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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2101606

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2101606

jeudi 19 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2101606
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL EUROPA AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 mars 2021, Mme B A, représentée par Me Le Gulludec, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 17 décembre 2020 par laquelle le maire de la commune de Valencogne ne s'est pas opposé à la déclaration préalable présentée par la société Hivory, ensemble la décision implicite de son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Valencogne et de la société Hivory une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le devoir de mutualisation prévu à l'article 98-6-1 du code des communications électroniques n'est pas respecté ;

- le dossier de déclaration préalable est incomplet car l'antenne relais de 25 mètres de l'opérateur de téléphonie Orange n'est pas représentée ;

- le règlement de la zone A ne permet pas d'implanter une antenne relais dans cette zone car le projet ne présente pas la caractère d'un ouvrage public ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article A10 du règlement du plan local d'urbanisme qui prévoit une hauteur maximum de 4 mètres pour les constructions annexes détachées ;

- il méconnaît l'article U14 du règlement du plan local d'urbanisme relatif à l'intégration paysagère dès lors que l'installation qui atteint une quarantaine de mètres de hauteur et qui prend la forme d'une structure métallique est particulièrement disgracieuse et porte atteinte aux lieux avoisinants au regard de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 avril 2021, la société Hivory, représentée par Me Cloëz, conclut au rejet de la requête, et à ce que soit mise à la charge de la requérante une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable en l'absence d'intérêt à agir de Mme A ;

- les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 juin 2022, la commune de Valencogne, représentée par Me Reboul, s'en rapporte à la justice concernant la recevabilité de la requête et le bien-fondé de la demande.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle (55%) par une décision du 19 mars 2021.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- le code des postes et communications électroniques ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Barriol ;

- les conclusions de Mme C ;

- et les observations de Me Le Gulludec représentant Mme A, et de Me Poret représentant la commune de Valencogne.

Considérant ce qui suit :

1. La société Hivory a déposé une déclaration préalable de travaux portant sur l'implantation d'un support d'antennes de radiotéléphonie mobile d'environ 36 mètres de hauteur sur une parcelle cadastrée section OB n° 587 située au lieudit " Grand Champ Michel ", sur le territoire de la commune de Valencogne. Par un courrier du 15 janvier 2021, réceptionné le 18 janvier 2021, Mme A a sollicité le retrait de l'arrêté de non-opposition tacite à déclaration préalable. Mme A demande l'annulation de l'arrêté du 17 décembre 2020, par lequel le maire de la commune de Valencogne ne s'est pas opposé à cette déclaration préalable de travaux, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la complétude du dossier de déclaration préalable :

2. La circonstance que le dossier de déclaration préalable de travaux est incomplet ou que des pièces sont insuffisantes, imprécises ou inexactes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité la décision de non-opposition à déclaration préalable de travaux que dans le cas où ces omissions, inexactitudes ou insuffisances ont été de nature à fausser l'appréciation de l'administration sur la conformité du projet à la réglementation.

3. Le dossier de déclaration déposé par la société Hivory comprenait un plan de masse sur lequel était matérialisée l'antenne de radiotéléphonie de la société Orange implantée sur la même parcelle que le projet en bordure du chemin communal. En outre, la rubrique 5 du formulaire Cerfa mentionne que le projet de support d'antennes est situé à plus de dix mètres du relais orange ayant fait l'objet d'une déclaration d'achèvement des travaux délivrée le 25 mai 2019 et qu'il n'y a aucune interférence entre les deux projets. La circonstance qu'aucune photographie du dossier n'en fait état n'a pas été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable. Le moyen tiré du caractère incomplet du dossier de permis de construire doit être écarté.

En ce qui concerne la méconnaissance du code des postes et communications électroniques :

4. En vertu du principe de l'indépendance des législations, il n'appartient pas à l'autorité en charge de la délivrance des autorisations d'urbanisme de veiller au respect de la réglementation des postes et communications électroniques, mais seulement de se prononcer sur la conformité du projet aux règles d'urbanisme en vigueur. Dès lors, la requérante ne peut utilement, pour critiquer l'emplacement du projet, se prévaloir de la méconnaissance des dispositions du code des postes et communications électroniques.

En ce qui concerne l'implantation du projet en zone agricole :

5. Aux termes de l'article A2 du règlement du plan local d'urbanisme : " Occupations et utilisations du sol admises sous conditions / Dispositions générales : / - les équipements d'infrastructure et d'installations des services publics () ".

6. Le dispositif de support d'antennes de téléphonie mobile d'environ 36 mètres de hauteur constitue un équipement qui assure un service d'intérêt général destiné à répondre à un besoin collectif de la population. La circonstance que ce support d'antennes de radiotéléphonie ne soit pas un " ouvrage public " est sans incidence sur la légalité de la décision contestée et ne fait pas obstacle à ce qu'elle soit autorisée par le règlement du plan local d'urbanisme, dès lors qu'il s'agit d'un équipement d'infrastructure et d'installation de services publics, au sens et pour l'application de l'article 2 du règlement de plan local d'urbanisme. Dans ces conditions, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne les dispositions du règlement du plan local d'urbanisme relatives à la hauteur des constructions :

7. L'article A10 du règlement impose que les constructions annexes n'excèdent pas une hauteur de 4 mètres. Le règlement du plan local d'urbanisme définit les constructions annexes comme l'ensemble des constructions (garage, abri de jardin, local technique ), rattachées fonctionnellement à la construction principale.

8. Le support d'antennes de radiotéléphonie en litige ne saurait être qualifié d'annexes au sens du règlement du plan local d'urbanisme. En outre, si un relais de radiotéléphonie mobile est une construction, il ne présente pas les caractéristiques d'un bâtiment disposant d'un faîtage et les dispositions de l'article A 10 ne s'appliquent, pour le calcul de la hauteur de la construction qu'aux bâtiments pourvus d'une toiture. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article A10 du règlement doit être écarté.

En ce que concerne l'atteinte à l'intérêt des lieux avoisinants :

9. Mme A ne peut utilement invoquer la méconnaissance des dispositions de l'article U14 du règlement, qui ne sont pas applicables en zone agricole.

10. Aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ".

11. Le terrain d'assiette du projet n'est pas situé dans un espace naturel présentant un intérêt particulier. Il se situe dans un paysage de champs plats et cultivés. Une antenne de téléphonie mobile d'un autre opérateur est déjà implantée sur le terrain d'assiette du projet litigieux. L'environnement comporte également des poteaux électriques le long de la route du Mont. Dans ces conditions, et en dépit de la hauteur de cette antenne et quelle que soit la fréquentation du GR65, chemin de Compostelle, l'installation d'une nouvelle antenne de radiotéléphonie ne porte pas atteinte à l'intérêt des lieux avoisinants au regard de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme.

12. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions en annulation dirigées contre la décision du 17 décembre 2020 par laquelle le maire de Valencogne ne s'est pas opposé à la déclaration préalable déposée par la société Hivory, ensemble la décision de rejet de son recours gracieux doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

13. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par Mme A doivent dès lors être rejetées.

14. En revanche, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application de ces mêmes dispositions, de mettre à la charge de Mme A le versement de la somme demandée par la commune de Valencogne et la société Hivory.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Valencogne et de la société Hivory relative à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à la commune de Valencogne et à la société Hivory.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Thierry, président,

Mme Beytout, première conseillère,

Mme Barriol, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.

La rapporteure,

E. Barriol

Le président,

P. ThierryLa greffière,

A. Zanon

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2101606

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