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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2101400

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2101400

mardi 22 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2101400
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantAARPI JAKUBOWICZ & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er mars 2021, les époux B, représentés par Me Trigon, demandent au tribunal :

1°) de réformer l'ordonnance de taxation du 8 février 2021 en tant que la présidente du tribunal administratif de Lyon a mis à leur charge, et non à celle de la commune de Montluel, les frais et honoraires de l'expertise ordonnée le 27 août 2020 et complétée le 9 octobre 2020 par la désignation d'un sapiteur ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Montluel la somme de 500 euros à leur verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que l'expertise est utile à la commune doit en assumer intégralement les frais dès lors que :

- le rapport précise qu'il y a atteinte à la solidité de l'ouvrage lui appartenant et qu'elle doit réaliser des travaux ;

- l'expertise judiciaire a permis à la commune de connaître la nature et le montant des travaux à entreprendre ;

- ils ont été contraints de solliciter l'expertise en raison de l'inertie de la commune.

La présidente du tribunal administratif de Lyon, par observations en date du 26 avril 2021 s'en remet à la sagesse du tribunal sur l'appréciation du bien-fondé de la requête des époux B.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 août 2022, la commune de Montluel, représentée par Me Jakubowicz-Ambiaux, conclut au rejet de la requête.

La commune fait valoir que l'expertise n'était pas utile dès lors qu'elle a procédé avec le concours de l'agence départementale d'ingénierie de l'Ain à un audit visuel et fait poser des jauges régulièrement contrôlées dès avril 2020, que les travaux préconisés par le rapport d'expertise sont les mêmes que ceux retenus dans le cadre de cet audit, qui avait déjà écarté le risque d'effondrement du bâtiment.

Vu :

- l'ordonnance n°2003359 de la présidente du tribunal administratif de Lyon ;

- les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, le rapport de Mme C et les conclusions de Mme Vaillant, rapporteure publique, en l'absences des parties.

1. L'habitation des époux B est mitoyenne d'une bâtisse inhabitée appartenant au domaine privé de la commune de Montluel. Le 15 juin 2019, lors d'un orage, une portion de l'enduit de façade du bien communal s'est détaché et est tombé dans la cour des requérants dégradant du mobilier. L'expert désigné par leur assureur a relevé en janvier 2020 que l'enduit n'était pas approprié et a pointé la présence de fissures mal réparées et probablement infiltrantes sur la bâtisse. Craignant pour la solidité de cet ouvrage et demeurant sans réponse, les époux B ont saisi le juge des référés du tribunal administratif de Lyon qui, par une ordonnance du 21 août 2020, a désigné un expert, aux fins de déterminer, d'une part, si la bâtisse communale menaçait ruine et faisait courir un péril imminent et, d'autre part, de se prononcer sur les causes et les conséquences des désordres constatés, la nature et le coût des travaux pour y remédier ainsi que le préjudice des requérants. L'expert a remis son rapport le 3 décembre 2020. Les requérants contestent l'ordonnance du 8 février 2021 en tant que la présidente du tribunal administratif de Lyon a mis à leur charge l'intégralité des frais et honoraires d'expertise.

Sur les conclusions aux fins de réformation de l'ordonnance du 8 février 2021 :

2. Aux termes des deux premiers alinéas de l'article R. 621-13 du code de justice administrative : " Lorsque l'expertise a été ordonnée sur le fondement du titre III du livre V, le président du tribunal ou de la cour, après consultation, le cas échéant, du magistrat délégué, () en fixe les frais et honoraires par une ordonnance prise conformément aux dispositions des articles R. 621-11 et R. 761-4. Cette ordonnance désigne la ou les parties qui assumeront la charge de ces frais et honoraires. Elle est exécutoire dès son prononcé, et peut être recouvrée contre les personnes privées ou publiques par les voies de droit commun. Elle peut faire l'objet, dans le délai d'un mois à compter de sa notification, du recours prévu à l'article R. 761-5. / Dans le cas où les frais d'expertise mentionnés à l'alinéa précédent sont compris dans les dépens d'une instance principale, la formation de jugement statuant sur cette instance peut décider que la charge définitive de ces frais incombe à une partie autre que celle qui a été désignée par l'ordonnance mentionnée à l'alinéa précédent ou par le jugement rendu sur un recours dirigé contre cette ordonnance ". Aux termes de l'article R. 761-5 du même code : " Les parties () ainsi que, le cas échéant, l'expert, peuvent contester l'ordonnance mentionnée à l'article R. 761-4 devant la juridiction à laquelle appartient l'auteur de l'ordonnance () la requête est transmise sans délai par le président de la juridiction à un tribunal administratif conformément à un tableau d'attribution arrêté par le président de la section du contentieux. "

3. Pour l'application de ces dispositions, la formation de jugement, saisie par la voie du plein contentieux d'une contestation d'une ordonnance de taxation, dispose d'un pouvoir de réformation lui permettant d'apprécier si, à la date à laquelle elle statue, tant le montant que la charge des frais ont été fixés dans des conditions équitables.

4. Il résulte des dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative, dérogeant sur ce point à l'article R. 761-1 du même code, que lorsque les frais d'expertise ne sont pas inclus dans les dépens d'une instance principale, leur répartition entre les parties intervient, compte tenu des circonstances de l'espèce, et notamment de l'utilité de l'expertise pour ces parties, sans que cette répartition soit déterminée par la seule circonstance qu'une de ces parties l'a demandée ou, à l'inverse, en a contesté le bien-fondé. S'il n'y est pas tenu, il est loisible au juge administratif de tenir compte de la répartition des responsabilités retenue pas l'expert.

5. La mesure d'expertise sollicitée par les époux B concernant leur propriété et la façade du bien communal a permis d'exclure le péril imminent, de déterminer l'origine des désordres ainsi que les mesures à prendre afin d'y remédier et d'évaluer les préjudices subis. Si la commune fait valoir qu'un précédent audit visuel, réalisé par ses soins avec l'assistance de l'agence départementale d'ingénierie de l'Ain le 17 avril 2020, avait déjà exclu le risque de péril imminent et déterminé l'origine des désordres et les travaux à effectuer, celui-ci n'a pas été réalisé au contradictoire des époux B et il ne résulte pas de l'instruction qu'ils en auraient eu connaissance. En outre, cet audit présentait un objet plus restreint que le rapport d'expertise du 3 décembre 2020. En effet, l'expert a fait appel à un sapiteur ingénieur structure qui a fourni une analyse détaillée de la solidité de l'ouvrage communal et préconisé des travaux plus étendus que les deux techniques de confortement de la façade extérieure recommandées par l'audit. Sur ces points, la mesure était utile à la commune. Cependant, la mesure était également utile aux requérants pour exclure certains préjudices et en évaluer d'autres en vue d'une éventuelle demande indemnitaire. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de répartir la charge des frais et honoraires d'expertise entre les parties en mettant 30 % de la somme de 5 454,41 euros à la charge des époux B et 70 % de cette somme à la charge de la commune de Montluel.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

6. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Montluel la somme demandée par les époux B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les frais et honoraires d'expertise taxés à la somme de 5 454,41 euros sont mis à la charge de la commune de Montluel à hauteur de 70 % et de celle des époux B à hauteur de 30 %.

Article 2 : L'ordonnance du 8 février 2021 de la présidente du Tribunal administratif de Lyon est modifiée conformément à l'article 1er.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Me Trigon, aux époux B, à la commune de Montluel et à Me Jakubowicz-Ambiaux.

Délibéré après l'audience du 27 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Triolet, présidente,

M. Doulat, premier conseiller,

M. Villard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 novembre 2022.

La présidente-rapporteure,

A. C

L'assesseur le plus ancien,

F. Doulat

Le greffier,

G. Morand

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun entre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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