucun fonctionnaire ne peut être sanctionné ou faire l'objet d'une mesure discriminatoire, directe ou indirecte, pour avoir signalé une alerte dans le respect des articles 6 à 8 de la loi n° 2016-1691 du 9 décembre 2016 relative à la transparence, à la lutte contre la corruption et à la modernisation de la vie économique. Toute disposition ou tout acte contraire est nul de plein droit. () ".
3. Selon l'article 6 de la loi du 9 décembre 2016 relative à la transparence, à la lutte contre la corruption et à la modernisation de la vie économique : " Un lanceur d'alerte est une personne physique qui révèle ou signale, de manière désintéressée et de bonne foi, un crime ou un délit, une violation grave et manifeste d'un engagement international régulièrement ratifié ou approuvé par la France, d'un acte unilatéral d'une organisation internationale pris sur le fondement d'un tel engagement, de la loi ou du règlement, ou une menace ou un préjudice graves pour l'intérêt général, dont elle a eu personnellement connaissance. ". Aux termes de l'article 8 de cette loi : " I. - Le signalement d'une alerte est porté à la connaissance du supérieur hiérarchique, direct ou indirect, de l'employeur ou d'un référent désigné par celui-ci. / En l'absence de diligences de la personne destinataire de l'alerte mentionnée au premier alinéa du présent I à vérifier, dans un délai raisonnable, la recevabilité du signalement, celui-ci est adressé à l'autorité judiciaire, à l'autorité administrative ou aux ordres professionnels. / En dernier ressort, à défaut de traitement par l'un des organismes mentionnés au deuxième alinéa du présent I dans un délai de trois mois, le signalement peut être rendu public. / II. - En cas de danger grave et imminent ou en présence d'un risque de dommages irréversibles, le signalement peut être porté directement à la connaissance des organismes mentionnés au deuxième alinéa du I. Il peut être rendu public. / () ".
4. La décision attaquée sanctionne, pour les motifs exposés au point 1, d'une part, une lettre adressée au maire de Bourgoin Jallieu le 22 juillet 2019 attirant son attention sur les risques encourus par les résidents de l'EHPAD, insuffisamment climatisé, en cas de canicule et d'autre part, sa participation à la réalisation d'un article publié le 16 décembre 2019 dans le journal " Dauphiné Libéré " dans lequel le requérant relate ses démarches pour obtenir des financements, notamment auprès du département de l'Isère, afin d'améliorer la climatisation de l'établissement.
5. Pour contester la sanction qui le frappe, M. B soutient ces démarches constituaient des signalements entrant dans le champ d'application de l'article 6 de la loi du 9 décembre 2016 et lui ouvrant droit au bénéfice de la protection garantie aux lanceurs d'alerte.
6. La dangerosité des températures relevées au sein de l'EHPAD en cas période de canicule est établie par les pièces du dossier, malgré le protocole mis en place dans l'établissement en de telles circonstances. Ainsi en participant à la divulgation publique de ces faits, M. B a dénoncé une menace grave et un risque de dommages irréversibles dont il a eu personnellement connaissance et qu'il a voulu faire cesser après avoir évoqué la situation lors d'un entretien avec le directeur de l'établissement en juin 2019, juste après une vague de canicule.
7. Aux termes des dispositions du II de l'article 8 de la loi du 9 décembre 2016 rappelées ci-dessus, en cas de danger grave et imminent ou en présence d'un risque de dommages irréversibles, le signalement peut être rendu public. Par suite, le centre hospitalier ne saurait utilement faire valoir que le requérant n'aurait pas respecté la procédure prévue par le I du même article.
8. Dans ces circonstances, le requérant est fondé à se prévaloir de la protection légale octroyée aux agents publics par les dispositions précitées qui fait obstacle à ce qu'une sanction disciplinaire lui soit infligée pour avoir révélé publiquement ces faits. La sanction contestée doit par suite être déclarée nulle de plein droit, par application des dispositions précitées de l'article 6 ter A de la loi du 13 juillet 1983.
Sur les conclusions à fins d'injonction :
9. Le présent jugement implique nécessairement que le centre hospitalier de Bourgoin Jallieu procède à la reconstitution de la carrière de M. B dans un délai de deux mois à compter de sa notification.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier Pierre Oudot, une somme de 1 500 euros au profit de M. B. Les conclusions présentées par le centre hospitalier, la partie perdante, doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 15 décembre 2020 du directeur du centre hospitalier Pierre Oudot est déclarée nulle de plein droit.
Article 2 : Il est enjoint au centre hospitalier Pierre Oudot de reconstituer la carrière de M. B dans un délai de deux mois à compter du présent jugement.
Article 3 : Le centre hospitalier versera à M. B la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au centre hospitalier Pierre Oudot.
Délibéré après l'audience du 6 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Wyss, président,
Mme Frapolli, premier conseiller
Mme Fourcade, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2023.
La rapporteure,
F. FOURCADE
Le président,
JP. WYSSLe greffier,
G. MORAND
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026