mercredi 31 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2101815 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | SCHURMANN |
Vu les procédures suivantes :
I / Par une ordonnance du 9 février 2021, le président du tribunal administratif de Versailles a transmis au tribunal administratif de Grenoble le dossier de la requête présentée par la SAS Arti Fi le 6 janvier 2021.
Par cette requête enregistrée au greffe du tribunal le 22 février 2021, sous le n° 2101174, et un mémoire complémentaire, enregistré le 17 avril 2023, la société Arti Fi, représentée par Me Schürmann, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 19 janvier 2021 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rejeté son recours gracieux formé à l'encontre de la décision du 27 octobre 2020 ayant mis à sa charge le versement, d'une part, d'une somme de 43 800 euros au titre de la contribution spéciale prévue par l'article L. 8253-1 du code du travail, d'autre part, d'une somme de 11 990 euros au titre de la contribution forfaitaire représentative de frais de réacheminement prévue par l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
2°) d'annuler les titres exécutoires émis le 16 novembre 2020 en vue du recouvrement des deux contributions ;
3°) de la décharger de l'obligation de payer la contribution spéciale ;
4°) de réduire à de plus justes proportions les sommes dues au titre des contributions forfaitaires et spéciales ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le titre exécutoire est entaché d'irrégularité formelle et d'incompétence ;
- il est entaché d'un vice de procédure et viole le principe du contradictoire ;
- il est entaché d'une erreur de droit ;
- la contribution mise à sa charge est disproportionnée et entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juin 2021, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la société Arti Fi ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 avril 2023, le directeur départemental des finances publiques de l'Essonne conclut à sa mise hors de cause.
Il soutient que le ministre de l'intérieur est l'ordonnateur compétent pour émettre les titres.
En application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées le 3 novembre 2023, que le tribunal est susceptible de relever d'office le moyen tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation des titres exécutoires, faute du recours préalable obligatoire prévu par l'article 117 du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique.
Par un mémoire du 6 novembre 2023, la société Arti Fi a répondu au moyen d'ordre public soulevé.
II / Par une ordonnance du 9 février 2021, le président du tribunal administratif de Versailles a transmis au tribunal administratif de Grenoble le dossier de la requête présentée par la SAS Arti Fi le 6 janvier 2021.
Par cette requête enregistrée au greffe du tribunal le 22 février 2021, sous le n° 2101176, et un mémoire complémentaire, enregistré le 17 avril 2023, la société Arti Fi, représentée par Me Schürmann, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 19 janvier 2021 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rejeté son recours gracieux formé à l'encontre de la décision du 27 octobre 2020 ayant mis à sa charge le versement, d'une part, d'une somme de 43 800 euros au titre de la contribution spéciale prévue par l'article L. 8253-1 du code du travail, d'autre part, d'une somme de 11 990 euros au titre de la contribution forfaitaire représentative de frais de réacheminement prévue par l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
2°) d'annuler les titres exécutoires émis le 16 novembre 2020 en vue du recouvrement des deux contributions ;
3°) de la décharger de l'obligation de payer la contribution spéciale ;
4°) de réduire à de plus justes proportions les sommes dues au titre des contributions forfaitaires et spéciales ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le titre exécutoire est entaché d'irrégularité formelle et d'incompétence ;
- il est entaché d'un vice de procédure et viole le principe du contradictoire ;
- il est entaché d'une erreur de droit ;
- la contribution mise à sa charge est disproportionnée et entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juin 2021, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la société la société Arti Fi ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 avril 2023, le directeur départemental des finances publiques de l'Essonne conclut à sa mise hors de cause.
Il soutient que le ministre de l'intérieur est l'ordonnateur compétent pour émettre les titres.
III / Par une requête et des mémoires, enregistrés sous le n° 2101815 le 18 mars 2021 et le 17 avril 2023, la société Arti Fi, représentée par Me Schürmann, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 19 janvier 2021 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rejeté son recours gracieux formé à l'encontre de la décision du 27 octobre 2020 ayant mis à sa charge le versement, d'une part, d'une somme de 43 800 euros au titre de la contribution spéciale prévue par l'article L. 8253-1 du code du travail, d'autre part, d'une somme de 11 990 euros au titre de la contribution forfaitaire représentative de frais de réacheminement prévue par l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
2°) d'annuler les titres exécutoires émis le 16 novembre 2020 en vue du recouvrement des deux contributions ;
3°) de la décharger de l'obligation de payer la contribution spéciale ;
4°) de réduire à de plus justes proportions les sommes dues au titre des contributions forfaitaires et spéciales ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un vice de procédure et d'une violation du principe du contradictoire ;
- elle est entachée d'erreur de droit ;
- la sanction financière méconnaît le principe de proportionnalité des peines ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juin 2021, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la société Arti Fi ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code du travail ;
- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bourion, première conseillère,
- les conclusions de M. Heintz, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Le 25 juin 2020, les services de police de la Savoie ont procédé au contrôle d'un chantier de construction " Le domaine de Beau " de l'entreprise Arti Fi, dont l'activité principale porte sur les travaux de revêtements des sols et murs. Lors de ce contrôle, ils ont relevé la présence de trois ressortissants étrangers dépourvus de titres les autorisant à travailler en France. Puis lors de l'enquête, ils ont découvert que la société Arti Fi employait trois autres ressortissants dépourvus de titre les autorisant à travailler en France. Après transmission du procès-verbal faisant état de ces faits au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), ce dernier, par décision du 27 octobre 2020, a appliqué à la société Arti Fi la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail et la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement prévue à l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour des montants respectifs de 43 800 euros et de 11 900 euros, pour l'emploi irrégulier de six ressortissants étrangers dépourvus de titre les autorisant à travailler en France. La société a formé un recours gracieux à l'encontre de cette décision qui a été rejeté par un courrier du 19 janvier 2021 du directeur de l'OFII. Entretemps, le ministre de l'intérieur a émis le 16 novembre 2020 deux titres exécutoires à l'encontre de la société Arti Fi d'un montant de 43 800 euros et de 11 900 euros, pris en charge par le directeur départemental des finances publiques de l'Essonne. Par ses trois requêtes, la société Arti Fi demande au tribunal d'annuler la décision de rejet de son recours gracieux du 19 janvier 2021 ainsi que des deux titres exécutoires émis à son encontre le 16 novembre 2020.
Sur la jonction :
2. Les requêtes susvisées n° 2101174, 2101176 et 2101815, présentées pour la société Arti Fi, concernent la situation de cette même société et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur l'étendue du litige :
3. Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale.
4. Il résulte de ce qui précède que la société requérante qui demande uniquement l'annulation de la décision du 19 janvier 2021 du directeur de l'OFII ayant rejeté son recours gracieux doit être regardée comme demandant également l'annulation de la décision initiale du 27 octobre 2020 lui ayant infligé les sanctions administratives contestées.
Sur l'irrecevabilité de la demande d'annulation du titre exécutoire du 16 novembre 2020 d'un montant de 11 900 euros :
5. Aux termes de l'article 118 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " En cas de contestation d'un titre de perception, avant de saisir la juridiction compétente, le redevable doit adresser cette contestation, appuyée de toutes pièces ou justifications utiles, au comptable chargé du recouvrement de l'ordre de recouvrer. ".
2. Si deux titres de perception en date du 16 novembre 2020 ont été émis en vue de recouvrer les sommes de 43 800 euros et 11 900 euros, la société Arti Fi ne justifie pas avoir exercé le recours administratif préalable obligatoire prévu à l'article 118 du décret du 7 novembre 2012 à l'encontre du titre de perception d'un montant de 11 900 euros relatif à la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement. Par suite, faute de liaison préalable du contentieux, les conclusions dirigées contre ce titre sont irrecevables et doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
3. D'une part, aux termes du premier alinéa de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France () ". Aux termes de l'article L. 8253-1 du même code : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. Le montant de cette contribution spéciale est déterminé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. Il est, au plus, égal à 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. Ce montant peut être minoré en cas de non-cumul d'infractions ou en cas de paiement spontané par l'employeur des salaires et indemnités dus au salarié étranger non autorisé à travailler mentionné à l'article R. 8252-6. Il est alors, au plus, égal à 2 000 fois ce même taux. Il peut être majoré en cas de réitération et est alors, au plus, égal à 15 000 fois ce même taux. / L'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de constater et fixer le montant de cette contribution pour le compte de l'Etat selon des modalités définies par convention. / L'Etat est ordonnateur de la contribution spéciale. A ce titre, il liquide et émet le titre de perception. / Le comptable public compétent assure le recouvrement de cette contribution comme en matière de créances étrangères à l'impôt et aux domaines ". Aux termes de l'article L. 8271-17 du même code, dans sa rédaction alors applicable : " Outre les agents de contrôle de l'inspection du travail mentionnés à l'article L. 8112-1, les agents et officiers de police judiciaire, les agents de la direction générale des douanes sont compétents pour rechercher et constater, au moyen de procès-verbaux transmis directement au procureur de la République, les infractions aux dispositions de l'article L. 8251-1 relatif à l'emploi d'un étranger non autorisé à travailler et de l'article L. 8251-2 interdisant le recours aux services d'un employeur d'un étranger non autorisé à travailler () ". Aux termes de l'article R. 8253-3 du même code : " Au vu des procès-verbaux qui lui sont transmis en application de l'article L. 8271-17, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration indique à l'employeur, par lettre recommandée avec avis de réception ou par tout autre moyen permettant de faire la preuve de sa date de réception par le destinataire, que les dispositions de l'article L. 8253-1 sont susceptibles de lui être appliquées et qu'il peut présenter ses observations dans un délai de quinze jours ". Et aux termes de l'article R. 8253-4 du code : " A l'expiration du délai fixé, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration décide, au vu des observations éventuelles de l'employeur, de l'application de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 () ".
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur, désormais repris à l'article L. 822-2 du même code : " Sans préjudice des poursuites judiciaires qui pourront être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui aura occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquittera une contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine. / () / L'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de constater et de fixer le montant de cette contribution. () / L'Etat est ordonnateur de la contribution forfaitaire. A ce titre, il liquide et émet le titre de perception. / Sont applicables à la contribution forfaitaire prévue au premier alinéa les dispositions prévues aux articles L. 8253-1 à L. 8253-5 du code du travail en matière de recouvrement et de privilège applicables à la contribution spéciale. () ".
5. Enfin, aux termes de l'article L. 122-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les mesures mentionnées à l'article L. 121-1 à caractère de sanction ne peuvent intervenir qu'après que la personne en cause a été informée des griefs formulés à son encontre et a été mise à même de demander la communication du dossier la concernant ".
6. S'agissant des mesures - comme en l'espèce - à caractère de sanction, le respect du principe général des droits de la défense, qui s'impose aux autorités disposant d'un pouvoir de sanction sans qu'il soit besoin pour le législateur d'en rappeler l'existence, suppose que la personne concernée soit informée, avec une précision suffisante et dans un délai raisonnable avant le prononcé de la sanction, des griefs formulés à son encontre et qu'elle puisse avoir accès aux pièces au vu desquelles les manquements ont été retenus, à tout le moins lorsqu'elle en fait la demande. Si ni les articles L. 8253-1 et suivants du code du travail, ni l'article L. 8271-17 du même code ne prévoient expressément que le procès-verbal constatant l'infraction aux dispositions de l'article L. 8251-1 relatif à l'emploi d'un étranger non autorisé à travailler en France, et fondant le versement de la contribution spéciale, soit communiqué au contrevenant, le respect du principe général des droits de la défense suppose, s'agissant des mesures à caractère de sanction, ainsi d'ailleurs que le précise l'article L. 122-2 du code des relations entre le public et l'administration, que la personne en cause soit informée, avec une précision suffisante et dans un délai raisonnable avant le prononcé de la sanction, des griefs formulés à son encontre et mise à même de demander la communication des pièces au vu desquelles les manquements ont été retenus. Ce droit à l'information n'impose pas à l'OFII de communiquer spontanément le procès-verbal sur la base duquel les manquements ont été établis. En revanche il lui fait obligation d'informer la personne en cause de son droit à en obtenir la communication.
7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que par un courrier du 17 septembre 2020, notifié le 22 septembre 2020, le directeur général de l'OFII a informé la société Arti Fi qu'un procès-verbal rédigé par les services de police de la Savoie, à la suite d'un contrôle effectué le 25 juin 2020, établissait qu'elle avait employé six travailleurs démunis de titres autorisant l'exercice d'une activité salariée en France et le séjour sur le territoire national, et qu'elle était donc susceptible de se voir appliquer les contributions spéciale et forfaitaire prévues par l'article L. 8253-1 du code du travail et l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si ce même courrier informait la société qu'elle disposait d'un délai de quinze jours à compter de sa réception pour faire valoir ses observations, en revanche il ne l'informait pas de son droit de demander la communication du procès-verbal d'infraction. Dans ces conditions, la requérante est fondée à soutenir que la décision attaquée du directeur de l'OFII du 27 octobre 2020 est intervenue au terme d'une procédure irrégulière et que cette irrégularité l'a privée d'une garantie.
8. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la société Arti Fi est fondée à solliciter l'annulation de la décision du directeur de l'OFII du 27 octobre 2020 lui ayant infligé les contributions spéciales et forfaitaires, ainsi que la décision du 19 janvier 2021 ayant rejeté son recours gracieux. La société requérante est également fondée, par voie de conséquence, à demander l'annulation du titre de perception émis à son encontre le 16 novembre 2020 d'un montant de 43 800 euros relatif à la contribution spéciale, qui se trouve dépourvu de base légale.
Sur les frais de l'instance :
9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme au titre des frais exposés par la société Arti Fi et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Les décisions du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration des 27 octobre 2020 et 19 janvier 2021 sont annulées.
Article 2 : Le titre de perception n° 91000 009 001 075 250509 2020 0007362 émis le 16 novembre 2020 relatif à la contribution spéciale est annulé et la société Arti Fi est déchargée de l'obligation de payer la somme correspondante de 43 800 euros.
Article 3 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Arti Fi, au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
Copie en sera délivrée au directeur départemental des finances publiques de l'Essonne.
Délibéré après l'audience du 12 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
M. L'Hôte, président,
Mme Bourion, première conseillère,
M. Ruocco-Nardo, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2024.
La rapporteure,
I. BOURION
Le président,
V. L'HÔTE La greffière,
L. ROUYER
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N° 2101174,2101176,2101815
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026