Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2102334

mardi 24 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2102334
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantMATHIOUDAKI

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Grenoble a annulé l'arrêté du 16 octobre 2020 par lequel le préfet de la Haute-Savoie ordonnait à M. C de se dessaisir de ses armes et prononçait son inscription au fichier national des personnes interdites d'acquisition et de détention d'armes (FINIADA). Le tribunal a jugé que le seul fait reproché à M. C, un refus d'obtempérer datant de 2015 et sanctionné par une amende, était isolé et trop ancien pour justifier une telle mesure au regard de l'article L. 312-11 du code de la sécurité intérieure. Il a donc estimé que le préfet avait commis une erreur d'appréciation. En conséquence, le tribunal a enjoint au préfet d'effacer l'inscription de M. C au FINIADA et a condamné l'État à lui verser 1 200 euros au titre des frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 12 avril 2021, le 5 janvier 2022 et le 11 juin 2023 (ce dernier non communiqué), M. A C, représenté en dernier lieu par Me Mathioudaki, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 16 octobre 2020 par laquelle le préfet de la Haute-Savoie lui a ordonné de se dessaisir de toute arme en sa possession, a prononcé une interdiction d'en acquérir ou d'en détenir de nouvelles et son inscription au fichier national des personnes interdites d'acquisition et de détention d'armes (FINIADA), ensemble la décision rejetant son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie de le radier du FINIADA ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la procédure est irrégulière en ce que l'enquête administrative diligentée est insuffisante et ancienne ;

- le préfet de la Haute-Savoie a méconnu les dispositions de l'article L. 312-11 du code de la sécurité intérieure ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 novembre 2021, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Naillon,

- les conclusions de Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 16 octobre 2020, le préfet de la Haute-Savoie a ordonné à M. C de se dessaisir de toutes les armes, quelle que soit leur catégorie, en sa possession, et a prononcé une interdiction d'en acquérir ou d'en détenir de nouvelles ainsi que son inscription FINIADA et le retrait de la validation de son permis de chasser. M. C sollicite l'annulation de cet arrêté et de la décision implicite rejetant son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 312-11 du code de la sécurité intérieure : " Sans préjudice des dispositions de la sous-section 1, le représentant de l'Etat dans le département peut, pour des raisons d'ordre public ou de sécurité des personnes, ordonner à tout détenteur d'une arme, de munitions et de leurs éléments de toute catégorie de s'en dessaisir [] ". Aux termes de l'article R. 312-67 du même code : " Le préfet ordonne la remise ou le dessaisissement de l'arme ou de ses éléments dans les conditions prévues aux articles L. 312-7 ou L. 312-11 lorsque : [] 3° Il résulte de l'enquête diligentée par le préfet que le comportement du demandeur ou du déclarant est incompatible avec la détention d'une arme ; cette enquête peut donner lieu à la consultation des traitements automatisés de données personnelles mentionnés à l'article 26 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 ; [] ".

3. Pour ordonner le dessaisissement des armes de M. C, le préfet de la Haute-Savoie s'est fondé sur le procès-verbal du 19 mars 2019 établi par le groupement de gendarmerie départemental de la Haute-Savoie qui fait apparaitre que M. C a été mis en cause pour refus d'obtempérer à une sommation de s'arrêter par le conducteur d'un véhicule. Toutefois, ce délit, pour lequel M. C reconnait avoir été condamné à une peine d'amende, est isolé et ancien de cinq ans à la date de l'arrêté attaqué. Dans ces conditions et alors que le requérant ne s'est pas fait connaître défavorablement pour d'autres faits, les seuls faits mentionnés dans l'arrêté contesté ne sont pas de nature à laisser craindre une utilisation dangereuse de son arme pour le requérant ou pour autrui. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que le préfet de la Haute-Savoie a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

4. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, l'arrêté du 16 octobre 2020 et la décision implicite de rejet du recours gracieux née le 16 février 2021 doivent être annulées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. En application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, il doit être enjoint au préfet de la Haute-Savoie d'effacer l'inscription de M. C au FINIADA, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais d'instance :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. C et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1 :L'arrêté du 16 octobre 2020 et la décision implicite rejetant le recours gracieux de M. C sont annulés.

Article 2 :Il est enjoint au préfet de la Haute-Savoie d'effacer l'inscription de M. C au fichier national des personnes interdites d'acquisition et de détention d'armes dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 :L'Etat versera à M. C une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 :Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de la Haute-Savoie.

Délibéré après l'audience du 10 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bedelet, présidente,

Mme Portal, première conseillère,

Mme Naillon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2024.

La rapporteure,

L. Naillon

La présidente,

A. Bedelet

Le greffier,

P. Muller

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2102334