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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2102549

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2102549

lundi 14 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2102549
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème Chambre
Avocat requérantBESSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 avril 2021, Mme I A D, représentée par Me Besson, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 février 2021 par lequel le préfet de la Savoie a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Savoie de lui délivrer un titre de séjour et, à défaut, de réexaminer sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 400 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le signataire de la décision ne justifie pas de sa compétence ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 juin 2022, le préfet de la Savoie conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Coutarel, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A D, ressortissante comorienne née en 1990 et titulaire d'un titre de séjour " vie privée et familiale " valable à Mayotte, est arrivée en France métropolitaine le 3 décembre 2020, accompagnée de son fils E, né en 2008, sous couvert d'un laissez-passer " évacuation sanitaire " délivré le 3 décembre 2020 par le préfet de Mayotte, valable à compter du 3 décembre 2020 pour une durée indéterminée, afin que soit prise en charge au sein du centre hospitalier de Poitiers puis de Chambéry son enfant qui présente une pathologie chronique. Elle était accompagnée de ses trois autres enfants, de nationalité française. Le 15 janvier 2021, Mme A D a présenté une demande de titre de séjour en qualité de parent d'enfant français. Par un arrêté du 25 février 2021, dont Mme A D demande l'annulation, le préfet de la Savoie a refusé de lui délivrer le titre sollicité.

2. En premier lieu, l'arrêté a été signé par M. B F, directeur de la direction de la citoyenneté et de la légalité de la préfecture de la Savoie, qui disposait à cet effet d'une délégation consentie par le préfet par arrêté du 14 octobre 2020, régulièrement publiée le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version en vigueur à la date de l'arrêté, régit la délivrance de la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " et prévoit notamment qu'elle est délivrée de plein droit, sauf menace pour l'ordre public, " 4° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que la communauté de vie n'ait pas cessé depuis le mariage, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français " ; " 6° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée ".

4. Le titulaire d'une telle carte de séjour, comme tout étranger séjournant régulièrement sur le territoire, peut en principe, ainsi que l'énonce l'article R. 321-1 du code, circuler librement " en France ", c'est à dire, conformément à ce qui résulte de l'article L. 111-3, en France métropolitaine, en Guadeloupe, en Guyane, en Martinique, à la Réunion, à Saint-Pierre-et-Miquelon, à Saint-Barthélemy, à Saint-Martin et à Mayotte.

5. Toutefois, l'article L. 832-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur limite la validité territoriale des titres de séjour délivrés à Mayotte, en disposant que " les titres de séjour délivrés par le représentant de l'Etat à Mayotte, à l'exception des titres délivrés en application des dispositions des articles L. 121-3, L. 313-4-1, L. 313-8, du 6° de l'article L. 313-10, de l'article L. 313-13 et du chapitre IV du titre Ier du livre III, n'autorisent le séjour que sur le territoire de Mayotte ".

6. En vertu du deuxième alinéa de cet article L. 832-2, " les ressortissants de pays figurant sur la liste () des pays tiers dont les ressortissants sont soumis à l'obligation de visa pour franchir les frontières extérieures des Etats membres, qui résident régulièrement à Mayotte sous couvert d'un titre de séjour n'autorisant que le séjour à Mayotte et qui souhaitent se rendre dans un autre département doivent obtenir un visa. Ce visa est délivré, pour une durée et dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat, par le représentant de l'Etat à Mayotte après avis du représentant de l'Etat dans le département où ils se rendent, en tenant compte notamment du risque de maintien irrégulier des intéressés hors du territoire de Mayotte et des considérations d'ordre public ". L'article R. 832-2 du même code précise que : " L'étranger qui sollicite le visa prévu à l'article L. 832-2 présente son document de voyage, le titre sous couvert duquel il est autorisé à séjourner à Mayotte, les documents permettant d'établir les conditions de son séjour dans le département de destination, les moyens d'existence lui permettant de faire face à ses frais de séjour ainsi que les garanties de son retour à Mayotte. / Sauf circonstances exceptionnelles, ce visa ne peut lui être délivré pour une durée de séjour excédant trois mois () ".

7. Sous la qualification de " visa ", ces dispositions instituent une autorisation spéciale, délivrée par le représentant de l'Etat à Mayotte, que doit obtenir l'étranger titulaire d'un titre de séjour délivré à Mayotte dont la validité est limitée à ce département, lorsqu'il entend se rendre dans un autre département. La délivrance de cette autorisation spéciale, sous conditions que l'étranger établisse les moyens d'existence lui permettant de faire face à ses frais de séjour et les garanties de son retour à Mayotte, revient à étendre la validité territoriale du titre de séjour qui a été délivré à Mayotte, pour une durée qui ne peut en principe excéder trois mois.

8. Les dispositions de l'article L. 832-2, qui subordonnent ainsi l'accès aux autres départements de l'étranger titulaire d'un titre de séjour délivré à Mayotte à l'obtention de cette autorisation spéciale, font obstacle à ce que cet étranger, s'il gagne un autre département sans avoir obtenu cette autorisation, puisse prétendre dans cet autre département à la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions de droit commun et en particulier de plein droit de la carte de séjour temporaire telle que prévue à l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. Mme A D ne conteste pas s'être rendue en métropole sans avoir sollicité ni obtenu l'autorisation spéciale requise par les dispositions citées au point 6 de sorte qu'elle ne peut prétendre dans les conditions de droit commun et en particulier de plein droit de la carte de séjour temporaire telle que prévue à l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. S'il ressort des pièces du dossier que Mme A D, entrée en France métropolitaine sous couvert d'un laissez-passer " évacuation sanitaire ", réside à Chambéry avec ses enfants de nationalité française, la décision de refus de titre n'a pas pour effet de séparer les quatre enfants mineurs de leur mère, elle-même pouvant demeurer en métropole jusqu'à l'expiration de son laissez-passer. Par ailleurs, la requérante n'invoque aucun élément de nature à établir que la scolarité de ses enfants ne pourrait pas se poursuivre normalement après leur retour à Mayotte, où réside leur père, lorsque l'état de santé d'Ismaël le permettra. Par suite, l'intéressée n'est pas fondée à soutenir que le refus de titre litigieux a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a été pris en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'erreur manifeste d'appréciation, invoqués à l'égard de la décision de refus de titre de séjour, doivent être également écartés.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête aux fins d'annulation doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent également être rejetées les conclusions aux fin d'injonction, ainsi que celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er :

La requête de Mme A D est rejetée. Article 2 :Le présent jugement sera notifié à Mme I A D, à Me Besson et au préfet de la Savoie.

Délibéré après l'audience du 13 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Wyss, président,

Mme H et Mme G, assesseurs.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 novembre 2022.

La rapporteure,

A. G

Le président,

M. C

La greffière,

C. Billon

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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