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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2102317

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2102317

jeudi 9 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2102317
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantHUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 avril 2021, M. C, représenté par Me Huard, demande au tribunal :

1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 15 mars 2021 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a suspendu les conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de rétablir les conditions matérielles d'accueil, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991

M. C soutient que la décision en litige :

- est insuffisamment motivée ;

- doit être annulée en raison de l'illégalité de son classement en fuite ;

- est illégale l'OFII s'étant cru lié à tort par la déclaration de fuite et n'ayant pas procédé à un examen particulier et complet de sa situation ;

- méconnait les dispositions de l'article L. 744-6 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 février 2023, l'OFII conclut au rejet de la requête.

L'OFII soutient que les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice e l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 août 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, né le 3 janvier 1991, de nationalité gambienne, indique être entré en Italie en 2014 où il a déposé une demande d'asile, avant de partir en Allemagne, puis d'entrer sur le territoire français en juillet 2020 où il a déposé une demande d'asile le 12 août 2020. Le préfet de l'Isère a, aux termes d'un arrêté du 12 novembre 2020, décidé sa remise aux autorités allemandes aux fins d'examen de sa demande d'asile. Par décision du 15 mars 2021, dont le requérant demande l'annulation, la directrice territoriale de l'OFII a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil de M. C.

Sur les conclusions aux fins de bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 2 août 2021. Il n'y a donc plus lieu de statuer sur sa demande d'admission provisoire.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable au litige : " La décision de retrait des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. "

4. Il résulte des termes de la décision attaquée que cette dernière énonce les éléments de fait et de droit sur lesquels elle repose et plus particulièrement le fait que l'intéressé ne s'est pas rendu à des convocations et qu'il a été déclaré en fuite. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation, qui manque en fait, doit être écarté.

5. En deuxième lieu, si M. C soutient qu'il ne s'est pas rendu au rendez-vous du pôle régional Dublin au motif qu'il n'a pas pris connaissance à temps des courriers arrivés à l'ADATE-SPADA l'informant que son rendez-vous du 11 janvier 2021 était reporté au 18 janvier 2021 et fixant un nouveau rendez-vous le 27 janvier 2021. Toutefois alors que l'intéressé indique qu'il avait connaissance de la date de son rendez-vous le 11 janvier 2021 et ne pas avoir eu l'information du report, il n'établit pas, ni n'allègue s'être rendu au Pôle régional Dublin le 11 janvier, ce qui lui aurait permis de découvrir que le rendez-vous avait été reporté. Le requérant ne saurait par ailleurs soutenir sérieusement qu'il n'a pas compris l'urgence des courriers reçus par l'ADATE-SPADA pour justifier sa non présentation aux rendez-vous. Dès lors, M. C doit être regardé comme n'apportant aucun élément justifiant le non-respect de ses obligations. Par suite, le préfet de l'Isère était fondé à regarder le requérant comme étant en fuite et le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision de classement en fuite doit être écarté.

6. En troisième lieu, la directrice territoriale de l'OFII a pris la décision en litige au regard de la déclaration de fuite de M. C, du fait qu'il a été à même de produire des observations et qu'il ne présentait pas de situation de vulnérabilité particulière. Il ne résulte pas des termes de cette décision qu'elle se serait estimée en situation de compétence liée pour prendre la décision en litige, ni qu'elle n'aurait pas procédé à un examen particulier et complet de la situation de M. C.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable au litige : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. ".

8. S'il fait valoir qu'il est dans une situation manifeste de vulnérabilité en raison de la période hivernale, de la période de pandémie, de son absence de ressources et d'hébergement, M. C ne justifie pas que sa situation individuelle caractériserait une situation de vulnérabilité particulière faisant obstacle à la suspension de ses conditions matérielles d'accueil alors qu'il est majeur, célibataire et sans enfant. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

9. En cinquième lieu, il ne ressort d'aucune disposition que le retrait des conditions matérielles d'accueil ferait en toutes circonstances obstacle à l'accès aux autres dispositifs prévus par le droit interne répondant aux prescriptions de l'article 20, paragraphe 5, de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, si l'étranger considéré en remplit par ailleurs les conditions, et notamment à l'application de l'article L. 251-1 du code de l'action sociale et des familles relatives à l'aide médicale de l'Etat ou de l'article L. 345-2-2 du même code relatives à l'hébergement d'urgence. En outre s'il fait également valoir son état de santé fragile, il n'apporte aucun élément probant à l'appui de cette affirmation. Dans ces conditions, le requérant, qui ne justifie pas avoir été placé dans l'impossibilité de solliciter le bénéfice de ces autres dispositifs de soutien prévus en droit interne, n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. En sixième lieu, pour les motifs développés aux points 5, 8 et 9, la décision suspendant les conditions matérielles d'accueil de M. C n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, et celles présentées au titre des frais d'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire de M. C.

Article 2 : La requête de M. C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Huard et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 9 février 2023, à laquelle siégeaient

Mme Triolet, présidente,

M. Doulat, premier conseiller,

M.Villard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mars 2023.

Le rapporteur,

F. B

La présidente,

A. TRIOLET

La greffière,

J. BONINO

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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