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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2102320

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2102320

lundi 4 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2102320
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantHUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 avril 2021, M. B, représenté par Me Huard, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 29 mars 2021 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter de la notification de la présente décision sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 200 euros en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de la renonciation de son avocat à percevoir la contribution versée par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- il soulève l'exception d'illégalité de la décision décidant son placement en fuite ;

- l'Office français de l'immigration et de l'intégration a commis une erreur de droit en s'estimant lié par la décision du préfet le plaçant en fuite ;

- la France est redevenue responsable de la demande d'asile de M. B et ne pouvait lui refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

- la décision méconnait l'article L. 744-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision méconnait l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'Office français de l'immigration et de l'intégration a commis une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire du 26 décembre 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Par ordonnance du 14 décembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 15 janvier 2024.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 aout 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Sauveplane a été entendu au cours de l'audience publique, en l'absence des parties.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant de nationalité guinéenne, né le 2 mars 1998 à Labé, est entré en France le 15 février 2019 pour déposer une demande d'asile, laquelle a été placée en procédure " Dublin " à la suite de l'identification sur le fichier " Eurodac " de M. B par les autorités allemande. M. B a accepté le bénéfice des conditions matérielles d'accueil le 15 février 2019. L'Allemagne a accepté de le prendre en charge le 25 février 2019. M. B ne s'est toutefois pas présenté pour exécuter son transfert vers l'Allemagne et il a été déclaré en fuite le 16 juillet 2019. Par une décision du 26 juillet 2019, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a retiré à M. B le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. A l'expiration du délai de transfert, M. B a présenté le 15 mars 2021 une nouvelle demande d'asile qui a été placée en procédure accélérée. M. B a alors présenté une demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil et, par la décision attaquée du 29 mars 2021, la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé cette demande.

2. M. B ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 aout 2021, ses conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle sont sans objet.

3. En premier lieu, aux termes du dernier alinéa de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision de retrait des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. " La décision attaquée mentionne, au visa notamment des articles L. 744-1 et L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que les motifs invoqués par M. B dans sa lettre de demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil ne justifient pas les raisons pour lesquelles il n'avait pas respecté les obligations qu'il avait consenties lors de l'acceptation de l'offre de prise en charge par l'Office français de l'immigration et de l'intégration et que l'évaluation de sa situation personnelle ne faisait pas apparaitre de facteur particulier de vulnérabilité. Dès lors, la décision mentionne les circonstances de fait et de droit qui la fondent. Par suite, elle est suffisamment motivée.

4. En second lieu, d'une part, la décision refusant à l'étranger le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ne fait pas application de la décision du préfet décidant le placement en fuite de ce dernier, laquelle n'en constitue pas davantage sa base légale. Dès lors, la circonstance que M. B ne s'est pas présenté aux autorités en charge de l'asile dans le cadre de sa remise aux autorités allemandes responsables de sa demande constitue, non une décision préalable qui en serait le fondement ou la base légale, mais un fait qu'il est loisible à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de relever et d'apprécier juridiquement pour fonder sa décision. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision déclarant M. B en fuite est inopérant. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'Office français de l'immigration et de l'intégration se serait estimé lié par la décision du préfet déclarant M. B en fuite. Par suite, ce moyen doit être écarté.

5. En troisième lieu, si, par la suite, les conditions matérielles proposées et acceptées initialement peuvent être modifiées, en fonction notamment de l'évolution de la situation du demandeur ou de son comportement, la circonstance que, postérieurement à l'enregistrement de sa demande, l'examen de celle-ci devienne de la compétence de la France n'emporte pas l'obligation pour l'Office de réexaminer, d'office et de plein droit, les conditions matérielles d'accueil qui avaient été proposées et acceptées initialement par le demandeur. Dans le cas où les conditions matérielles d'accueil ont été suspendues sur le fondement de l'article L. 744-8, dans sa rédaction issue de la loi n° 2015-925 du 29 juillet 2015, le demandeur peut, notamment dans l'hypothèse où la France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile, en demander le rétablissement. Il appartient alors à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, pour statuer sur une telle demande de rétablissement, d'apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil.

6. Il résulte de ce qui précède que, contrairement à ce que soutient le requérant, la seule circonstance que la France est redevenue responsable de sa demande d'asile n'emporte pas l'obligation pour l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 744-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. " Si l'entretien permettant d'évaluer la vulnérabilité du demandeur d'asile doit être mené à la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'administration n'est pas tenue de le réitérer au cours de la procédure, notamment à l'occasion d'une décision de suspension des conditions matérielles d'accueil.

8. Il résulte des mentions de l'attestation de dépôt de demande d'asile de M. B qu'il été reçu le 15 février 2019 en préfecture où il a eu un entretien avec l'agent de l'Office français de l'immigration et de l'intégration pour évaluer son degré de vulnérabilité. De surcroit, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que l'Office français de l'immigration et de l'intégration a réévaluée la vulnérabilité de M. B avant de décider de refuser de rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par suite, le moyen manque en fait et doit être écarté.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction issue de la loi n° 2015-925 du 29 juillet 2015 : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : 1° Suspendu si, sans motif légitime, le demandeur d'asile a abandonné son lieu d'hébergement déterminé en application de l'article L. 744-7, n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, n'a pas répondu aux demandes d'informations ou ne s'est pas rendu aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile ; () La décision de suspension, de retrait ou de refus des conditions matérielles d'accueil est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. La décision est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites dans les délais impartis. Lorsque le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu, le demandeur d'asile peut en demander le rétablissement à l'Office français de l'immigration et de l'intégration."

10. Si M. B soutient qu'il a respecté ses obligations de présentation aux autorités, il ressort toutefois des pièces du dossier que l'Office français de l'immigration et de l'intégration s'est fondé sur le motif tiré de ce qu'il n'avait pas respecté les exigences des autorités en charge de l'asile et notamment que M. B ne s'était pas présenté pour permettre l'exécution de son arrêté de transfert et qu'il avait été déclaré en fuite par le préfet du Rhône le 25 avril 2019. Ce motif de fait n'est entaché d'aucune inexactitude matérielle. Il est également conforme au droit de l'Union européenne et notamment au b) du 1. de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 qui prévoit que les Etats membres peuvent retirer le bénéfice de conditions matérielles d'accueil lorsqu'un demandeur " ne respecte pas l'obligation de se présenter aux autorités ". Dès lors, l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas commis d'erreur de droit en refusant le rétablissement des conditions matérielles d'accueil pour ce motif.

11. En sixième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B a fait l'objet d'une évaluation le 15 février 2019 qui n'a pas mis en évidence de facteur de vulnérabilité. L'évaluation ultérieure, à l'occasion de sa demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil, n'a pas permis d'identifier d'évolution dans sa situation, notamment au regard du contenu de sa lettre de demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Par suite, l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant le rétablissement des conditions matérielles d'accueil à M. B.

12. En dernier lieu, le refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil n'est pas une peine ou un traitement inhumain ou dégradant au sens et pour l'application de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté.

13. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 29 mars 2021 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Il y a lieu de rejeter, par voie de conséquence, les conclusions accessoires à fin d'injonction.

14. L'Office français de l'immigration et de l'intégration n'étant pas partie perdante, les conclusions de Me Huard tendant à l'application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er :Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Article 2 :Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 :Les conclusions de Me Huard tendant à l'application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 sont rejetées.

Article 4 :Le présent jugement sera notifié à M. F B, à Me Huard et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 12 février 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Mathieu Sauveplane, président,

- Mme A E, première-conseillère,

- Mme C D, première-conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 mars 2024.

Le président-rapporteur,

M. Sauveplane

L'assesseure la plus ancienne,

C. E

La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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