mardi 29 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2102571 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | COGNAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 21 avril 2021 et des mémoires enregistrés le 7 juin 2021, le 17 février 2023 et le 2 août 2024, M. B A et Mme D E, désormais représentés par Me Thouement, demandent au tribunal dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 24 février 2021 par laquelle le maire de Coublevie a implicitement refusé de faire usage de ses pouvoirs de police afin d'assurer la conservation du chemin rural situé au nord du lotissement des Chanettes desservant les deux parcelles cadastrales section AI n°54 et 734 leur appartenant ;
2°) d'enjoindre au maire de Coublevie, d'une part, de rétablir le chemin en litige dans sa largeur initiale en faisant cesser les empiètements qui conduisent à son rétrécissement et en rétablissant son bornage et, d'autre part, de faire réaliser des travaux identiques à ceux exécutés à l'entrée de ce chemin jusqu'à l'entrée des parcelles dont ils sont propriétaires, le tout dans le délai d'un mois courant à compter de la date de notification du jugement sous astreinte journalière de 100 euros ;
3°) de condamner la commune de Coublevie au paiement d'une somme de 45 000 euros en réparation des préjudices que l'illégalité de ce refus leur a causés ;
4°) de mettre à la charge de cette commune la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- le refus en litige méconnaît les articles L. 161-1 et L. 161-5 du code rural qui imposent au maire de faire usage de ses pouvoirs de police pour rétablir la libre circulation sur les chemins ruraux ;
- le fait pour la commune d'entretenir régulièrement le chemin rural en litige au droit des propriétés de leurs voisins alors qu'elle refuse d'effectuer des travaux identiques jusqu'aux limites de leur propriété porte atteinte au principe d'égalité de traitement des usagers du service public ;
- le classement de ce chemin en voie verte postérieurement au refus en litige n'est pas établi ou, subsidiairement, est illégal ;
- en leur opposant le refus en litige, le maire de Coublevie a commis une faute de nature à engager la responsabilité de la commune ;
- la responsabilité sans faute de la commune est par ailleurs engagée ;
- ils subissent divers préjudices évalués en dernier lieu à la somme totale de 45 000 euros.
La commune de Coublevie, représentée par Me Cognat, a présenté un mémoire enregistré le 10 avril 2024 par lequel elle conclut au rejet de la requête et demande une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les moyens invoqués par les requérants ne sont pas fondés ;
- sa responsabilité n'est pas susceptible d'être engagée ;
- subsidiairement, les préjudices invoqués par les requérants ne sont pas établis.
Le mémoire présenté par la commune de Coublevie, enregistré le 5 septembre 2024, n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Permingeat, premier conseiller ;
- les conclusions de M. Journé, rapporteur public ;
- les observations de Me Thouement, représentant M. A et Mme E et de Me Cognat, représentant la commune de Coublevie.
Considérant ce qui suit :
1. M. A et Mme E sont propriétaires de terrains situés à Coublevie (Isère) dont les parcelles cadastrées section AI n°54 et n°734. Ces dernières sont situées au droit d'un chemin rural dont l'un des accès et une partie du tracé se trouvent au nord d'un lotissement dénommé " Les Chanettes ". Ne pouvant emprunter ce chemin pour accéder à leurs parcelles en raison, selon eux, de divers obstacles qui en réduisent l'assiette, ils ont, par courrier du 21 décembre 2020, demandé au maire de faire usage des pouvoirs que lui confère l'article L. 161-5 du code rural et de la pêche maritime pour en rétablir l'emprise initiale. Dans la présente instance, ils demandent l'annulation pour excès de pouvoir du refus implicite qui a été opposé à leur demande outre indemnisation des préjudices qu'ils affirment subir en raison de cette faute ou situation de fait.
Sur les conclusions à fin d'annulation pour excès de pouvoir :
2. Aux termes de l'article L. 161-1 du code rural et de la pêche maritime : " Les chemins ruraux sont les chemins appartenant aux communes, affectés à l'usage du public, qui n'ont pas été classés comme voies communales. Ils font partie du domaine privé de la commune ". Aux termes de l'article L. 161-5 du même code : " L'autorité municipale est chargée de la police et de la conservation des chemins ruraux ". Aux termes de l'article D. 161-14 du mêle code : " Il est expressément fait défense de nuire aux chaussées des chemins ruraux () ou de compromettre la sécurité ou la commodité de la circulation sur ces voies, notamment : () 3° De labourer ou de cultiver le sol dans les emprises de ces chemins et de leurs dépendances ; 4° De faire sur l'emprise de ces chemins des plantations d'arbres ou de haies () ".
3. Il résulte des dispositions citées au point précédent que la police spéciale de la conservation des chemins ruraux qu'elles confient au maire ne lui impose pas seulement de veiller au maintien de l'affectation de ce type de voies à l'usage du public mais exigent également qu'il garantisse leur intégrité physique, ce qui suppose notamment de préserver leur assiette. Cette exigence s'impose indépendamment du caractère carrossable ou non du chemin.
4. En l'espèce, il ressort du procès-verbal des opérations de bornage du chemin en litige réalisées en octobre 2013 que sa largeur est, depuis son intersection avec la route de Vouise jusqu'aux parcelles appartenant aux requérants, d'environ 3 mètres. Par ailleurs, selon les constats d'un huissier de justice mandaté par les requérants, l'assiette de cette voie, comprise entre 2.74 m et 0.72 mètre, était, en octobre 2020, considérablement réduite sur sa portion située entre la parcelle n°720 et les parcelles appartenant aux requérants du fait de la présence sur son emprise originelle de végétaux, de clôtures et de labours. Dans ces circonstances, le maire de Coublevie était tenu, par application des dispositions énoncées au point 2 et explicitées au point 3, de faire usage des pouvoirs de police qui lui sont conférés pour en rétablir la largeur initiale quand bien même, d'une part, cette voie n'aurait vocation qu'à accueillir des piétons et, d'autre part, leur circulation y demeurerait possible. Il suit de là que M. A et Mme E sont fondés à soutenir qu'en refusant d'accéder à leur demande, le maire de Coublevie a méconnu l'article L. 161-5 du code rural et de la pêche maritime. Il y a donc lieu d'annuler pour excès de pouvoir le refus implicite du 24 février 2021 sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de légalité invoqués par les requérants.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
5. La demande que M. A et Mme E ont adressée à la commune de Coublevie le 24 décembre 2020 tend uniquement à obtenir la restauration de la largeur initiale du chemin en litige. De fait, s'ils y évoquent également la question de l'entretien de cette voie, c'est seulement pour demander au maire des explications à ce sujet. Par suite, comme indiqué dans les visas du présent jugement, le refus implicite opposé à leur demande le 24 février 2021 porte exclusivement refus, par le maire de Coublevie, de faire usage des pouvoir de police que lui confère l'article L. 161-5 du code rural et de la pêche maritime. Il en résulte que l'annulation pour excès de pouvoir de cette décision ne saurait impliquer qu'il soit enjoint au maire de cette commune d'assurer l'entretien du chemin en litige. Les conclusions à fin d'injonction correspondantes des requérants doivent donc être rejetées.
6. En revanche, l'annulation prononcée au point 4 implique nécessairement que, par application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, il soit enjoint au maire de Coublevie de prendre les mesures nécessaires afin de rétablir l'emprise du chemin rural en litige dans l'état décrit par le procès-verbal de bornage établi le 29 octobre 2013 jusqu'à la limite est des parcelles cadastrées section AI n°734 et 54. Il y a lieu de lui accorder, pour ce faire, un délai de 6 mois courant à compter de la date de notification du jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de prononcer d'astreinte.
Sur les conclusions indemnitaires :
7. Pour les motifs exposés au point 4, le maire de Coublevie a commis une illégalité fautive de nature à engager la responsabilité de cette commune.
8. Toutefois, les requérants n'établissent ni le préjudice financier ni le préjudice de jouissance qu'ils invoquent. De fait, situées dans le prolongement de la parcelle 733 qui supporte leur habitation, les parcelles AI n°734 et 54 sont accessibles depuis leur propriété, y compris, selon les photographies produites en défense, par des engins de dimension importante.
9. En ce qui concerne en revanche leur préjudice moral, il sera fait une juste appréciation des dommages qu'ils ont subis du fait des démarches qu'ils ont dû entreprendre pour faire respecter les obligations incombant au maire de Coublevie en leur accordant la somme de 500 euros.
Sur les frais du litige :
10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Coublevie la somme de 1 500 euros à verser à M. A et Mme E, à parts égales, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, eu égard à la qualité de partie perdante de cette commune dans l'instance, les conclusions qu'elle présente sur le même fondement du code de justice administrative doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 24 février 2021 par laquelle le maire de Coublevie a implicitement refusé de faire usage de ses pouvoirs de police afin d'assurer la conservation du chemin rural situé au nord du lotissement des Chanettes est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au maire de Coublevie de prendre les mesures nécessaires afin de rétablir l'emprise de ce chemin rural dans l'état décrit par le procès-verbal de bornage établi le 29 octobre 2013 jusqu'à la limite est des parcelles cadastrées 734 et 54 dans le délai de 6 mois courant à compter de la date de notification du jugement.
Article 3 : La commune de Coublevie est condamnée au paiement d'une somme de 500 euros à verser à parts égale à M. A et à Mme E.
Article 4 : La commune de Coublevie versera la somme de 1 500 euros, à parts égales, à M. A et Mme E au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Mme D E et à la commune de Coublevie.
Délibéré après l'audience du 7 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Pfauwadel, président,
Mme Permingeat, premier conseiller,
M. Derollepot, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 octobre 2024.
Le rapporteur,
F. Permingeat
Le président,
T. Pfauwadel
Le greffier,
M. C
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2102571
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026