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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2101153

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2101153

mardi 20 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2101153
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantLABORIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 22 février, 29 novembre 2021 et 20 juillet 2022, Mme A B, représentée par Me Beraldin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 décembre 2020 par laquelle le président du centre communal d'action sociale (CCAS) de Grenoble a refusé de reconnaitre l'imputabilité au service de sa pathologie à l'épaule droite ;

2°) en conséquence, de condamner le CCAS de Grenoble à lui verser la somme de 30 000 euros en réparation du préjudice subi du fait de la maladie professionnelle ;

3°) de mettre à la charge du CCAS de Grenoble une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'aggravation de sa pathologie est en lien direct avec l'exercice de ses fonctions au CCAS de Grenoble ;

- pour ne pas avoir mis à la disposition de son agent un poste de travail adapté à ses fonctions de secrétariat et d'accueil, et ainsi causé sa tendinopathie, le CCAS de Grenoble sera condamné à lui verser une somme forfaitaire de 30 000 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 28 avril 2021 et 23 mai 2022, le CCAS de Grenoble, représenté par Me Laborie, conclut à titre principal à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire à son rejet au fond et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le CCAS soutient que :

- la requête est irrecevable faute de comporter des moyens et conclusions en méconnaissance de l'article R.411-1 du code de justice administrative ;

- les conclusions indemnitaires sont irrecevables faute d'avoir été précédées d'un recours préalable ;

- les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Par lettre du 3 mai 2022, les parties ont été informées qu'en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative l'instruction est susceptible d'être close le 24 mai 2022, par l'émission d'une ordonnance de clôture ou d'un avis d'audience, sans information préalable.

La clôture immédiate de l'instruction a été prononcée par ordonnance du 10 novembre 2022.

Vu :

- la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;

- l'avis n° 450102 du Conseil d'État du 15 octobre 2021 ;

- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 pris pour l'application de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fourcade,

- les conclusions de M. Argentin, rapporteur public,

- et les observations de Mme B et de Me Guerry, représentant le CCAS de Grenoble.

Une note en délibéré a été enregistrée pour Mme B le 8 juin 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, adjointe administrative principale de 2e classe employée par le CCAS de Grenoble, est affectée à un poste de secrétariat auprès de deux crèches, Elisée Chatin depuis 2009 et New York depuis 2011. A compter de 2009, elle a déclaré des douleurs à l'épaule droite dont elle demandé la reconnaissance de l'imputabilité au service. Les 2 décembre 2010 et 29 mai 2012, la commission de réforme a émis des avis défavorables à la reconnaissance de l'imputabilité au service de sa pathologie. Ces avis ont été suivis par la collectivité par une décision notifiée le 11 juin 2012 et devenue définitive. Le 14 octobre 2019, Mme B a formé une nouvelle demande de reconnaissance de l'imputabilité au service de la même pathologie qui s'est amplifiée. Par un arrêté du 23 décembre 2020, le président du CCAS, suivant l'avis rendu par la commission de réforme du 17 décembre 2020, a refusé de reconnaitre l'imputabilité au service de sa pathologie à l'épaule. Mme B demande l'annulation de cette décision.

2. Les dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, créés par l'article 10 de l'ordonnance du 19 janvier 2017 portant diverses dispositions relatives au compte personnel d'activité, à la formation et à la santé et la sécurité au travail dans la fonction publique ne sont entrées en vigueur, selon l'avis du Conseil d'État susvisé, en tant qu'elles s'appliquent à la fonction publique territoriale, qu'à la date d'entrée en vigueur, le 13 avril 2019, du décret du 10 avril 2019 relatif au congé pour invalidité temporaire imputable au service dans la fonction publique territoriale, décret par lequel le pouvoir réglementaire a pris les dispositions réglementaires nécessaires pour cette fonction publique.

3. Si, par suite, ces dispositions ont vocation à s'appliquer aux situations en cours, sous réserve des exigences attachées au principe de non-rétroactivité qui exclut que les nouvelles dispositions s'appliquent à des situations juridiquement constituées avant leur entrée en vigueur, les droits des agents publics en matière d'accident de service et de maladie professionnelle sont constitués à la date à laquelle l'accident est intervenu ou la maladie diagnostiquée.

4. Mme C demande la reconnaissance de l'imputabilité au service de l'aggravation de sa maladie diagnostiquée en 2009. Compte tenu de l'absence de pièces médicales produites au titre de la période comprise en 2012 et 2018, l'aggravation de la pathologie doit être regardée comme intervenue en 2018, soit antérieurement à l'entrée en vigueur de des dispositions de l'article 21 bis. Par suite la requérante ne peut se prévaloir de la présomption instituée par ces dispositions.

5. Il y a lieu, dès lors, en vue du règlement du litige, de faire application des dispositions de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, selon lesquelles : " Le fonctionnaire en activité a droit : () / 2° A des congés de maladie () / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite ou d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service. () ".

6. L'aggravation d'une maladie contractée par un fonctionnaire doit être regardée comme imputable au service si elle présente un lien direct avec l'exercice des fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause, sauf à ce qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance particulière conduisent à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service.

7. Au titre de ses conditions de travail postérieures à l'année 2012, la requérante invoque, en premier lieu, le fait de devoir actionner un interrupteur pour ouvrir la porte d'entrée des crèches New-York et Elysée Chatin. Toutefois, l'administration fait valoir sans être contredite que ce bouton n'est utilisé que lorsque des personnes inconnues souhaitent entrer dans la crèche, les parents disposant d'un code d'entrée. En outre, les directives données par les responsables sont de vérifier à la porte l'identité des personnes se présentant afin d'éviter des intrusions malveillantes et d'ouvrir le cas échéant la porte sans recourir à ce bouton. Il en résulte que le geste en hyper-extension induit par l'utilisation des boutons d'ouverture ne revêt aucun caractère répétitif.

8. En deuxième lieu, la requérante invoque des tâches d'archivage impliquant un rangement en hauteur des boites d'archives. Toutefois, le CCAS fait valoir en défense que cette tâche n'est effectuée qu'une fois par an et ne représente qu'une charge de travail de sept heures qui peut être répartie sur plusieurs jours. Il s'agit de ranger, à l'issue de l'année scolaire, les dossiers enfant qui comptent une dizaine de feuilles. Cela représente environ quarante dossiers pour la crèche New York et moins de trente pour la crèche Elisée Chatin.

9. En troisième lieu, les tâches de saisie informatique représentent 90% du temps de travail de la requérante. Toutefois, les seules photographies produites correspondent à un poste de travail que la requérante n'occupe plus depuis 2011 et l'administration fait valoir, sans être contredite, qu'elle dispose depuis lors de bureaux ergonomiques.

10. En l'absence de lien direct établi entre le service et l'aggravation de la pathologie de la requérante, la décision attaquée n'est ni entachée d'erreur de droit ni entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

11. Par suite, les conclusions à fins d'annulation présentée par Mme C doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions indemnitaires fondées sur l'illégalité fautive de la décision du 23 décembre 2020.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

12. Les conclusions présentées par Mme C, la partie perdante, doivent être rejetées. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions du CCAS de Grenoble.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le CCAS de Grenoble au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au CCAS de Grenoble.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Wyss, président,

Mme Frapolli, première conseillère,

Mme Fourcade, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2023.

La rapporteure,

F. FOURCADE

Le président,

JP. WYSSLe greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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