mardi 28 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2101944 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | DEREYMEZ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 mars 2021 et deux mémoires enregistrés le 25 octobre 2021 et le 16 novembre 2021, M. A D, M. C D et Mme E B épouse D, représentés par Me Dereymez, demandent au Tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) de condamner l'Etat ou le collège Jules Ferry à les indemniser des préjudices matériel et moral qu'ils ont subis en raison des fautes commises par l'administration de cet établissement à l'occasion et du fait de l'exclusion de leur fils suite aux accusations portées contre lui ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat ou du collège Jules Ferry une somme 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- le personnel de direction a commis plusieurs fautes en conduisant un entretien à charge avant adoption de la décision d'exclusion du 9 novembre 2016, en antidatant cette décision d'exclusion, en adoptant cette décision sans preuve et au prix d'un détournement de procédure, en n'assurant pas de suivi scolaire réel pendant la période d'exclusion et en n'entreprenant aucune démarche en vue d'une scolarisation dans un autre établissement ;
- ces différentes fautes leur ont causé un préjudice matériel, évalué à 10 000 euros et des préjudices moraux évalué à 10 000 euros s'agissant de Brice D et 5 000 euros s'agissant de chacun de ses deux parents.
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 13 août 2021 et le 16 novembre 2021, la rectrice de l'académie de Grenoble conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- les conclusions tendant à l'indemnisation du préjudice matériel subi par les requérants sont irrecevables, faute de liaison du litige ;
- l'Etat n'a pas commis de faute ;
- subsidiairement, les demandes des requérants doivent être ramenées à de plus justes proportions.
Le mémoire en défense, présenté par la rectrice de l'académie de Grenoble le 30 novembre 2021 n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'éducation ;
- le code de procédure pénale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Permingeat, premier conseiller ;
- les conclusions de Mme Coutarel, rapporteur public ;
- et les observations de Me Dereymez, avocat des requérants.
Considérant ce qui suit :
1. Alors qu'il était scolarisé en classe de 3ème au collège Jules Ferry de Chambéry depuis la rentrée de septembre 2016, M. A D a été accusé, deux mois plus tard, de faits de racket et d'agression sexuelle sur la personne d'un élève scolarisé en classe de 5ème. Par décision du chef d'établissement, prise sur le fondement de l'article R. 421-12 du code de l'éducation le 9 novembre 2016, l'intéressé s'est vu interdire l'accès à cet établissement. Cette décision ayant été annulée par jugement du tribunal de céans n°1700346 lu le 19 décembre 2019, M. A D et ses deux parents ont saisi le tribunal de conclusions tendant à l'indemnisation des préjudices que les diverses fautes commises par le personnel de direction de ce collège à l'occasion et du fait de l'adoption de cette décision leur ont causés.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. La décision par laquelle l'administration rejette une réclamation tendant à la réparation des conséquences dommageables d'un fait qui lui est imputé lie le contentieux indemnitaire à l'égard du demandeur pour l'ensemble des dommages causés par ce fait générateur. Il en va ainsi quels que soient les chefs de préjudice auxquels se rattachent les dommages invoqués par la victime et que sa réclamation ait ou non spécifié les chefs de préjudice en question.
3. Il résulte des principes énoncés au considérant précédent que la fin de non-recevoir opposée en défense, fondée sur l'irrecevabilité de la demande des requérants tendant à l'indemnisation de leur préjudice matériel faute de mention de ce chef de préjudice dans leur demande préalable, doit être rejetée dès lors que la demande des intéressés se rapporte notamment aux préjudices qu'ils ont subis du fait de l'illégalité fautive de la décision portant exclusion de Brice D.
En ce qui concerne les fautes commises par le personnel de direction du collège Jules Ferry :
4. Les requérants invoquent, en premier lieu, les conditions, selon eux traumatisantes en raison de l'attitude accusatrice du personnel de direction du collège Jules Ferry, dans lesquelles se serait déroulé l'entretien qui s'est tenu le 9 novembre 2016, jour de dénonciation des faits, entre, d'une part, le principal et le principal adjoint de cet établissement et, d'autre part, M. A D. Cette étape de la procédure initiée par la direction du collège étant toutefois dépourvue de tout caractère pénal, les requérants ne peuvent utilement invoquer la méconnaissance de la présomption d'innocence. Par ailleurs, s'ils ont interprété l'attitude du principal et du principal adjoint comme suspicieuse à l'égard de M. A D, les pièces du dossier ne révèlent pas des conditions d'entretien, légitimement éprouvant pour l'intéressé compte tenu de son objet, comme anormales. M. A D a notamment pu bénéficier de l'assistance d'une infirmière scolaire, appelée à la demande de sa mère. Par suite, les conclusions des requérants fondées sur les fautes commises par le personnel de direction du collège Jules Ferry à l'occasion de l'entretien du 9 novembre 2016 doivent être rejetées.
5. La notification de la décision d'exclusion du 9 novembre 2016, quelques jours après son adoption, est sans lien avec les préjudices invoqués. Il en va de même de son prétendu caractère antidaté, à le supposer même exact. Les conclusions indemnitaires des requérants fondées sur ces deux fautes doivent donc être rejetées.
6. Compte tenu de son objet, la décision d'exclusion contestée n'appelait pas de démarches en vue d'une scolarisation de M. D dans un autre établissement. L'inertie du personnel de direction du collège Jules Ferry sur ce point n'est donc pas de nature à engager la responsabilité de l'Etat. Les conclusions des requérants fondées sur cette prétendue faute doivent donc être écartées.
7. Aux termes de l'article L. 131-1 du code de l'éducation : " L'instruction est obligatoire pour chaque enfant dès l'âge de trois ans et jusqu'à l'âge de seize ans ". Aux termes de l'article L. 313-1-1 du même code : " Le droit de l'enfant à l'instruction a pour objet de lui garantir, d'une part, l'acquisition des instruments fondamentaux du savoir, des connaissances de base, des éléments de la culture générale et, selon les choix, de la formation professionnelle et technique et, d'autre part, l'éducation lui permettant de développer sa personnalité, son sens moral et son esprit critique, d'élever son niveau de formation initiale et continue, de s'insérer dans la vie sociale et professionnelle, de partager les valeurs de la République et d'exercer sa citoyenneté. () ". Aux termes de l'article L. 313-2 du même code : " L'instruction obligatoire est donnée dans les établissements ou écoles publics () ".
8. En l'espèce, il résulte de l'instruction que le principal du collège Jules Ferry a alerté le professeur principal de M. D de sa situation le 14 novembre 2016, soit seulement un jour ouvré, hors samedi, après son exclusion, en lui demandant de transmettre l'information à ses collègues afin d'organiser la scolarisation à distance de l'intéressé. Si cette dernière n'a été effective qu'à compter du 28 novembre suivant et s'est limitée à quelques matières, elle a été interrompue par la décision des parents de M. D F le solariser dans un autre établissement à partir du 5 décembre suivant. La carence du collège Jules Ferry n'ayant, par suite, entraîné une rupture de l'instruction du requérant que pendant une durée de 11 jours ouvrés, sans compter les samedis, elle n'a pas compromis l'acquisition, par ce dernier, des connaissances et compétences visées par les dispositions précitées. Les conclusions indemnitaires des requérants fondés sur la faute résultant de l'atteinte portée au caractère obligatoire de l'instruction doivent donc être rejetées.
9. En revanche, ainsi que l'a relevé le tribunal de céans par jugement n°1700346, il résulte de l'instruction que la décision d'exclusion du 9 novembre 2016 a été prise sur la foi du seul témoignage d'un élève ayant désigné M. D à l'aide d'un trombinoscope sans que le personnel de direction du collège Jules Ferry ne tente d'obtenir la confirmation de l'existence des faits qui lui étaient ainsi reprochés alors que l'intéressé en contestait fermement la matérialité et qu'aucun autre incident ni trouble liés à son comportement pouvait corroborer le fait qu'il représentait un danger pour les élèves du collège. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir qu'en excluant M. A D sur le fondement de l'article R. 421-12 du code de l'éducation par décision du 9 novembre 2016, le principal du collège Jules Ferry a commis une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat.
En ce qui concerne les préjudices subis par les requérants :
10. L'illégalité de la décision excluant M. A D du collège Jules Ferry est dépourvue de tout lien avec le préjudice matériel dont les requérants demandent réparation consistant dans les frais qu'ils ont dû engager dans le cadre de la procédure pénale ouverte suite à la dénonciation, au demeurant obligatoire par application de l'article 40 du code de procédure pénale, des faits au procureur de la République par le recteur de l'académie de Grenoble. De fait, le présent litige ne tend pas à indemniser les préjudices subis par les requérants du fait des dénonciations dont M. A D a été victime mais les préjudices découlant de la décision d'exclusion prise à son encontre. Par suite, les conclusions des requérants tendant à la condamnation de l'Etat à la réparation du préjudice matériel qu'ils invoquent doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense.
11. Compte tenu, d'une part, du caractère diffamant des motifs de l'exclusion prononcée mais, d'autre part, du caractère limité de ses effets sur la scolarité de M. D, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral subi par l'intéressé en lui allouant la somme de 2 000 euros et du préjudice moral subi par ses parents en leur allouant chacun la somme de 250 euros.
Sur les frais du litige :
12. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. A D la somme de 2 000 euros.
Article 2 : L'Etat est condamné à verser à M. C D et à Mme E B épouse D, chacun en ce qui le concerne, la somme de 250 euros.
Article 3 : L'Etat versera aux requérants la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des requérants est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à M. C D, à Mme E B épouse D et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.
Copie en sera adressée à la rectrice de l'académie de Grenoble.
Délibéré après l'audience du 9 février 2023, à laquelle siégeaient :
M. Pfauwadel, président,
Mme Bailleul, premier conseiller,
Mme Permingeat, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 février 2023.
Le rapporteur,
F. Permingeat
Le président,
T. Pfauwadel
La greffière,
C. Billon
La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
N°2101944
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026