jeudi 21 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2100724 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SCP MONTOYA-DORNE-GOARANT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 3 février 2021, le 31 mars 2022, le 10 mai 2022, et le 29 février 2024 (ce dernier n'ayant pas été communiqué), M. B A et la société Atticora, représentés par Me Dessinges, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 3 décembre 2020 par lequel le maire de Nantes-en-Ratier a, au nom de l'Etat, interrompu les travaux de construction d'une maison individuelle d'une surface de plancher de 291,83 m² sur les parcelles cadastrées section D n° 1 489, 1 490, 1 491, 1 494 et 1 497 chemin des Rivaux ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- l'arrêté est entaché d'incompétence dès lors que l'arrêt des travaux a été décidé par le conseil municipal de Nantes-en-Ratier ;
- l'arrêté est entaché d'un vice de procédure, faute de mise en œuvre d'une procédure contradictoire ;
- il est insuffisamment motivé ;
- les faits sont matériellement inexacts ;
- l'arrêté est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 7 septembre 2021 et 5 mai 2022, la commune de Nantes-en-Ratier, représentée par Me Goarant, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de M. A et de la société Atticora une somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 octobre 2021, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Beytout,
- les conclusions de M. Lefebvre, rapporteur public,
- et les observations de Me Dessinges pour M. A et la société Atticora, et de Me Goarant, représentant la commune de Nantes-en-Ratier.
Considérant ce qui suit :
1. Le 6 février 2020, le maire de Nantes-en-Ratier a délivré à la société Nantes un permis de construire une maison à usage d'habitation d'une surface de plancher de 291,83 m² au lieudit les Rivaux. Le 19 novembre 2020, le maire de Nantes-en-Ratier a fait dresser un procès-verbal d'infraction et par un arrêté du 3 décembre 2020, il a ordonné à M. A, gérant de la société Nantes, d'interrompre les travaux. Par la présente requête, M. A et la société Atticora, qui s'est substituée à la société Nantes, demandent l'annulation de l'arrêté interruptif de travaux du 3 décembre 2020.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
Sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête ;
2. D'une part, aux termes de l'article L. 480-2 du code de l'urbanisme : " () Dès qu'un procès-verbal relevant l'une des infractions prévues à l'article L. 480-4 du présent code a été dressé, le maire peut également, si l'autorité judiciaire ne s'est pas encore prononcée, ordonner par arrêté motivé l'interruption des travaux. Copie de cet arrêté est transmise sans délai au ministère public () / Dans le cas de constructions sans permis de construire ou d'aménagement sans permis d'aménager, ou de constructions ou d'aménagement poursuivis malgré une décision de la juridiction administrative suspendant le permis de construire ou le permis d'aménager, le maire prescrira par arrêté l'interruption des travaux ainsi que, le cas échéant, l'exécution, aux frais du constructeur, des mesures nécessaires à la sécurité des personnes ou des biens ; copie de l'arrêté du maire est transmise sans délai au ministère public () ". D'autre part, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Et aux termes de l'article L. 122-1 du même code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. () ". Un arrêté interruptif de travaux, pris sur le fondement de l'article L. 480-2 du code de l'urbanisme, constitue une mesure de police qui figure au nombre des décisions qui doivent être motivées et être précédées d'une procédure contradictoire. Le respect, par l'autorité administrative compétente, de la procédure contradictoire prévue par les dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration, constitue une garantie pour le titulaire du permis qui réalise des travaux qu'elle entend interrompre. La décision d'interruption est illégale s'il ressort de l'ensemble des circonstances de l'espèce que le bénéficiaire du permis a été effectivement privé de cette garantie.
3. Contrairement à ce que soutient la commune de Nantes-en-Ratier, à supposer même que le permis de construire accordé à la société Nantes ait été obtenu par fraude, ce permis, qui n'a pas été retiré, continue à lui conférer des droits à construire. La société ne peut ainsi être regardée comme ayant réalisé des constructions sans permis de construire, au sens du dixième alinéa de l'article L. 480-2 précité. Le maire n'étant pas en situation de compétence liée pour prendre l'arrêté interruptif de travaux, les requérants peuvent ainsi utilement invoquer la méconnaissance de la procédure contradictoire prévue par les dispositions précitées.
4. En l'espèce, par courrier du 12 novembre 2020, le maire de Nantes-en-Ratier a indiqué à M. A qu'il existait un problème d'implantation de la construction entreprise, l'a invité à venir s'expliquer et a précisé qu'il n'était " pas exclu qu'un constat d'infractions au code de l'urbanisme et qu'un arrêté interruptif de travaux soient dressés à cette occasion pour être transmis au procureur de la République de Grenoble ". Le 19 novembre 2020, il a fait dresser un procès-verbal d'infraction et par courrier du jour même, il en a informé M. A et l'a invité à présenter des observations dans un délai de huit jours, sans préciser de nouveau qu'était envisagée l'édiction d'un arrêté interruptif de travaux. Dans l'intervalle, en réponse au courrier du 12 novembre 2020, M. A a présenté des observations écrites par courrier du 17 novembre 2020 reçu par la commune le 26 novembre. L'arrêté interruptif de travaux contesté pris le 3 décembre 2020 indique toutefois que M. A n'a produit aucune observation, ce qui porte à croire que ses observations écrites n'ont pas été prises en compte. Dans ces circonstances, M. A et la société Atticora, qui ont effectivement été privés d'une garantie, sont fondés à soutenir que l'arrêté attaqué a ainsi été pris au terme d'une procédure irrégulière.
5. Il résulte de ce qui précède que les requérants sont fondés à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.
Sur les frais de l'instance :
6. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros qu'il versera à M. A et à la société Atticora au titre des frais qu'ils ont exposés dans la présente instance.
8. Lorsqu'il met en œuvre les pouvoirs qu'il tient de l'article L. 480-2 du code de l'urbanisme, le maire agit au nom de l'Etat. La commune de Nantes-en-Ratier n'est donc pas partie à l'instance au sens des dispositions précitées, alors même qu'elle a été invitée à présenter des observations. Ces dispositions font ainsi obstacle à ce que soit mis à la charge des requérants, qui ne sont en outre pas les parties perdantes dans la présente instance, la somme que la commune demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du maire de Nantes-en-Ratier du 3 décembre 2020 est annulé.
Article 2 : L'Etat versera à M. A et à la société Atticora une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A, à la société Atticora, à la commune de Nantes-en-Ratier et au préfet de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 7 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Thierry, président,
Mme Beytout, première conseillère,
Mme Paillet-Augey, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2024.
La rapporteure,
E. BEYTOUT
Le président,
P. THIERRY La greffière,
L. BOURECHAK
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026