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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2101846

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2101846

mardi 25 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2101846
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantMATHIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 mars 2021, M. A B, représenté par Me Mathis, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite du 21 novembre 2020 par laquelle la directrice territoriale de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à la directrice territoriale de l'OFII, dans le délai de quarante-huit heures à compter de la notification du jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de le rétablir dans ses droits aux conditions matérielles d'accueil à compter du mois de septembre 2020 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. B soutient que :

- la décision attaquée n'est pas motivée, en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration, de l'article D. 744-37-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 20.5 de la directive 2013/33/UE ;

- la décision initiale du 16 septembre 2020 est elle-même insuffisamment motivée en droit et en fait, car elle ne tient pas compte de sa situation personnelle ;

- la décision est entachée d'un vice de procédure, pour avoir été prise en méconnaissance de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision attaquée méconnaît le 2° de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article D. 744-37 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

Par un mémoire enregistré le 21 mars 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête, au motif que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique du 28 mars 2023 le rapport de Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain né le 18 mai 1999, est entré en France le 7 septembre 2019 sous couvert d'un " visa temporaire long séjour ". L'office français de protection des réfugiés et des apatrides lui a accordé la qualité de réfugié à compter du 16 décembre 2020. Au préalable, lors de l'enregistrement de sa demande d'asile le 16 septembre 2020, l'OFII lui avait notifié un refus des conditions matérielles d'accueil en raison du dépôt tardif de sa demande d'asile, plus de quatre-vingt-dix jours après son entrée sur le territoire. Après avoir exercé un recours administratif préalable contre cette décision, M. B demande au Tribunal, dans la présente instance, d'annuler pour excès de pouvoir le refus implicite qui lui a été opposé.

2. Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale.

3. Il ressort des pièces du dossier que M. B a formé un recours gracieux le 18 septembre 2020 contre la décision du 16 septembre 2020. Ainsi, les conclusions à fin d'annulation présentées par M B doivent être regardées comme dirigées à la fois contre la décision expresse du 16 septembre 2020 et contre la décision implicite du 21 novembre 2020 rendue sur recours gracieux, en application du principe énoncé au point précédent.

Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction sous astreinte:

4. En premier lieu, ainsi qu'il a été dit au point 2, les moyens critiquant les vices propres dont la décision de rejet du recours gracieux serait entachée, ne peuvent être utilement invoqués. Ainsi, le moyen tiré de la motivation insuffisante de la décision implicite du 21 novembre 2020 est inopérant et doit être écarté.

5. En deuxième lieu, l'intéressé ne peut utilement se prévaloir, à l'encontre de la décision en litige, des dispositions de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013, dès lors que les stipulations applicables en l'espèce ont été transposées en droit interne. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

6. En troisième lieu, l'exigence de motivation instituée par les articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration et de l'article D. 744-37-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile s'applique à l'énoncé des seuls motifs sur lesquels l'administration entend faire reposer sa décision. Il suit de là que la décision expresse attaquée, qui énonce les motifs de droit et de faits sur lesquels elle se fonde, n'est pas entachée d'un défaut de motivation pour ne pas comporter le rappel d'éléments que M. B, regarde comme lui étant favorables et sur lesquels l'auteur de la décision ne s'est pas fondé.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L.744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version alors en vigueur : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables./ L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines.".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. B a pu bénéficier d'un entretien lors de son enregistrement au guichet unique des demandeurs d'asile, au cours duquel sa situation personnelle a été évaluée. L'intéressé a signé le formulaire d'évaluation des besoins du demandeur d'asile, dans lequel il a indiqué bénéficier d'un hébergement précaire. Or cette seule circonstance ne saurait constituer une situation de vulnérabilité particulière au sens des dispositions précitées de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées, en particulier de l'absence d'entretien de vulnérabilité, doit être écarté.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Outre les cas, mentionnés à l'article L. 744-7, dans lesquels il est immédiatement mis fin de plein droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le bénéfice de celles-ci peut être :/();/ 2° Refusé si le demandeur présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ou s'il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2./ () La décision de retrait des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret.". Aux termes de l'article L. 723-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () III. - L'office statue également en procédure accélérée lorsque l'autorité administrative chargée de l'enregistrement de la demande d'asile constate que : () 3° Sans motif légitime, le demandeur qui est entré irrégulièrement en France ou s'y est maintenu irrégulièrement n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France; () ". Aux termes de l'article D.744-37 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile peut être refusé par l'Office français de l'immigration et de l'intégration :/ () 2° Si le demandeur, sans motif légitime, n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2 ; () ".

10. Pour refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à M. B, l'OFII s'est fondé sur le fait que, sans motif légitime, l'intéressé avait présenté sa demande d'asile plus de 90 jours après son entrée en France, soit au-delà du délai prévu par les dispositions précitées du 3° du III de l'article L. 723-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si ce dépassement de délai n'est pas contesté, M. B soutient que le l'OFII aurait dû tenir compte des circonstances qui l'ont conduit à déposer sa demande tardivement. Mais la circonstance que le temps de M. B ait été, dès son arrivée en France et jusqu'à la fin de son contrat le 25 août 2020, entièrement consacré à une mission de volontariat au Corps européen de solidarité ne saurait constituer un " motif légitime " de dépassement des délais, au sens des dispositions précitées de l'article L. 723-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance du 2° de l'article L. 744-8 et de l'article D. 744-37 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

11. Pour les motifs énoncés aux points 8 et 10, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

13. Les conclusions présentées par M. B, la partie perdante, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 28 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Vial-Pailler, président,

M. d'Argenson, premier conseiller,

Mme Frapolli, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2023.

Le rapporteur,

I. C

Le président,

C. VIAL-PAILLER

Le greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N° 2101846

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