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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2101640

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2101640

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2101640
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantWINCKEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 mars 2021, M. C B, représenté par la Me Winckel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 septembre 2020 par lequel le maire de la commune de la Chapelle-du-Bard a retiré le permis n° PC 038 078 17 10006 de construire deux maisons à usage d'habitation sur les parcelles cadastrées n° C 432-C433-C515, délivré tacitement le 8 juin 2020, ainsi que la décision du 16 novembre 2020 rejetant son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre à la commune de la Chapelle-du-Bard de lui délivrer un certificat de permis tacite obtenu le 8 juin 2020, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de la Chapelle-du-Bard une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- à titre principal, l'arrêté de retrait est entaché d'une erreur de droit et d'une absence de base légale dès lors que les dispositions dérogatoires de l'article L. 424-1 alinéa 8 du code de l'urbanisme relatives à l'obtention d'un permis tacite après l'exercice d'un sursis à statuer par l'administration empêchent tout retrait de la décision définitive obtenu tacitement ;

- à titre subsidiaire, les motifs de retrait du permis tacite sont entachés d'erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation.

Une mise en demeure a été adressée le 28 avril 2022 à la commune de la Chapelle-du-Bard, qui n'a pas produit de mémoire.

La clôture d'instruction a été fixée au 23 juin 2022, par ordonnance du même jour.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- l'ordonnance n°2020-539 du 07 mai 2020 sur l'urgence sanitaire ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Galtier, rapporteure,

- les conclusions de Mme Paillet-Augey, rapporteure publique,

- et les observations de Me Winckel, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a déposé le 6 octobre 2017 une demande de permis de construire deux maisons individuelles sur les parcelles cadastrées C433, C432 et C515 du territoire de la commune de la Chapelle-du-Bard. Par un arrêté du 28 novembre 2017, le maire de la Chapelle-du-Bard a prononcé un sursis à statuer sur cette demande pour une durée de deux ans. A l'expiration du délai de validité de ce sursis à statuer, le pétitionnaire a confirmé sa demande de permis de construire par un courrier parvenu en mairie le 28 janvier 2020. En l'absence de notification officielle d'une décision sur cette demande, un permis de construire tacite est né le 8 juin 2020, que le maire a décidé de retirer par un arrêté du 8 septembre 2020. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté de retrait du 8 septembre 2020 et de la décision implicite de rejet de son recours gracieux formé contre cette décision le 16 novembre 2020.

Sur l'acquiescement aux faits :

2. Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ".

3. La commune de la Chapelle-du-Bard, qui n'a pas produit d'observations en défense avant la clôture d'instruction malgré la mise en demeure qui lui a été adressée le 28 avril 2022, est réputée avoir acquiescé aux faits exposés en application de l'article R. 612-6 précité du code de justice administrative. Cette circonstance ne dispense toutefois pas le tribunal, d'une part, de vérifier que les faits allégués par le requérant ne sont pas contredits par les autres pièces versées au dossier, d'autre part, de se prononcer sur les moyens de droit que soulève l'examen de l'affaire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme, alors applicable : " L'autorité compétente se prononce par arrêté sur la demande de permis ou, en cas d'opposition ou de prescriptions, sur la déclaration préalable. Il peut être sursis à statuer sur toute demande d'autorisation concernant des travaux, constructions ou installations dans les cas prévus au 6° de l'article L. 102-13 et aux articles L. 153-11 et L. 311-2 du présent code et par l'article L. 331-6 du code de l'environnement. (). Le sursis à statuer doit être motivé et ne peut excéder deux ans. L'autorité compétente ne peut, à l'expiration du délai de validité du sursis ordonné, opposer à une même demande d'autorisation un nouveau sursis fondé sur le même motif que le sursis initial. Si des motifs différents rendent possible l'intervention d'une décision de sursis à statuer par application d'une disposition législative autre que celle qui a servi de fondement au sursis initial, la durée totale des sursis ordonnés ne peut en aucun cas excéder trois ans. A l'expiration du délai de validité du sursis à statuer, une décision doit, sur simple confirmation par l'intéressé de sa demande, être prise par l'autorité compétente chargée de la délivrance de l'autorisation, dans le délai de deux mois suivant cette confirmation. Cette confirmation peut intervenir au plus tard deux mois après l'expiration du délai de validité du sursis à statuer. Une décision définitive doit alors être prise par l'autorité compétente pour la délivrance de l'autorisation, dans un délai de deux mois suivant cette confirmation. A défaut de notification de la décision dans ce dernier délai, l'autorisation est considérée comme accordée dans les termes où elle avait été demandée (). "

5. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme que, dans le cas où un sursis à statuer a été opposé à une demande de permis de construire, le pétitionnaire qui, à l'expiration du délai de validité dudit sursis, a confirmé régulièrement sa demande, se trouve, en cas de silence gardé par l'autorité administrative pendant les deux mois suivant cette confirmation, titulaire d'une autorisation tacite de construire. Or, l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme a créé un régime distinct de celui organisé par les articles L. 421-5 et suivants du même code donnant notamment à l'autorité administrative, dans le délai de recours contentieux ainsi ouvert, la possibilité de retirer ladite autorisation tacite dans le cas où elle serait entachée d'illégalité. Ainsi, la naissance d'une autorisation tacite en application de l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme entraîne dessaisissement de l'autorité administrative qui ne peut légalement procéder à son retrait même dans le délai de recours contentieux. Dès lors, le maire ne pouvait légalement procéder au retrait de cette autorisation tacite même en respectant la procédure contradictoire de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration.

6. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à soutenir que l'arrêté du 8 septembre 2020 procédant au retrait du permis de construite tacite obtenu le 8 juin 2020 est entaché d'erreur de droit et à en solliciter, pour ce motif, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, l'annulation. Par voie de conséquence, M. B est fondé à demander l'annulation de la décision née le 16 janvier 2021, rejetant son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ".

8. Le présent jugement implique nécessairement que le maire de la commune de la Chapelle-du-Bard délivre à M. B le certificat mentionné par l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prescrire l'exécution de cette mesure dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir. Il n'y a toutefois pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. "

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application de ces dispositions, de mettre à la charge de la commune de la Chapelle-du-Bard une somme de 1 500 euros qu'elle paiera à M. B au titre des frais exposés dans la présente instance et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 8 septembre 2020 de retrait du permis de construire tacite n° PC 038 07817 10006, et la décision implicite de rejet du recours gracieux intervenue le 16 janvier 2021, sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de la Chapelle-du-Bard de délivrer à M. B le certificat mentionné par l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir.

Article 3 : La commune de la Chapelle-du-Bard versera une somme de 1 500 euros à M. B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 :Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la commune de la Chapelle-du-Bard.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024 à laquelle siégeaient :

M. Thierry, président,

Mme A et Mme Galtier, premières conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024.

La rapporteure,

F. Galtier Le président,

P. Thierry

La greffière,

A. Zanon

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2101640

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