mardi 14 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2100976 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | SCHURMANN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 14 février 2021, Mme C, représentée par Me Schürmann, demande au tribunal :
- 1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
- 2°) d'annuler la décision en date du 14 décembre 2020 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a suspendu ses conditions matérielles d'accueil ;
- 3°) d'enjoindre au directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai de 48 heures à compter de la présente décision sous astreinte de 50 euros par jour ;
- 4°) de mettre à la charge de l'Ofii une somme de 1 500 euros au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative, qui sera versée à son conseil en application de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.
Mme C soutient :
- que la décision contestée est insuffisamment motivée ;
- qu'elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
- qu'elle est entachée d'un vice de procédure tiré du défaut d'entretien prévu par les dispositions des articles L. 744-6 et R. 744-38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- qu'elle est entachée d'une erreur de fait ;
- qu'elle est entachée d'une violation des dispositions de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
L'OFII a été mis en demeure de produire ses observations par un courrier en date du 5 août 2022.
Un mémoire du directeur de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), a été enregistré le 22 février 2023 après la clôture d'instruction.
Par ordonnance du 18 janvier 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 8 février 2023 à 12 heures.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu l'ordonnance n° 2100978 du 2 mars 2021 par laquelle le juge des référés du tribunal administratif de Grenoble, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a suspendu l'exécution de la décision de l'OFII en date du 14 décembre 2020.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante angolaise née le 12 février 1993, a déposé une demande d'asile en France le 13 août 2020, enregistrée en procédure dite " Dublin ". Elle s'est vu proposer un hébergement au CADA de Chasse sur Rhône dans lequel elle a résidé pendant 6 nuits avant de le quitter pour cause d'un sentiment d'insécurité. Par un courrier du 25 novembre 2020, l'OFII a informé la requérante de son intention de lui suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par une décision du 14 décembre 2020, l'OFII a notifié à la requérante la suspension de ses conditions matérielles d'accueil.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu d'admettre Mme C, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions en annulation :
3. Aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " À la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables ".Aux termes de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, dans sa version en vigueur le 1er janv. 2019 : "Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues à l'article L. 744-1 est subordonné : 1o A l'acceptation par le demandeur de la proposition d'hébergement ou, le cas échéant, de la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 744-2. Ces propositions tiennent compte des besoins, de la situation personnelle et familiale de chaque demandeur au regard de l'évaluation prévue à l'article L. 744-6, des capacités d'hébergement disponibles et de la part des demandeurs d'asile accueillis dans chaque région ; (). Le demandeur est préalablement informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le fait de refuser ou de quitter le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation mentionnés au 1o du présent article ainsi que le non-respect des exigences des autorités chargées de l'asile prévues au 2o entraîne de plein droit le refus ou, le cas échéant, le retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. ()". Aux termes de l'article L. 744-8 du même code en vigueur le 1er janv. 2019 : " Outre les cas, mentionnés à l'article L. 744-7, dans lesquels il est immédiatement mis fin de plein droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le bénéfice de celles-ci peut être : (). ". Aux termes de l'article D. 744-38 de ce code, alors en vigueur : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du 1o de l'article L. 744-8 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Cette décision prend effet à compter de sa signature () ".
4. Il résulte de ces dispositions, telles qu'éclairées par la décision du Conseil d'État n° 428530-428564 du 31 juillet 2019, que l'Office français de l'immigration et de l'intégration peut, par une décision motivée, après examen de la situation particulière du demandeur intéressé et après l'avoir mis en mesure de présenter ses observations, suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lorsque le demandeur n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile.
5. La décision contestée de suspension du bénéfice des conditions matérielles d'accueil comporte les considérations de droit, notamment des articles L. 744-7 et R. 744-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et de fait sur lesquelles elle se fonde. En particulier, le directeur général de l'OFII, qui a indiqué que : " L'OFII vous a notifié par courrier du 25/11/2020 son intention de suspendre les conditions matérielles d'accueil dont vous bénéficiez au motif que vous avez abandonné votre lieu d'hébergement sans prévenir, la structure ayant constaté que tous vos effets personnels n'étaient plus présents. En date du 05/11/2020, vous vous êtes présentée à l'OFII pour une remise de carte et vous nous avez confirmé avoir quitté cet hébergement et ne pas vouloir le réintégrer ", a suffisamment motivé en fait sa décision. La circonstance que cette décision ne mentionne pas les raisons que l'intéressée aurait invoquées en réponse au courrier du 25 novembre 2020 l'informant de l'intention de de l'OFII de suspendre ses conditions matérielles d'accueil, ne constitue pas un défaut de motivation. Contrairement à ce que soutient la requérante, les dispositions de l'article D. 744-38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne prévoient pas une obligation d'entretien préalable avant l'intervention de la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil. Par ailleurs, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, Mme C a été mise à même de présenter ses observations préalablement à la suspension envisagée conformément aux dispositions de l'article D. 744-38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et a d'ailleurs transmis ses éléments de réponse le 8 décembre 2020. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée est insuffisamment motivée et que la procédure contradictoire prévue à l'article D. 744-38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile aurait été méconnue.
6. Les dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'imposent pas qu'un entretien destiné à évaluer la vulnérabilité du demandeur d'asile soit à nouveau mené préalablement à la décision de suspension des conditions matérielles d'accueil.
7. Par ailleurs, si la requérante reproche à la décision attaquée de se contenter de faire référence au fait qu'elle a refusé un hébergement sans avoir pris en compte les raisons qu'elle a invoquées, Mme C n'établit pas qu'elle avait des raisons objectives de ne pas se sentir en sécurité dans ce lieu d'hébergement. Par suite, l'intéressée, qui a quitté le lieu d'hébergement proposé, ce qui entraîne de plein droit le refus des conditions matérielles d'accueil aux termes des dispositions de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation, d'une erreur de fait, d'une méconnaissance de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et d'erreur manifeste d'appréciation.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.
Sur les conclusions présentées au titre des article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
9. Les conclusions présentées par Mme C, partie perdante, doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er r : Mme C est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : la requête présentée par Mme C est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C, à Me Schürmann, à l'office français de l'immigration et de l'intégration et au préfet de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 28 février 2023, à laquelle siégeaient :
M. Vial-Pailler, président,
Mme Frapolli, premier conseiller,
Mme Fourcade, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe 14 mars 2023.
Le président-rapporteur,
C. B
L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,
I. FRAPOLLI Le greffier,
G. MORAND
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2100976
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026