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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2102142

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2102142

mercredi 4 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2102142
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSCP VERNE BORDET ORSI TETREAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 5 avril 2021, 20 septembre 2023 et 1er novembre 2023, la SARL OPTIM'A, représentée par Me Rigoreau, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) de condamner le syndicat mixte du parc naturel régional du Vercors (PNRV) au paiement de la somme de 54 951,29 euros TTC euros et de l'assortir du versement d'intérêts moratoires ;

2°) de rejeter la demande reconventionnelle présentée par le PNRV ;

3°) de mettre à la charge du PNRV une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

La société soutient que :

- le pourcentage de rémunération forfaitaire du groupement de maîtrise d'œuvre doit être arrêté sur la base d'un coût prévisionnel définitif des travaux d'un montant de 2 889 700 euros soit un montant de 363 524,26 euros HT ;

- la part du forfait définitif lui revenant s'élève à 255 049,02 euros HT ; le PNRV ayant déjà versé la somme de 225 846,28 euros, il reste à lui devoir la somme de 29 202,74 euros HT soit 35 043,29 euros TTC ;

- les travaux modificatifs demandés par le PNRV ont nécessité des prestations supplémentaires du groupement représentant un coût de 16 590 euros HT pour la société ;

- les demandes reconventionnelles du PNRV sont irrecevables en l'absence de mise en demeure préalable ;

- le PNRV ne démontre pas que des retards seraient imputables à la société requérante ou au groupement et aucune pénalité n'a été appliqué ;

- le PNRV n'établit pas de lien de causalité entre le préjudice invoqué et les fautes alléguées ;

- le PNRV n'établit pas la réalité du préjudice en se fondant sur un protocole transactionnel qualifié d'irrégulier par la chambre régionale des comptes et d'aide manifestement illégale.

Par des mémoires enregistrés les 11 octobre 2022 et 9 octobre 2023, la société Guillemard, représentée par Me Tetreau, demande au tribunal de condamner le syndicat mixte du parc naturel régional du Vercors (PNRV) au paiement de la somme de 19 291,01 euros HT et de l'assortir de la TVA en vigueur et du versement d'intérêts moratoires.

La société Guillemard soutient que :

- la société OPTIM'A a nui aux intérêts du groupement et en particulier aux siens en signant un avenant avec le PNRV le 28 juillet 2019 et en s'opposant à la signature d'un avenant n°2 ;

- la répartition des honoraires au sein du groupement de maîtrise d'œuvre doit lui permettre de bénéficier d'une somme de 44 575 euros, dont seulement 29 986,99 euros HT ont été réglé et demande le versement par le PNRV de la somme de 14 588,01 euros HT ;

- elle demande le paiement d'honoraires supplémentaires à hauteur de 4 703 euros HT correspondant au suivi des travaux modificatifs des lots techniques.

Par des mémoires en défense enregistrés les 14 février 2023, 29 septembre 2023 et 3 novembre 2023, le PNRV, représenté par Me Senegas conclut au rejet de la requête, demande qu'il soit mis à la charge de la société requérante une somme de 100 000 euros en réparation du préjudice subi du fait des manquements du groupement de maîtrise d'œuvre et demande à ce qu'il soit mis à la charge de la société requérante une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le PNR soutient que :

S'agissant de la requête de la société OPTIM'A :

- la requête est irrecevable du fait du non-respect de la procédure de réclamation préalable, du caractère irrégulier de son mémoire en réclamation du 16 juillet 2020, de la tardiveté de la demande d'honoraires complémentaires et du défaut de qualité à agir de la société requérante au nom du groupement ;

- sa rémunération forfaitaire supérieure a été dûment calculée en appliquant le taux de rémunération au coût prévisionnel définitif des travaux pour un montant de 2 627 000 euros ;

- la société n'est pas fondée à demander le paiement d'honoraires pour des prestations supplémentaires qui ne relèvent de la mission initiale du maître d'œuvre ; que les prestations dont la réalité n'est pas établie n'ont pas été réalisées à la demande du PNRV ;

- les prétendues prestations supplémentaires n'ont pas fait l'objet de fiches de travaux modificatifs en méconnaissance des dispositions de l'article 4.3 du CCAG prestations intellectuelles ;

- les honoraires des prestations supplémentaires additionnés aux autres avenants des honoraires de la maîtrise d'œuvre représentent un dépassement de plus de 10% de la valeur initiale du marché en méconnaissance des dispositions de l'article 4.3 du CCAG PI ;

S'agissant du mémoire en intervention de la société Guillemard :

- la demande en intervention est irrecevable du fait de l'irrecevabilité de la requête principale ; l'intervention volontaire n'a pas un caractère accessoire de la requête principale, la société Guillemard demande des sommes indépendamment de celles demandées dans la requête ;

- la société n'a pas formulé de réclamation préalable auprès du PNRV et l'envoi d'un projet de décompte final par courrier du 5 mai 2023, alors qu'elle n'est pas habilité à transmettre un tel document, ne saurait être qualifié de réclamation ;

- la demande de la société qui n'est motivée ni en fait ni en droit et est dépourvu de tout élément probant n'est pas fondée ;

S'agissant des demandes reconventionnelles formulée :

- le groupement de la maîtrise d'œuvre a commis des manquements à ses obligations contractuelles en raison du retard dans l'exécution des prestations ;

- le maître d'œuvre a fait preuve de lenteur dans l'exécution des missions et les désaccords au sein du groupement ont désorganisé le fonctionnement du chantier et le suivi des travaux ;

- le PNRV demande le remboursement de la somme de 100 000 euros qu'il a été contraint de verser à l'association gestionnaire du centre de vacances afin de l'indemniser du retard dans la mise à disposition du bien.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la commande publique ;

- l'arrêté du 16 septembre 2009 portant approbation du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de prestations intellectuelles ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Doulat,

- les conclusions de M. Callot, rapporteur public,

- les observations de Me Bosquet, représentant la société OPTIM'A et de Me Séchaud représentant le PNRV.

Une note en délibéré, présentée pour le PNRV a été enregistrée le 10 octobre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Dans le cadre du projet de rénovation du centre de vacances " Le Piroulet " à Vassieux-en-Vercors, le PNVR a conclu le 2 septembre 2019 un marché de maîtrise d'œuvre avec un groupement ayant pour mandataire la société OPTIM'A. La rémunération du maître d'œuvre a été fixée dans le contrat au taux de 12,58% du montant des travaux estimés à 2 500 000 euros soit une somme de 314 500 euros. Le montant prévisionnel définitif des travaux a été arrêté à la somme de 2 627 000 euros au stade de l'avant-projet définitif. Contestant le montant prévisionnel définitif des travaux et les honoraires de la maîtrise d'œuvre en découlant, la société OPTIM'A demande la condamnation du PNRV au versement d'une somme de 29 202,74 euros HT au titre de la rémunération forfaitaire de maîtrise d'œuvre et une somme de 16 590 euros HT au titre de prestations supplémentaires réalisées. Par un mémoire en intervention, la société Guillemard, membre du groupement de maîtrise d'œuvre demande au PNRV le versement d'une somme de 14 588,01 euros HT au titre de la rémunération forfaitaire et une somme de 4 703 euros au titre des prestations supplémentaires effectuées. Par une demande reconventionnelle, le PNRV demande au tribunal la condamnation de la société OPTIM'A à lui verser la somme de 100 000 euros en réparation de son préjudice.

Sur les conclusions de la société OPTIM'A :

En ce qui concerne le montant forfaitaire de sa rémunération

2. D'une part, aux termes de l'article L. 2432-1 du code de la commande publique : " Le marché public de maîtrise d'œuvre privée prévoit une rémunération forfaitaire du titulaire qui tient compte de l'étendue de la mission, de son degré de complexité et du coût prévisionnel des travaux. () ". D'autre part, selon les documents de la consultation et plus particulièrement l'article 4.1 du CCAP et l'acte d'engagement signé par la société OPTIM'A, le taux de rémunération forfaitaire du maître d'œuvre est de 12,58% appliqué au coût prévisionnel définitif arrêté à l'issue de la phase APD.

3. Il résulte de l'instruction que le bureau syndical du PNRV a par délibération du 12 février 2020 approuvé les phases APD et PRO ainsi que le coût prévisionnel définitif des travaux pour un montant de 2 627 000 euros HT. Sur la base de ce coût prévisionnel définitif le PNRV a proposé à la société OPTIM'A un avenant n°1 réévaluant le montant prévisionnel des travaux de 2 500 000 à 2 627 000 euros. Estimant que ce montant ne prenait pas en compte différents travaux optionnels et que le coût global des travaux était en réalité de 2 889 700 euros HT, la société OPTIM'A a refusé de signer l'avenant. Toutefois la société OPTIM'A n'apporte aucun élément probant quant à la réalisation de travaux optionnels dans le cadre du marché initial, et moins encore que de tels travaux auraient été demandés par le maître d'ouvrage. Il n'est pas allégué par la société qu'un avenant aurait été conclu portant sur la modification du programme ou des prestations du marché de maîtrise d'œuvre comme l'exigent pourtant les dispositions de l'article L. 2432-2 du code de la commande public. Par suite, les conclusions présentées par la société OPTIM'A tendant au paiement de sommes au titre de la rémunération forfaitaire doivent être rejetées.

En ce qui concerne les honoraires au titre de prestations complémentaires

4. Aux termes de l'article 4.2 du CCAP : " Les travaux modificatifs ou supplémentaires font l'objet d'une fiche de travaux modificatifs rédigée par le maître d'œuvre et comprenant son estimation aux conditions économiques au mois mo "Travaux". () ". Aux termes de l'article 4.2.1 du même texte : " Les fiches de travaux modificatifs, et les propositions de classement, établies par le maître d'œuvre, sont soumises à décision du pouvoir adjudicateur. ".

5. Si la société OPTIM'A soutient que les honoraires complémentaires correspondent au suivi de travaux modificatifs à la demande du maître d'ouvrage elle ne produit aucune fiche de travaux modificatifs et n'établit pas davantage que ses prestations correspondraient à une demande du maître d'ouvrage. En outre il n'est pas allégué par la société requérante que les dépenses qu'elle a engagées étaient strictement nécessaire à l'exécution du marché. Par suite, les conclusions présentées par la société OPTIMA tendant au paiement d'honoraires supplémentaires doivent être rejetées.

6. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir soulevées en défense, les conclusions présentées par la société OPTIM'A doivent être rejetées.

Sur les conclusions de la société Guillemard :

En ce qui concerne ses conclusions en intervention

7. La société Guillemard présente ses conclusions comme une intervention volontaire au soutien de la requête. Elle a, en sa qualité de membre du groupement de maîtrise d'œuvre, intérêt à intervenir dans la présente instance au soutien de la demande de la société OPTIM'A, mandataire du groupement.

En ce qui concerne ses conclusions propres en condamnation du PNRV

8. Aux termes de l'article 37 du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de prestations intellectuelles (CCAG PI) dans sa version applicable au litige : " Le pouvoir adjudicateur et le titulaire s'efforceront de régler à l'amiable tout différend éventuel relatif à l'interprétation des stipulations du marché ou à l'exécution des prestations objet du marché. / Tout différend entre le titulaire et le pouvoir adjudicateur doit faire l'objet, de la part du titulaire, d'une lettre de réclamation exposant les motifs de son désaccord et indiquant, le cas échéant, le montant des sommes réclamées. Cette lettre doit être communiquée au pouvoir adjudicateur dans le délai de deux mois, courant à compter du jour où le différend est apparu, sous peine de forclusion. / Le pouvoir adjudicateur dispose d'un délai de deux mois, courant à compter de la réception de la lettre de réclamation, pour notifier sa décision. L'absence de décision dans ce délai vaut rejet de la réclamation () ".

9. D'une part, l'apparition d'un différend résulte, en principe, d'une prise de position écrite, explicite et non équivoque émanant de l'acheteur et faisant apparaître le désaccord. Elle peut également résulter du silence gardé par l'acheteur à la suite d'une mise en demeure adressée par le titulaire du marché l'invitant à prendre position sur le désaccord dans un certain délai. En revanche, en l'absence d'une telle mise en demeure, la seule circonstance qu'une personne publique ne s'acquitte pas, en temps utile, des factures qui lui sont adressées, sans refuser explicitement de les honorer, ne suffit pas à caractériser l'existence d'un différend au sens des stipulations précédemment citées.

10. D'autre part, un mémoire du titulaire du marché ne peut être regardé comme une réclamation au sens des stipulations précitées que s'il comporte l'énoncé d'un différend et expose, de façon précise et détaillée, les chefs de la contestation en indiquant, d'une part, les montants des sommes dont le paiement est demandé et, d'autre part, les motifs de ces demandes, notamment les bases de calcul des sommes réclamées.

11. La société Guillemard demande en application du marché de maîtrise d'œuvre le versement d'une somme de 14 588,01 euros au titre de la rémunération forfaitaire et 4 703 euros au titre des prestations complémentaires. Toutefois, elle n'a pas présenté de réclamation préalablement à la production de son premier mémoire dans l'instance. Si postérieurement au dépôt de son mémoire, la société a communiqué au PNRV un projet de décompte final le 5 mai 2023, ce document ne peut être regardé comme une réclamation au sens des stipulations de l'article 37 du cahier des clauses administratives générales. Par suite, la société Guillemard n'ayant pas contesté dans le délai de deux mois le différend relatif à la fixation du montant de rémunération, la fin de non-recevoir présentée en défense doit être accueillie et les conclusions de la requérante tendant au paiement d'honoraires forfaitaires définitifs et d'honoraires supplémentaires rejetées.

Sur les conclusions reconventionnelles présentées par le PNRV :

12. Le PNRV a signé le 20 décembre 2019, soit postérieurement au début du chantier, une convention d'occupation du centre de vacances Le Piroulet avec l'association gestionnaire prévoyant une reprise d'activité en décembre 2020. Le centre n'ayant pu rouvrir dans les délais prévus, le PNRV a signé un protocole transactionnel le 24 février 2021 pour un montant de 100 000 euros correspondant aux charges que l'association aurait exposées de janvier à mars 2021. Le PNRV soutient que les fautes imputables à la maîtrise d'œuvre consistant dans des retards dans l'émission des ordres de service ou dans la transmission des pièces pour le permis de construire modificatif, ou encore des difficultés dans l'organisation du chantier entre les membres du groupement et une mauvaise coordination du chantier sont à l'origine de son préjudice.

13. Toutefois le préjudice dont se prévaut le PNRV résulte de la convention qu'il a signé avec l'association gestionnaire du centre de vacances alors que les travaux du centre étaient en cours et du choix du PNRV de signer un protocole transactionnel selon des conditions financières acceptées par ce dernier. Le préjudice allégué par le PNRV est donc dépourvu de lien de causalité avec les fautes reprochées à la société OPTIM'A. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir soulevée par la société OPTIM'A, les conclusions reconventionnelles présentées par le PNRV ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société OPTIM'A la somme de 2 000 euros à verser au PNRV au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge du PNRV, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la société OPTIM'A demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'intervention de la société Guillemard au soutien de la requête est admise.

Article 2 : La requête de la société OPTIM'A est rejetée.

Article 3 : Les conclusions propres présentées par la société Guillemard sont rejetées.

Article 4 : Les conclusions reconventionnelles indemnitaires présentées par le PNRV sont rejetées.

Article 5 : La société OPTIM'A versera au PNRV la somme de 2 000 euros sur le fondement de de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à la société OPTIM'A, à la société Guillemard et au Parc naturel régional du Vercors.

Délibéré après l'audience du 10 octobre 2024, à laquelle siégeaient

Mme Triolet, présidente,

M. Ban, premier conseiller,

M. Doulat, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2024.

Le rapporteur,

F. DOULAT

La présidente,

A. TRIOLET Le greffier,

G. Morand

La République mande et ordonne au préfet de la Drôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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