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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2102117

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2102117

jeudi 1 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2102117
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantPY CONSEIL SOCIETE D'AVOCAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er avril 2021, M. C B, représenté par Me Py, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre exécutoire du 13 novembre 2020 émis par la commune de Corps pour paiement de la somme de 1 920,44 euros correspondant aux frais de raccordement aux réseaux d'eau et d'assainissement, ensemble la décision du 10 décembre 2020 par laquelle le maire de Corps a rejeté son recours gracieux et celle du 19 janvier 2021 par laquelle le directeur des finances publiques de l'Isère a rejeté son recours hiérarchique ;

2°) de mettre à la charge solidaire de la commune de Corps une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- en lui réclamant le paiement d'une participation pour raccordement aux réseaux, la commune a rompu son engagement contractuel et n'a pas tenu sa promesse ;

- à titre subsidiaire, la participation qui lui est réclamée au titre de l'article L. 1331-7 du code de la santé publique fait double emploi avec la cession à la commune pour 1 euro symbolique d'une partie de la parcelle en vue d'équiper le secteur en réseaux ;

- à titre infiniment subsidiaire, le montant de la participation qui lui est réclamée au titre du branchement assainissement a été fixé par délibération du 8 avril 2002 et dépasse le seuil des 80% du coût de la fourniture et de l'installation prévu par l'article L. 1331-7 du code de la santé publique ; il est excipé de l'illégalité de cette délibération.

Par un courrier du 26 décembre 2023, le tribunal a, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, informé les parties qu'il était susceptible de soulever d'office le moyen d'ordre public tiré de ce que la lettre du 19 janvier 2021 du directeur des finances publiques de l'Isère ne vaut pas rejet de son recours hiérarchique.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Ban,

- les conclusions de M. Villard, rapporteur public ;

- les observations de Me Py représentant M. B.

Une note en délibéré présentée par Me Py a été enregistrée le 11 janvier 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B était propriétaire de la parcelle cadastrée section D n° 307, située au lieudit Les Chénêts, sur le territoire de la commune de Corps. Le 9 juin 1984, il a signé une promesse de vente avec la commune de Corps portant sur une partie de la surface de cette parcelle contre un franc symbolique. En compensation de cette cession, la commune s'engageait dans cet acte à prendre à sa charge " les branchements d'eau, d'électricité et de téléphone sur le premier permis de construire demandé sur chaque parcelle traversée ". Par délibération du 16 octobre 1984, le conseil municipal de Corps a décidé d'acquérir les terrains nécessaires à la création de la voie municipale " Les Chenets ". Par un " acte administratif de cession gratuite " pris le 27 décembre 1986 signé par M. B, le maire de la commune de Corps a acquis, à titre gratuit, pour le compte de la commune, une partie de la parcelle cadastrée section D n° 307 correspondant à 217 m2 pour " l'ouverture d'une voie communale ", le reste du terrain demeurant la propriété de M. B.

2. Au cours de l'année 2019, M. B a obtenu un permis de construire pour une maison d'habitation sur la partie de parcelle dont il avait conservé la propriété. Par un titre exécutoire émis le 13 novembre 2020, la commune de Corps lui a demandé le paiement de la somme de 1 920,44 euros au titre des frais de raccordement de sa construction aux réseaux d'eau et d'assainissement. Par décision du 10 décembre 2020, le maire de Corps a rejeté le recours gracieux présenté par M. B à l'encontre de ce titre exécutoire au motif que cette participation ne relevait pas des charges qu'elle avait l'obligation de prendre en charge en vertu de l'accord conclu avec M. B. Par lettre du 19 janvier 2021, le directeur départemental des finances publiques de l'Isère a estimé que M. B avait valablement présenté le recours administratif préalable obligatoire devant le comptable public prévu par l'article 118 du décret du 7 novembre 2012. Par sa requête, M. B demande l'annulation du titre exécutoire du 13 novembre 2020 ainsi que des décisions des 19 janvier 2021 et 19 janvier 2021.

Sur les conclusions d'annulation de la prétendue décision du 19 janvier 2021 :

3. Par sa lettre du 19 janvier 2021, le directeur départemental des finances publiques de l'Isère n'a pas rejeté le recours hiérarchique présenté par M. B mais s'est borné, d'une part, à estimer que celui-ci avait valablement présenté le recours administratif préalable obligatoire devant le comptable public prévu par l'article 118 du décret du 7 novembre 2012 et, d'autre part, à l'informer des conditions de naissance et de contestation d'une décision de rejet de contestation du titre exécutoire émis le 13 novembre 2020. Dès lors les conclusions du requérant tendant à l'annulation de la décision du 19 janvier 2021 en tant qu'elle rejette son recours hiérarchique, doivent être rejetées.

Sur les conclusions d'annulation du titre exécutoire et de la décision confirmative du 10 décembre 2021 :

En ce qui concerne la portée de l'accord conclu entre M. B et la commune de Corps :

4. Aux termes de l'article L. 1331-7 du code de la santé publique dans sa version applicable à la date du raccordement au réseau public de collecte des eaux usées : " Les propriétaires des immeubles soumis à l'obligation de raccordement au réseau public de collecte des eaux usées en application de l'article L. 1331-1 peuvent être astreints par la commune, la métropole de Lyon, l'établissement public de coopération intercommunale ou le syndicat mixte compétent en matière d'assainissement collectif, pour tenir compte de l'économie par eux réalisée en évitant une installation d'évacuation ou d'épuration individuelle réglementaire ou la mise aux normes d'une telle installation, à verser une participation pour le financement de l'assainissement collectif. Toutefois, lorsque dans une zone d'aménagement concerté créée en application de l'article L. 311-1 du code de l'urbanisme, l'aménageur supporte tout ou partie du coût de construction du réseau public de collecte des eaux usées compris dans le programme des équipements publics de la zone, la participation pour le financement de l'assainissement collectif est diminuée à proportion du coût ainsi pris en charge. Cette participation s'élève au maximum à 80 % du coût de fourniture et de pose de l'installation mentionnée au premier alinéa du présent article, diminué, le cas échéant, du montant du remboursement dû par le même propriétaire en application de l'article L. 1331-2. La participation prévue au présent article est exigible à compter de la date du raccordement au réseau public de collecte des eaux usées de l'immeuble, de l'extension de l'immeuble ou de la partie réaménagée de l'immeuble, dès lors que ce raccordement génère des eaux usées supplémentaires. Une délibération du conseil municipal, du conseil de la métropole de Lyon ou de l'organe délibérant de l'établissement public détermine les modalités de calcul de cette participation () ".

5. La promesse de vente du 9 juin 1984 conclu entre la commune de Corps et M. B, à laquelle renvoie l'accord du 27 décembre 1986, stipule que " Le propriétaire du terrain cède celui-ci à la commune pour le franc symbolique, en compensation du terrain donné la commune prend à sa charge les branchements d'eau, d'électricité et de téléphone, sur le premier permis de construire demandé sur chaque parcelle traversée. Ce droit est cessible en cas de vente du terrain ".

6. Cet accord prévoit ainsi qu'en contrepartie de la cession gratuite d'une partie de terrain, la commune de Corps s'engage à prendre à sa charge les frais de branchements d'eau, d'électricité et de téléphone afférents au premier permis de construire qui sera déposé par M. B. Les frais de raccordement entrant dans le champ de cet accord ne se confondent pas avec les frais de participation aux frais d'assainissement, constitués à la date du permis de construire accordé à M. B par la participation pour le financement de l'assainissement, qui sont régis par des dispositions spécifiques du code de la santé publique.

7. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction qu'à la date à laquelle cet accord a été conclu, son équilibre économique, apprécié par comparaison entre la valeur du terrain alors estimée à 6510 francs et la valeur de l'exonération des frais de branchement d'eau, d'électricité et de téléphone, révélait nécessairement que la commune intention des parties était d'inclure le montant de la participation alors prévue à l'article L. 35-4 du code de la santé publique dans les dépenses que la commune devait financer. Par conséquent, M. B n'est pas fondé à soutenir que la commune de Corps aurait méconnu son engagement en émettant un titre exécutoire lui demandant le paiement de la participation pour le financement de l'assainissement.

8. En revanche, les termes de cet accord faisaient obstacle à ce que le titre exécutoire du 13 novembre 2020 mette à la charge de M. B la somme de 175, 10 euros correspondant aux frais de branchement d'eau qui entrent dans le champ des frais que l'intéressé était dispensé de payer.

En ce qui concerne les autres moyens :

9. En premier lieu, eu égard à son objet et aux termes de l'article L. 1331-7 du code de la santé publique cité au point 7, la participation prévue par cet article ne saurait, sans double emploi, être imposée au propriétaire ou au constructeur de l'immeuble lorsque celui-ci a déjà contribué, en vertu d'obligations mises à sa charge par l'autorité publique, au financement d'installations collectives d'évacuation ou d'épuration pour un montant égal ou supérieur au maximum légal prévu par l'article L. 1331-7.

10. En l'espèce, en cédant son terrain pour la création d'une voie communale dénommée " Les Chenets ", M. B n'a pas contribué au financement d'installations collectives d'évacuation ou d'épuration. Faute d'identité d'objet entre les deux participations, M. B n'est pas fondé à soutenir que la participation mise à sa charge par le titre exécutoire du 13 novembre 2020 ferait double emploi avec la cession de terrain à titre gratuit qu'il a consentie à la commune.

11. M. B soutient, en second lieu, que le montant de la participation " assainissement " qui lui est réclamée a été fixé par une délibération du conseil municipal du 8 avril 2002 et dépasse le seuil des 80% du coût de la fourniture et de l'installation prévu par l'article L. 1331-7 du code de la santé publique. Le requérant n'apporte toutefois aucun élément concret à l'appui de ses allégations et ne précise même pas le coût de son installation d'assainissement. Par suite, ce moyen est dépourvu des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé et doit être rejeté comme irrecevable.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander l'annulation du titre exécutoire 13 novembre 2020 en tant qu'il lui réclame le versement de la somme de 175,10 euros et à être déchargé de l'obligation de payer cette somme. Dans cette mesure, la décision du 10 décembre 2020 par laquelle le maire de Corps a rejeté son recours gracieux doit être annulée.

Sur les frais liés à l'instance :

13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Corps une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Le titre exécutoire 13 novembre 2020 est annulé en tant qu'il demande à M. B de payer la somme de 175,10 euros correspondant aux frais de branchement " eau ". La décision du 10 décembre 2020 du maire de Corps est également annulée dans cette mesure.

Article 2 : La commune de Corps versera à M. B une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à la commune de Corps et au directeur départemental des finances publiques de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 11 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Triolet, présidente,

M. Ban, premier conseiller.

M. Callot, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er février 2024.

Le rapporteur,

J-L. Ban

La présidente,

A. Triolet

La greffière,

J. Bonino

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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