Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2101379

mardi 24 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2101379
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSELARL BALESTAS DURAND GRANDGONNET MURIDI & ASSOCIES

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble (5ème Chambre) rejette la requête de M. B. Celui-ci contestait la décision implicite de rejet de son recours gracieux contre un arrêté préfectoral lui ordonnant de se dessaisir de ses armes et invalidant son permis de chasser. Le tribunal juge que le préfet était en situation de compétence liée pour prendre ces mesures, en application des articles L. 312-3, L. 317-12 et R. 312-67 du code de la sécurité intérieure, en raison d’une condamnation pour blanchiment inscrite au bulletin n°2 du casier judiciaire. Par conséquent, les moyens soulevés, notamment ceux tirés de l’incompétence, du défaut de motivation, de la méconnaissance de l’article 6§1 de la Convention européenne des droits de l’homme et de l’erreur manifeste d’appréciation, sont inopérants.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 mars 2021, M. A B, représenté par Me Balestas, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de l'Isère a rejeté son recours gracieux formé à l'encontre de l'arrêté du préfet de l'Isère du 29 septembre 2020 ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère, sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, de lui remettre un permis de chasse dans un délai de 30 jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté du 29 septembre 2020 a été signé par une autorité incompétente ;

- l'arrêté du 29 septembre 2020 est insuffisamment motivé ;

- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 6§1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la mesure de dessaisissement de son arme est disproportionnée ;

- le préfet de l'Isère a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 mai 2021, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Argentin,

- les conclusions de Mme Vaillant, rapporteure publique,

- les observations de Me Leurent, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 29 septembre 2020, le préfet de l'Isère a ordonné à M. B de se dessaisir de toutes les armes de toute catégorie en sa possession, lui a interdit d'acquérir ou de détenir des armes de toute catégorie, a inscrit cette interdiction dans le fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes, et a retiré la validité de son permis de chasser. M. B demande au tribunal d'annuler la décision par laquelle le préfet de l'Isère a implicitement rejeté son recours gracieux.

Sur les conclusions en annulation :

2. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. En conséquence, les conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, doivent être interprétées comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale qui, en l'espèce, est l'arrêté préfectoral du 29 septembre 2020.

3. Aux termes de l'article L. 312-3 du code de la sécurité intérieure, dans sa version applicable au litige : " Sont interdites d'acquisition et de détention d'armes, de munitions et de leurs éléments des catégories A, B et C : / 1° Les personnes dont le bulletin n° 2 du casier judiciaire comporte une mention de condamnation pour l'une des infractions suivantes : () -blanchiment prévu aux articles 324-1 à 324-6-1 du même code () ". Aux termes de l'article L. 317-12 du même code : " En cas de condamnation pour les infractions prévues au présent chapitre, le prononcé des peines complémentaires suivantes est obligatoire : () 3° Le retrait du permis de chasser () ". Aux termes de l'article R. 312-67 du même code : " Le préfet ordonne () le dessaisissement de l'arme ou de ses éléments () lorsque : () 2° Le demandeur ou le déclarant a été condamné pour l'une des infractions mentionnées au 1° de l'article L. 312-3 figurant au bulletin n° 2 de son casier judiciaire () ".

4. Si en vertu de l'article 6-1 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable par un tribunal indépendant et impartial, établi par la loi, qui décidera soit des contestations sur ses droits et obligations de caractère civil, soit du bien-fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle, ces dispositions ne sont pas applicables aux mesures de dessaisissement d'armes et d'invalidation du permis de chasser prononcées par le préfet, lesquelles constituent des mesures de police administrative. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 6-1 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant et doit être écarté.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été condamné par un jugement du tribunal correction de Grenoble du 11 septembre 2017 pour des faits de blanchiment et que cette condamnation a été inscrite sur le bulletin n°2. Il résulte des dispositions précitées que le préfet était tenu, d'une part, de lui ordonner de se dessaisir de toutes les armes de toute catégorie en sa possession du seul fait de la mention de cette condamnation de blanchiment au bulletin n°2 du casier judiciaire et, d'autre part, de constater l'invalidité du permis de chasser suite au prononcé de la peine juridictionnelle complémentaire de retrait du permis de chasser. Dès lors, tous les autres moyens de la requête soulevés à l'appui de la demande d'annulation de l'arrêté du 29 septembre 2020 ainsi que de la décision de rejet de son recours gracieux sont inopérants et doivent être écartés.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation de la requête doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

7. Le présent jugement, qui rejette la requête de M. B, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions précitées ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que les frais exposés en cours d'instance et non compris dans les dépens soient mis à la charge de l'Etat, qui, dans la présente instance, n'est pas la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 10 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bedelet, présidente,

M. Argentin, premier conseiller,

Mme Portal, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2024.

Le rapporteur,

S. Argentin

La présidente,

A. BedeletLe greffier,

P. Muller

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.