Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2102088
jeudi 5 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2102088 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SCP DUCROT ASSOCIES |
Résumé IA
Texte intégral
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Thierry, président-rapporteur,
- les conclusions de Mme Paillet-Augey, rapporteure publique,
- et les observations de Me Cunin, représentant M. A, et de Me Potronnat, représentant la commune de Chuzelles.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A a déposé le 28 juillet 2020 un dossier de déclaration préalable pour l'édification d'une clôture en grillage rigide de 180 cm de hauteur, de couleur grise, autour des parcelles cadastrées A 3847 et A 3851. Par un arrêté du 2 février 2021, le maire de la commune de Chuzelles a, abrogé l'arrêté 23 septembre 2020 par lequel il s'était tout d'abord opposé à la déclaration préalable et, ne s'est pas opposé à celle-ci. Il a toutefois assorti cette décision de prescriptions. M. A doit être regardé comme demandant l'annulation de ces prescriptions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 421-2 du code de l'urbanisme : " Sont dispensées de toute formalité au titre du présent code, en raison de leur nature ou de leur très faible importance [] g) Les clôtures, en dehors des cas prévus à l'article R. 421-12, ainsi que les clôtures nécessaires à l'activité agricole ou forestière ; [] ". Aux termes de l'article R. 421-12 du même code : " Doit être précédée d'une déclaration préalable l'édification d'une clôture située : [] d) Dans une commune ou partie de commune où le conseil municipal ou l'organe délibérant de l'établissement public de coopération intercommunale compétent en matière de plan local d'urbanisme a décidé de soumettre les clôtures à déclaration. " Aux termes de l'article 5 du titre I du règlement du plan local d'urbanisme, relatif aux dispositions générales : " [] L'édification de clôture est réglementée par les articles L. 421-4 et R. 421-12 du code de l'urbanisme et une déclaration préalable est nécessaire. [] ".
3. Le conseil municipal de la commune de Chuzelles ayant décidé de soumettre les clôtures à déclaration préalable, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté en litige méconnait l'article R. 421-2 du code de l'urbanisme.
4. Le chapitre 5 du règlement écrit du plan local d'urbanisme de la commune de Chuzelles prévoit que la zone Ux se subdivise notamment en un sous-secteur Ux2 correspondant à la ZAE des Serpaizières ouest et dispose que " des zones humides ont été identifiées sur le plan de zonage dans cette zone par une trame. Elles sont à protéger strictement pour leur valeur écologique ". Aux termes du paragraphe 2.3 de l'article Ux 2 du règlement du plan local d'urbanisme : " Sont autorisées, les constructions, occupations et utilisations du sol à condition de ne pas porter atteinte au fonctionnement biologique, hydrologique et au maintien de la zone humide. [] ".
5. L'administration ne peut assortir une autorisation d'urbanisme de prescriptions qu'à la condition que celles-ci, entraînant des modifications sur des points précis et limités et ne nécessitant pas la présentation d'un nouveau projet, aient pour effet d'assurer la conformité des travaux projetés aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect. Le titulaire d'une autorisation d'urbanisme est recevable à demander l'annulation d'une ou de plusieurs prescriptions dont celle-ci est assortie. Il peut utilement soulever à l'appui de telles conclusions tout moyen relatif au bien-fondé des prescriptions qu'il critique ou au respect des exigences procédurales propres à leur édiction. Toutefois, le juge ne peut annuler ces prescriptions, lorsqu'elles sont illégales, que s'il résulte de l'instruction qu'une telle annulation n'est pas susceptible de remettre en cause la légalité de l'autorisation d'urbanisme et qu'ainsi ces prescriptions ne forment pas avec elle un ensemble indivisible.
6. L'arrêté en litige prescrit que " Les clôtures doivent être conçues de manière à permettre le maintien des corridors écologiques. Dans les zones humides identifiées sur le plan de zonage, toute construction susceptible de gêner le fonctionnement de la zone humide, en particulier les clôtures rigides et pleines sont interdites. Les clôtures doivent être composées d'un grillage souple type grillage de prairie d'une hauteur maximum de 1,50 m sur poteaux en bois sans fondations, doublé ou non par une haie végétale d'essences variées locales d'une hauteur de 1,80 m maximum "
7. Il ressort du règlement graphique du plan local d'urbanisme que les parcelles en litige sont situées en zone Ux et en zone humide. Il ne ressort pas des pièces du dossier que les clôtures rigides sont, en l'espèce et par principe, de nature à compromettre le maintien des corridors écologiques ou de gêner le fonctionnement de la zone humide. Par suite, en assortissant son arrêté de prescriptions interdisant les clôtures rigides le maire de Chuzelles a entaché sa décision d'une erreur de droit. Par ailleurs en prescrivant à M. A une clôture souple type grillage de prairie d'une hauteur maximum de 1,50 m sur poteaux en bois sans fondations, doublé ou non par une haie végétale d'essences variées locales d'une hauteur de 1,80 m maximum, le maire a imposé à M. A une modification radicale de son projet ne portant pas sur un point précis et limité de celui-ci. Ce dernier est ainsi fondé à demander l'annulation de l'arrêté en tant qu'il prescrit que les clôtures rigides sont interdites et qu'elles doivent être composées d'un grillage souple type grillage de prairie d'une hauteur maximum de 1,50 m sur poteaux en bois sans fondations, doublé ou non par une haie végétale d'essences variées locales d'une hauteur de 1,80 m maximum.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. L'annulation partielle de l'arrêté de non-opposition en litige n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite les conclusions de M. A tendant à ce qu'il soit enjoint au maire de délivrer un arrêté de non-opposition au projet tel qu'il a été déclaré et sous astreinte doivent être rejetées.
Sur les conclusions relatives aux frais non compris dans les dépens :
9. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. "
10. Ces dispositions faisant obstacle à ce que soit mise à la charge de M. A, qui n'est pas la partie perdante, une somme à ce titre, les conclusions de la commune de Chuzelles en ce sens doivent être rejetées.
11. Il n'y a pas lieu, d'autre part, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Chuzelles la somme demandée par M. A au titre des frais non compris dans les dépens qu'il a exposés.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 2 février 2021 du maire de la commune de Chuzelles est annulé en tant qu'il prescrit que les clôtures rigides sont interdites et qu'elles doivent être composées d'un grillage souple type grillage de prairie d'une hauteur maximum de 1,50 m sur poteaux en bois sans fondations, doublé ou non par une haie végétale d'essences variées locales d'une hauteur de 1,80 m maximum .
Article 2 :Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 :Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Chuzelles.
Délibéré après l'audience du 21 novembre 2024 à laquelle siégeaient :
M. Thierry, président,
Mme Barriol, première conseillère,
Mme Galtier, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.
Le président,
P. Thierry L'assesseure la plus ancienne,
E. Barriol
La greffière
A. Zanon
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 21020882