Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2101154

vendredi 30 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2101154
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantLETELLIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 février 2021, M. B A, représenté par Me Letellier, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision implicite par laquelle la préfète de la Drôme a opposé un refus à sa demande de titre de séjour du 18 mai 2020 ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Drôme, dans le délai de trente jours à compter de la notification du jugement, de lui délivrer une carte de séjour permanent ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. A soutient que :

- la décision implicite attaquée n'est pas motivée, en méconnaissance de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision attaquée méconnaît l'article L. 122-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique du 13 décembre 2022 le rapport de Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant roumain né le 20 septembre 1983, déclare être entré en France en 2002. Il soutient avoir bénéficié de titres de séjour en qualité de travailleur européen à compter de 2007 et il produit une " carte de séjour citoyen UE/EEE/Suisse " expirant au 11 janvier 2020. Dans la présente instance, il demande au Tribunal d'annuler pour excès de pouvoir la décision implicite par laquelle la préfète de la Drôme a opposé un refus à ses demandes d'une carte de séjour de dix ans fondée sur les dispositions alors en vigueur de l'article L. 122-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur les conclusions à fin d'annulation:

Sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête ;

2. Aux termes de l'article R.*432-1 du code de l'entrée et du séjour des étranges et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet.". Aux termes de l'article R. 432-2 de ce code : " La décision implicite mentionnée à l'article R.* 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. () ". Aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation./ Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués " ;

3. Il ressort des pièces du dossier que M. A a demandé un certificat de résidence de dix ans, en dernier lieu par un courrier du 18 mai 2020 réceptionné le jour même par les services de la préfecture de la Drôme. En application des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète de la Drôme a donc implicitement rejeté cette demande le 18 septembre 2020, dont l'intéressé a demandé communication des motifs. Faute de réponse, ladite décision est entachée d'un défaut de motivation, en vertu de l'article L. 232-4 précité du code des relations entre le public et l'administration et doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte:

4. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique seulement, par application des dispositions de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, que l'administration procède au réexamen de la situation administrative de M. A dans un délai qu'il convient de fixer à deux mois à compter de la notification du présent jugement, et qu'il le munisse, dans l'attente d'une nouvelle décision, d'une autorisation provisoire de séjour; il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

5. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante, la somme de 900 euros à verser à Me Letellier, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite par laquelle la préfète de la Drôme a opposé un refus à la demande de titre de séjour de M. A est annulée.

Article 2: Il est enjoint à la préfète de la Drôme de procéder au réexamen de la demande de M. A dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et qu'elle le munisse, dans l'attente d'une nouvelle décision, d'une autorisation provisoire de séjour.

Article 3: L'Etat versera à Me Letellier la somme de 900 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1 991 sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Article 4: Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de la Drôme.

Délibéré après l'audience du 13 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Vial-Pailler, président,

M. d'Argenson, premier conseiller,

Mme Frapolli, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2022.

Le rapporteur,

I. C

Le président,

C. VIAL-PAILLER

Le greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne au préfet de la Drôme, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N° 2101154