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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2102452

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2102452

vendredi 29 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2102452
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantSELARL CLDAA LIOCHON ET DURAZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 17 avril 2021 et 15 juin 2021, Mme C Chautemps et M. A B demandent au tribunal :

1°) d'annuler la convocation du conseil municipal des Mollettes à la séance du 14 avril 2021, la tenue de cette séance et les délibérations adoptées par le conseil municipal lors de sa séance du 14 avril 2021 ;

2°) de mettre à la charge de la commune des Mollettes la somme de 100 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils justifient d'un intérêt à agir ;

- la décision du maire des Mollettes de convoquer une séance du conseil municipal le 14 avril 2021 sans public, sa décision de tenir cette séance sans publicité des débats, même de manière électronique, et les délibérations votées lors de cette séance ont été prises en méconnaissance des articles L. 2121-10, L. 2121-11, L. 2121-18, L. 2141-1 du code général des collectivités territoriales, et en violation du premier alinéa du II de l'article 6 de la loi n° 2020-1379 du 14 novembre 2020 autorisant la prorogation de l'état d'urgence sanitaire et portant diverses mesures de gestion de la crise sanitaire ;

- leurs propos ne sont pas diffamatoires.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 mai 2021, la commune des Mollettes, représentée par la SELARL CLDAA, conclut au rejet de la requête, à ce que les requérants soient condamnés solidairement à lui verser la somme de 2 000 euros en réparation du préjudice résultant de leurs propos injurieux, outrageants et diffamatoires, à ce que ces propos soient supprimés en application de l'article L. 741-2 du code de justice administrative, et à ce que soit mise à leur charge solidaire la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- Mme Chautemps ne justifie pas d'un intérêt à agir dès lors qu'elle a assisté à la séance du conseil municipal et a pris part au vote ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés ;

- les écritures des requérants contiennent des propos diffamatoires qui doivent être supprimés en application de l'article L. 741-2 du code de justice administrative et qui justifient leur condamnation à 2 000 euros de dommages et intérêts.

Par une ordonnance du 30 décembre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 4 février 2022.

Mme Chautemps et M. B ont présenté un nouveau mémoire, enregistré le 12 février 2024, qui n'a pas été communiqué

Par lettre du 17 septembre 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le tribunal était susceptible de soulever d'office des moyens d'ordre public tirés, d'une part, de l'irrecevabilité des conclusions de la requête tendant à l'annulation de la convocation et la tenue du conseil municipal à la séance du 14 avril 2021 dès lors que ces actes ne sont pas en eux-mêmes susceptibles de recours pour excès de pouvoir, d'autre part, de l'irrecevabilité des conclusions reconventionnelles présentées par la commune des Mollettes dans le cadre d'un recours pour excès de pouvoir.

Par un mémoire enregistré le 30 septembre 2024, Mme Chautemps et M. B ont présenté des observations en réponse aux moyens d'ordre public.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- la loi n° 2020-1379 du 14 novembre 2020 ;

- la loi n° 2021-160 du 15 février 2021 ;

- le décret n° 2020-1310 du 29 octobre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. L'Hôte, président-rapporteur,

- les conclusions de Mme Bourion, rapporteure publique,

- et les observations de M. B et de la SELARL CLDAA pour la commune des Mollettes.

Considérant ce qui suit :

1. Le 7 avril 2021, le maire des Molettes a convoqué les membres du conseil municipal a une réunion devant se tenir le 14 avril 2021 " sans public ". Mme Chautemps, conseillère municipale, et M. B, habitant de la commune, demandent l'annulation de cette convocation, de la tenue du conseil municipal et des délibérations adoptées au cours de la séance.

Sur la recevabilité :

2. La convocation des conseillers municipaux à une séance du conseil et la tenue de cette séance ne sont pas, en elles-mêmes, des décisions susceptibles de recours pour excès de pouvoir. Leur éventuelle irrégularité ne peut être contestée qu'à l'occasion d'un recours contre les délibérations adoptées au cours de cette séance. Par suite, les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la convocation du conseil municipal des Molettes à la réunion du 14 avril 2021 et la tenue de cette séance, sont irrecevables.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 2121-18 du code général des collectivités territoriales : " Les séances des conseils municipaux sont publiques. / Néanmoins, sur la demande de trois membres ou du maire, le conseil municipal peut décider, sans débat, à la majorité absolue des membres présents ou représentés, qu'il se réunit à huis clos. / Sans préjudice des pouvoirs que le maire tient de l'article L. 2121-16, ces séances peuvent être retransmises par les moyens de communication audiovisuelle. ". Aux termes de l'article L. 2141-1 du même code : " Le droit des habitants de la commune à être informés des affaires de celle-ci et à être consultés sur les décisions qui les concernent, indissociable de la libre administration des collectivités territoriales, est un principe essentiel de la démocratie locale. Il s'exerce sans préjudice des dispositions en vigueur relatives notamment à la publicité des actes des autorités territoriales ainsi qu'à la liberté d'accès aux documents administratifs. ".

4. Aux termes du II de l'article 6 de la loi du 14 novembre 2020 autorisant la prorogation de l'état d'urgence sanitaire et portant diverses mesures de gestion de la crise sanitaire, dans sa rédaction applicable en l'espèce : " Aux fins de lutter contre la propagation de l'épidémie de covid-19, le maire, le président de l'organe délibérant d'une collectivité territoriale ou le président d'un groupement de collectivités territoriales peut décider, pour assurer la tenue de la réunion de l'organe délibérant dans des conditions conformes aux règles sanitaires en vigueur, que celle-ci se déroulera sans que le public soit autorisé à y assister ou en fixant un nombre maximal de personnes autorisées à y assister. Le caractère public de la réunion est réputé satisfait lorsque les débats sont accessibles en direct au public de manière électronique. / Lorsqu'il est fait application du premier alinéa du présent II, il est fait mention de cette décision sur la convocation de l'organe délibérant. ". En vertu du III du même article, ces dispositions étaient applicables jusqu'au terme de l'état d'urgence sanitaire déclaré par le décret n° 2020-1257 du 14 octobre 2020 déclarant l'état d'urgence sanitaire. L'article 2 de la loi n° 2021-160 du 15 février 2021 a prorogé l'état d'urgence sanitaire jusqu'au 1er juin 2021 inclus.

5. Il ressort des pièces du dossier que la séance du conseil municipal du 14 avril 2021 s'est tenue sans la présence du public. Il est constant que les débats lors de cette séance n'ont pas été rendus accessibles en direct au public de manière électronique, sans qu'il soit établi par la commune que le respect de cette exigence lui ait été matériellement impossible. Il suit de là que le caractère public des séances du conseil municipal consacré à l'article L. 2121-18 du code général des collectivités territoriales et auquel les dispositions du II de l'article 6 de la loi du 14 novembre 2020 n'ont pas entendu déroger, a été méconnu.

6. Toutefois, si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.

7. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'impossibilité pour le public de suivre en direct sur internet les débats du conseil municipal aurait exercé une influence sur le sens des délibérations adoptées lors de la séance du 14 avril 2021, qui ont été approuvées à l'unanimité et auxquelles, en tout état de cause, le public ne pouvait prendre part. Il n'est pas davantage établi ni même allégué qu'elle aurait effectivement privé les requérants d'une garantie alors que, s'agissant de Mme Chautemps, elle a assisté à la séance en qualité de membre du conseil et a participé au vote et, s'agissant de M. B, il ne conteste pas que les débats ont été rendus publics par l'affichage en mairie et sur les panneaux d'information municipaux du compte-rendu de la séance dès le 19 avril, outre, accessoirement, la publication de deux articles dans la presse locale le 16 avril et le 21 avril. Dans ces circonstances, le moyen tiré de ce que les délibérations adoptées au cours de la séance du 14 avril 2021 seraient intervenues à l'issue d'une procédure irrégulière, peut être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête aux fins d'annulation de ces délibérations doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir soulevée en défense.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 741-2 du code de justice administrative :

9. Aux termes de l'article 41 de la loi du 29 juillet 1881 rendu applicable par les dispositions de l'article L. 741-2 du code de justice administrative : " Ne donneront lieu à aucune action en diffamation, injure, outrage, ni le compte rendu fidèle fait de bonne foi des débats judiciaires, ni les discours prononcés ou les écrits produits devant les tribunaux. Pourront néanmoins les juges, saisis de la cause et statuant sur le fond, prononcer la suppression des discours injurieux, outrageants ou diffamatoires, et condamner qui il appartiendra à des dommages-intérêts. ".

10. Les passages de la requête incriminés par la commune des Mollettes ne revêtent pas un caractère diffamatoire, ni injurieux ou outrageant au sens des dispositions de l'article L. 741-2 du code de justice administrative. Ainsi, la demande de suppression de ces passages doit être rejetée, ainsi que, par voie de conséquence, la demande tendant au versement de dommages et intérêts.

Sur les conclusions présentées en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune des Mollettes, qui n'est pas la partie perdante, une somme au titre des frais exposés par Mme Chautemps et M. B et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge des requérants une somme au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme Chautemps et M. B est rejetée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la commune des Mollettes est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme Chautemps, représentante unique, et à la commune des Mollettes.

Délibéré après l'audience du 8 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. L'Hôte, président,

M. Lefebvre, premier conseiller,

M. Ruocco-Nardo, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2024.

Le Président-rapporteur,

V. L'HÔTEL'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

G. LEFEBVRE

La greffière,

E. BEROT-GAY

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°210245

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