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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2101955

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2101955

mercredi 18 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2101955
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge unique 8
Avocat requérantHUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 mars 2021, Mme B D, représentée par Me Huard, demande au tribunal

1°) d'annuler la décision du 11 janvier 2021 par laquelle la commission de recours amiable a refusé de reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande d'hébergement présentée sur le fondement des dispositions du III de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation ;

2°) d'enjoindre à la commission de médiation de l'Isère de reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa situation ou, à défaut de réexaminer sa demande, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'un défaut de motivation ;

- la décision est entachée d'un vice de procédure dès-lors que la composition de la commission de médiation de l'Isère n'était pas conforme aux dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait dès-lors que si elle occupe déjà un logement, elle est menacée d'expulsion ;

- sa demande remplit les conditions pour être reconnue prioritaire et urgente ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 décembre 2022, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est tardive ;

- les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 juillet 2021.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience :

- le rapport de M. A,

- et les observations de Mme C représentant le préfet de l'Isère.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique :

Considérant ce qui suit :

1. Mme D demande l'annulation de la décision du 11 janvier 2021 par laquelle la commission de recours amiable de l'Isère a refusé de reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande d'hébergement présentée sur le fondement du III de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ". Selon l'article R. 421-5 dudit code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. ".

3. Il ressort des cachets apposés sur le pli contenant la décision litigieuse, que la notification de la décision du 11 janvier 2021 est intervenue le 23 février 2021. Ainsi, la requête de Mme D, qui a été enregistrée au greffe du tribunal le 25 mars 2021 n'est pas tardive. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par le préfet de l'Isère ne peut qu'être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4 Aux termes du 1er alinéa du III de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation relatif aux commissions de médiation créées dans chaque département pour mettre en œuvre le droit au logement opposable : " La commission de médiation peut également être saisie, sans condition de délai, par toute personne qui, sollicitant l'accueil dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande. Si le demandeur ne justifie pas du respect des conditions de régularité et de permanence du séjour mentionnées au premier alinéa de l'article L. 300-1, la commission peut prendre une décision favorable uniquement si elle préconise l'accueil dans une structure d'hébergement () ". Aux termes de l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département ou en Ile-de-France dans la région ".

5. En l'espèce, pour refuser de reconnaître sa demande comme étant prioritaire et urgente, la commission de médiation s'est fondée sur la circonstance que Mme D, dont il n'est pas contesté qu'elle se maintient en situation irrégulière sur le territoire français depuis une obligation de quitter le territoire français du 17 juin 2016, bénéficie déjà d'un hébergement dans une structure d'accueil proposé par la structure La Relève. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée Mme D se maintenait irrégulièrement dans son hébergement depuis plusieurs mois avec ses quatre enfants et qu'elle était menacée d'expulsion sans solution de relogement.

6. Il résulte de ce qui précède que la commission, en se bornant à constater que Mme D était hébergée pour rejeter sa demande d'hébergement, a entaché sa décision d'une erreur de fait. Par suite, la décision du 11 janvier 2021 doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

7. Par une décision de la commission de médiation de l'Isère du 21 mars 2022, Mme D a été désignée prioritaire et devant être hébergée en urgence et par une ordonnance du 20 juin 2022, le juge a enjoint au préfet de l'Isère d'assurer son hébergement avant le 31 juillet 2022, sous astreinte de 500 euros par mois de retard à verser au Fonds national d'accompagnement dans et vers le logement. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par Mme D.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de condamner l'Etat à verser au conseil de Mme D la somme de 900 euros en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sous réserve de sa renonciation au bénéfice de la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de la commission de médiation de l'Isère du 11 janvier 2021 est annulée.

Article 2 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte de la requête.

Article 3 : L'Etat versera une somme de 900 euros à Me Huard, avocat de Mme D, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Huard renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D, à Me Huard et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 janvier 2023.

Le président,

J-P. ALa greffière,

L. BOURECHAK

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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