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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2102169

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2102169

vendredi 5 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2102169
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantVEDESI - SCP SCHMIDT VERGNON PELISSIER THIERRY EARD-AMINTHAS & TISSOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 avril 2021 et un mémoire du 3 juin 2022, Mme I D, Mme K A, M. F A, Mme G B, Mme L D, M. C D, Mme J M, Mme E D, M. H D, représentés par Me Gautier, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du conseil municipal de la commune de La Clusaz du 15 octobre 2020 instituant un périmètre de prise en considération sur le secteur " Le Clos " ainsi que la décision de rejet de leur recours gracieux du 4 février 2021 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de La Clusaz une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la délibération méconnaît l'article L. 2121-11 du code général des collectivités territoriales ;

- elle méconnaît l'article L. 421-1 du code de l'urbanisme ;

- elle est entachée d'un détournement de procédure.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 20 avril 2022 et le 10 février 2023, la commune de La Clusaz, représentée par Me Tissot, conclut au rejet de la requête et demande qu'une somme de 3 000 euros soit également mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Barriol,

- les conclusions de Mme Akoun, rapporteure publique,

- et les observations de Me Navarro, représentant les requérants et de Me Malle, représentant la commune de La Clusaz.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 15 octobre 2020, le conseil municipal de la commune de la Clusaz a instauré un périmètre d'étude sur le secteur " les Clus " sur le fondement de l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme, incluant la parcelle cadastrée section B n° 4541 grevée de l'OAP n° 3 et les parcelles voisines n° 679 et 681 dont les requérants sont propriétaires.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2121-11 du code général des collectivités territoriales : " Dans les communes de moins de 3 500 habitants, la convocation est adressée trois jours francs au moins avant celui de la réunion ".

3. Il ressort des mentions portées sur le registre des délibérations, qui font foi jusqu'à preuve du contraire, que le conseil municipal a été dûment convoqué le 9 octobre 2020 pour la séance du conseil municipal du 15 octobre 2020. Au demeurant, la commune verse la convocation du 9 octobre 2020 adressée aux conseillers municipaux dont 18 sur 19 membres ont participé à la séance et un conseiller était représenté. Il suit de là que le moyen tiré du défaut de convocation régulière des conseillers municipaux doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme dans sa rédaction applicable : " Les actions ou opérations d'aménagement ont pour objets de mettre en œuvre un projet urbain, une politique locale de l'habitat, d'organiser le maintien, l'extension ou l'accueil des activités économiques, de favoriser le développement des loisirs et du tourisme, de réaliser des équipements collectifs ou des locaux de recherche ou d'enseignement supérieur, de lutter contre l'insalubrité et l'habitat indigne ou dangereux, de permettre le renouvellement urbain, de sauvegarder ou de mettre en valeur le patrimoine bâti ou non bâti et les espaces naturels. ". Aux termes de l'article L. 424-1 du même code : " Il peut également être sursis à statuer : / () / 3° Lorsque des travaux, constructions ou installations sont susceptibles de compromettre ou de rendre plus onéreuse la réalisation d'une opération d'aménagement, dès lors que le projet d'aménagement a été pris en considération par la commune () et que les terrains affectés par ce projet ont été délimités. ".

5. Les dispositions du 3° de l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme doivent s'appliquer indépendamment de la nature, privée ou publique, des propriétés concernées ou des personnes qui les détiennent. Elles ne doivent recevoir application que pour autant que l'autorité compétente estime, à la date où elle statue, qu'en raison de leur situation, de leur consistance, de leur vocation, des normes de toutes natures qui leur seraient applicables et des projets dont elles peuvent constituer ou constituent l'assiette, il est nécessaire, afin de protéger le coût et la possibilité de l'opération prise en considération, de prévoir la possibilité de surseoir à statuer sur les demandes d'autorisation d'urbanisme relatives à ces propriétés.

6. Par la délibération contestée, le conseil municipal de la Clusaz a instauré un périmètre d'étude du secteur " le Clos " relevant son caractère stratégique pour le développement de l'offre en mixité de l'habitat mais également pour le développement d'hébergements touristiques en lien avec le domaine skiable. Un projet de construction de logements et d'hébergement touristique présente par lui-même le caractère d'une action ou d'une opération d'aménagement. En outre, le périmètre délimité pour la prise en considération comprend outre les parcelles grevées de l'OAP n°3 " Le Clos " d'une surface de 1,8 ha, les parcelles situées le long du col des Aravis et en contrebas de la route de l'Etale pour une surface totale de 3,6 hectares. Par ailleurs, la délibération précise que les modalités d'aménagements fixées dans l'OAP n° 3 nécessitent, pour certaines d'être réétudiées, notamment en matière de dessertes piétonne et automobile ce qui induit d'élargir le périmètre d'étude au-delà même de l'actuelle OAP. La seule circonstance qu'une des parcelles étaient déjà grevées d'une OAP ne faisait pas obstacle à la mise en œuvre d'un périmètre d'étude élargi sur le secteur. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 421-1 du code de l'urbanisme doit être écarté.

7. En troisième et dernier lieu, la prise en considération d'un périmètre d'étude a justement pour objet de permettre à la commune d'opposer un sursis à statuer au projet qui serait susceptibles de compromettre ou de rendre plus onéreuse la réalisation d'une opération d'aménagement. Dès lors, en se bornant à indiquer que la commune a institué ce périmètre dans le seul but de sursoir à statuer sur des projets susceptibles d'aller à l'encontre des nouvelles règles d'urbanisme, les requérants n'établissent pas le détournement de procédure allégué.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions des requérants tendant à l'annulation de la délibération du 15 octobre 2020 doivent être rejetées

Sur les frais d'instance :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de laisser à chacune des parties la charge de ses frais.

D E C I D E :

Article 1er :La requête de Mme D et autres rejetée.

Article 2 :Les conclusions de la commune de La Clusaz au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à Mme I D en application des dispositions de l'article R. 751-3 du code de justice administrative et à la commune de La Clusaz.

Délibéré après l'audience du 25 mars 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Sauveplane, président,

- Mme Letellier, première conseillère,

- Mme Barriol, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 avril 2024.

La rapporteure,

E. Barriol

Le président,

M. Sauveplane La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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