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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2101763

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2101763

mercredi 31 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2101763
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantMATHIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 mars 2021, Mme A C épouse B, représentée par Me Mathis, demande au tribunal :

- d'annuler la décision du 30 octobre 2020 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de rétablir les conditions matérielles d'accueil ;

- d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de la rétablir dans ses droits aux conditions matérielles d'accueil à compter de juillet 2020 dans un délai de quarante-huit heures à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

- de condamner l'Office français de l'immigration et de l'intégration à verser à son Conseil la somme de 1200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision n'est pas suffisamment motivée ; elle est entachée d'une erreur de fait et n'a pas fait l'objet d'un examen sérieux ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 avril 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Mme C épouse B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 janvier 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Bailleul, premier conseiller, et constaté l'absence des parties.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante du Kosovo née en 1964, a présenté une demande d'asile le 25 septembre 2018 et accepté le même jour les conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Par un arrêté du 28 décembre 2018, le préfet de l'Isère a ordonné sa remise aux autorités suédoises qui lui avaient délivré un visa et qui ont accepté sa prise en charge. Le 28 mars 2019, Mme B a déclaré refuser de prendre le vol à destination de la Suède réservé pour elle le 11 avril 2019. L'OFII a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile le 23 mai 2019. Le 22 juin 2020, le préfet de l'Isère a enregistré la demande d'asile de Mme B en procédure accélérée. Cette dernière a sollicité le rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil par un courrier daté du 3 juillet 2020. Elle demande, dans la présente instance, l'annulation de la décision du 30 octobre 2020 par laquelle l'OFII a rejeté cette demande.

2. Aux termes de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en vigueur à la date de l'enregistrement de la demande d'asile : " Tout étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile se présente en personne à l'autorité administrative compétente, qui enregistre sa demande et procède à la détermination de l'Etat responsable (). / Lorsque l'enregistrement de sa demande d'asile a été effectué, l'étranger se voit remettre une attestation de demande d'asile () ". L'article L. 742-1 du même code prévoit que : " Lorsque l'autorité administrative estime que l'examen d'une demande d'asile relève de la compétence d'un autre Etat qu'elle entend requérir, l'étranger bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français jusqu'à la fin de la procédure de détermination de l'Etat responsable de l'examen de sa demande et, le cas échéant, jusqu'à son transfert effectif à destination de cet Etat. L'attestation délivrée en application de l'article L. 741-1 mentionne la procédure dont il fait l'objet. Elle est renouvelable durant la procédure de détermination de l'Etat responsable et, le cas échéant, jusqu'à son transfert effectif à destination de cet Etat ". L'article L. 744-1 du même code dispose que les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile, au sens de la directive du 26 juin 2013, " sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de la demande d'asile (). Les conditions matérielles d'accueil comprennent les prestations et l'allocation prévues au présent chapitre () ". L'article L. 744-9 de ce même code prévoit que " Le demandeur d'asile qui a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées en application de l'article L. 744-1 bénéficie d'une allocation pour demandeur d'asile s'il satisfait à des conditions d'âge et de ressources. L'Office français de l'immigration et de l'intégration ordonne son versement dans l'attente de la décision définitive lui accordant ou lui refusant une protection au titre de l'asile ou jusqu'à son transfert effectif vers un autre Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile () ". Aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction résultant de la loi du 29 juillet 2015 relative à la réforme du droit d'asile : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : / 1° Suspendu si, sans motif légitime, le demandeur d'asile a abandonné son lieu d'hébergement déterminé en application de l'article L. 744-7, n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, n'a pas répondu aux demandes d'informations ou ne s'est pas rendu aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile () ".

3. Il résulte des dispositions précédemment citées que les conditions matérielles d'accueil sont proposées au demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de la demande d'asile auquel il est procédé en application de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si, par la suite, les conditions matérielles proposées et acceptées initialement peuvent être modifiées, en fonction notamment de l'évolution de la situation du demandeur ou de son comportement, la circonstance que, postérieurement à l'enregistrement de sa demande, l'examen de celle-ci devienne de la compétence de la France n'emporte pas l'obligation pour l'Office de réexaminer, d'office et de plein droit, les conditions matérielles d'accueil qui avaient été proposées et acceptées initialement par le demandeur.

4. Dans le cas où les conditions matérielles d'accueil ont été suspendues sur le fondement de l'article L. 744-8, dans sa rédaction issue de la loi du 29 juillet 2015, le demandeur peut, notamment dans l'hypothèse où la France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile, en demander le rétablissement. Il appartient alors à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, pour statuer sur une telle demande de rétablissement, d'apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.

5. La décision du 30 octobre 2020 comporte les motifs de droit et de fait en constituant le fondement. Elle est ainsi suffisamment motivée et, il ne résulte pas de ses termes qu'elle serait entachée d'une erreur de fait ou résulterait d'un défaut d'examen de la situation de l'intéressée.

6. Mme B fait valoir que c'est en raison d'une hospitalisation récente qu'elle a refusé de partir en Suède le 11 avril 2019. Toutefois, l'intervention chirurgicale a été effectuée le 25 mars 2019, soit quinze jours avant la date du vol réservé, et l'intéressée est sortie de l'hôpital le 26 mars 2019. L'attestation qu'elle produit, rédigée en termes généraux par un médecin de ville le 24 novembre 2020, soit un an et demi plus tard, ne suffit pas à justifier qu'elle était alors dans l'incapacité de voyager ni que son état de santé justifiait des soins qui ne pouvaient être poursuivis en Suède. Mme B s'est ensuite maintenue sur le territoire français dans l'attente de l'expiration du délai de transfert et ne s'est manifestée de nouveau qu'après l'expiration de celui-ci pour confirmer sa demande d'asile puis demander le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Si elle soutient qu'elle ne dispose d'aucune ressource ni d'aucun hébergement stable, elle ne justifie pas, à la date de sa demande, de facteur particulier de vulnérabilité.

7. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 30 octobre 2020. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées ainsi que celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'étant pas partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er :La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 :Le présent jugement sera notifié à Mme A C épouse B, à Me Mathis et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration

Délibéré après l'audience du 11 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Pfauwadel, président,

Mme Bailleul et Mme D, assesseurs.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mai 2023.

Le rapporteur,

C. Bailleul

Le président,

T. Pfauwadel

La greffière,

V. Barnier

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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