jeudi 4 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2102463 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | RAFFIN ROCHE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 14 avril 2021, Mme C D et Mme B A, représentées par Me Raffin, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 23 novembre 2020 par lequel le maire de la commune de Les Avenières Veyrins-Thuellin ne s'est pas opposé aux travaux déclarés par la société Free mobile en vue de l'installation d'un pylône en " treillis " de 24 mètres de hauteur, support d'antennes relais de télécommunication mobile 4 G et d'un paratonnerre, sur un terrain cadastré section D n° 814 situé chemin du Lombard au lieu-dit " Les Routes " sur le territoire de cette commune ;
2°) d'annuler la décision de rejet de leur recours gracieux formé le 20 janvier 2021, datée du 18 février 2021.
Les requérantes soutiennent que :
- l'arrêté attaqué méconnait l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme et le principe de précaution, garanti par l'article 5 de la Charte de l'environnement ;
- il méconnait les dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme, dès lors que le projet autorisé porte atteinte au caractère des lieux avoisinants.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juillet 2021, la commune de Les Avenières Veyrins-Thuellin, représentée par Me Pyanet, conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge des requérantes la somme de 1 500 euros au titre des frais non compris dans les dépens.
La commune de Les Avenières Veyrins-Thuellin fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors qu'il n'est pas intégralement justifié de l'accomplissement des formalités prévues par les dispositions de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;
- la requête ne satisfait pas aux exigences de l'article R. 600-4 du code de l'urbanisme ;
- la requête est irrecevable, faute pour les requérantes de justifier d'un intérêt pour agir ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 septembre 2021, la société Free mobile, représentée par Me Martin, conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge des requérantes la somme de 5 000 euros au titre des frais non compris dans les dépens.
La société Free mobile fait valoir que :
- la requête est irrecevable, faute pour les requérantes d'avoir un intérêt à agir ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 15 février 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 15 avril 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Charte de l'environnement ;
- le code de l'environnement ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Paillet-Augey,
- les conclusions de M. Lefebvre, rapporteur public,
- et les observations de Me Raffin représentant les requérantes et de Me Frigière représentant la commune de Les Avenières Veyrins-Thuellin.
Considérant ce qui suit :
1. 1. La société Free mobile a déposé une déclaration préalable le 29 juin 2020 pour l'installation d'une antenne relais de téléphonie mobile sur un terrain cadastré section D n° 814 situé chemin du Lombard au lieu-dit " Les Routes " sur la commune de Les Avenières Veyrins-Thuellin. Par un arrêté du 31 août 2020, le maire de la commune s'est opposé à celle-ci. Toutefois, par un arrêté du 23 novembre 2020, il ne s'est pas opposé à une seconde déclaration préalable déposée le 29 octobre 2020 ayant le même objet. Mme D et Mme A demandent l'annulation de cet arrêté du 23 novembre 2020, ensemble la décision de rejet de leur recours gracieux intervenue le 18 février 2021.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
Sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir soulevées en défense :
2. En premier lieu, l'article 5 de la Charte de l'environnement, dont les dispositions s'imposent aux pouvoirs publics et aux autorités administratives dans leurs domaines de compétence respectifs, dispose que : " lorsque la réalisation d'un dommage, bien qu'incertaine en l'état des connaissances scientifiques, pourrait affecter de manière grave et irréversible l'environnement, les autorités publiques veillent, par application du principe de précaution et dans leurs domaines d'attributions, à la mise en œuvre de procédures d'évaluation des risques et à l'adoption de mesures provisoires et proportionnées afin de parer à la réalisation du dommage ". Aux termes de l'article L. 110-1 du code de l'environnement : " I. - Les espaces, ressources et milieux naturels terrestres et marins, les sons et odeurs qui les caractérisent, les sites, les paysages diurnes et nocturnes, la qualité de l'air, la qualité de l'eau, les êtres vivants et la biodiversité font partie du patrimoine commun de la nation. Ce patrimoine génère des services écosystémiques et des valeurs d'usage. () II. - Leur connaissance, leur protection, leur mise en valeur, leur restauration, leur remise en état, leur gestion, la préservation de leur capacité à évoluer et la sauvegarde des services qu'ils fournissent sont d'intérêt général et concourent à l'objectif de développement durable qui vise à satisfaire les besoins de développement et la santé des générations présentes sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs. Elles s'inspirent, dans le cadre des lois qui en définissent la portée, des principes suivants : 1° Le principe de précaution, selon lequel l'absence de certitudes, compte tenu des connaissances scientifiques et techniques du moment, ne doit pas retarder l'adoption de mesures effectives et proportionnées visant à prévenir un risque de dommages graves et irréversibles à l'environnement à un coût économiquement acceptable ; () ". Aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ".
3. S'il appartient à l'autorité administrative compétente de prendre en compte le principe de précaution lorsqu'elle se prononce sur l'octroi d'une autorisation délivrée en application de la législation sur l'urbanisme, les dispositions de l'article 5 de la Charte de l'environnement ne permettent pas, indépendamment des procédures d'évaluation des risques et des mesures provisoires et proportionnées susceptibles, le cas échéant, d'être mises en œuvre par les autres autorités publiques dans leur domaine de compétence, de refuser légalement la délivrance d'une autorisation d'urbanisme en l'absence d'éléments circonstanciés sur l'existence, en l'état des connaissances scientifiques, de risques, même incertains, de nature à justifier un tel refus d'autorisation.
4. Le projet vise à l'installation d'un pylône en " treillis " de 24 mètres de hauteur, support de deux antennes relais de télécommunication mobile et d'un paratonnerre. Les requérantes n'apportent aucun élément circonstancié permettant d'établir l'existence d'un risque, même incertain, pouvant résulter, pour le public, de son exposition aux champs électromagnétiques émis par une antenne relais de téléphonie mobile et justifiant que, indépendamment des procédures d'évaluation des risques et des mesures provisoires et proportionnées susceptibles, le cas échéant, d'être mises en œuvre par les autorités compétentes, le maire de la commune de Les Avenières Veyrins-Thuellin s'oppose à la déclaration préalable faite par la société Free mobile, en application de la législation de l'urbanisme, en vue de l'installation du pylône support d'antennes relais en cause dans la présente instance. Ce risque particulier lié à l'existence du projet ne ressort pas davantage des pièces du dossier. Par suite, le moyen tiré de ce qu'en ne s'opposant pas à la déclaration préalable en litige, le maire a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions combinées de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme et de l'article 5 de la Charte de l'environnement doit être écarté.
5. En second lieu, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ".
6. Il résulte de ces dispositions que, si les constructions projetées portent atteinte aux lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains, l'autorité administrative compétente peut refuser de délivrer le permis de construire sollicité ou l'assortir de prescriptions spéciales. Pour rechercher l'existence d'une atteinte à un site ou paysage de nature à fonder le refus de permis de construire ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis, il appartient au juge d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site. Pour apprécier aussi bien la qualité du site que l'impact de la construction projetée sur ce site, il lui appartient de prendre en compte l'ensemble des éléments pertinents et notamment, le cas échéant, la covisibilité du projet avec des bâtiments remarquables, quelle que soit la protection dont ils bénéficient par ailleurs au titre d'autres législations.
7. En l'espèce, le pylône en litige doit s'implanter au sein d'un espace à dominante agricole offrant une vue sur le Vercors mais qui ne présente pas d'intérêt esthétique, naturel, agricole ou forestier significatif et ne fait l'objet d'aucune protection particulière. En outre, il est marqué par la présence de plusieurs pylônes déjà existants, supportant des lignes électriques à haute tension. Par ailleurs, la conception en treillis métallique du pylône projeté permet, en dépit de sa hauteur de 24 mètres, d'en limiter l'impact visuel, favorisant ainsi son intégration paysagère.
8. Les requérantes justifient que la maison d'habitation appartenant à Mme D est référencée par le plan local d'urbanisme de la commune de Les Avenières Veyrins-Thuellin comme " construction d'intérêt patrimonial soumise au permis de démolir ". Toutefois, compte tenu de la distance de plusieurs centaines de mètres qui existe entre cette maison et la parcelle D n° 814, support du projet et en l'absence de prescriptions l'interdisant dans le plan local d'urbanisme, cette identification par le plan local d'urbanisme ne fait pas obstacle à l'installation du pylône litigieux. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation commise au regard des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme doit être écarté.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées.
Sur les frais non compris dans les dépens :
10. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
11. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mis à la charge de la société Free mobile et de la commune de Les Avenières Veyrins-Thuellin qui ne sont pas, dans la présente instance, les parties perdantes, le versement aux requérantes de la somme qu'elles demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
12. Il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des requérantes le paiement d'une somme à verser à la commune de Les Avenières Veyrins-Thuellin et à la société Free mobile en application de ces mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D et de Mme A est rejetée.
Article 2 :Les conclusions de la commune de Les Avenières Veyrins-Thuellin et de la société Free mobile relatives à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 :Le présent jugement sera notifié à Mme D, mandataire unique en application de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, à la commune de Les Avenières Veyrins-Thuellin et à la société Free mobile.
Délibéré après l'audience du 13 juin 2024 à laquelle siégeaient :
M. Thierry, président,
Mme Beytout, première conseillère,
Mme Paillet-Augey, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.
La rapporteure,
C. Paillet-Augey Le président,
P. Thierry
La greffière,
A. Zanon
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 21024632
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026