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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2102586

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2102586

mardi 10 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2102586
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSELARL ARNAUD BASTID

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 avril 2021, Mme B, représentée par Me Bastid, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 novembre 2020 par lequel le maire de Vallorcine a refusé de lui accorder un permis de construire, ensemble la décision de rejet de son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Vallorcine une somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le maire ne pouvait s'opposer à la délivrance du permis de construire en se fondant sur la méconnaissance de l'article Aub3 du règlement du plan local d'urbanisme relatif à l'accès et à la voirie ;

-le maire, en refusant le permis de construire sur le fondement des articles R.111-27 du code de l'urbanisme et Aub11 du plan local d'urbanisme, a commis une erreur de fait, une erreur de droit et une erreur manifeste d'appréciation ;

- le motif de refus fondé sur l'article Aub12 du plan local d'urbanisme est illégal.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 octobre 2021, la commune de Vallorcine, représentée par la SELARL LLC et Associés, conclut au rejet de la requête et demande la condamnation de la requérante à lui verser une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par une lettre du 19 novembre 2024, le tribunal a informé les parties en application de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative qu'il était susceptible de prononcer d'office une injonction relative à la délivrance du permis de construire sollicité.

Mme B a présenté des observations le 24 novembre 2024.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Aubert, rapporteure,

- les conclusions de Mme Akoun, rapporteure publique,

- et les observations de Me Bastid, représentant Mme B, et de Me Teston, représentant la commune de Vallorcine.

Considérant ce qui suit :

1. Par une demande déposée le 9 juillet 2020, Mme A B a demandé un permis de construire une maison individuelle sur la parcelle cadastrée section A n°4914, située lieu dit C à Vallorcine (74). Par un arrêté en date du 6 novembre 2020, le maire de Vallorcine a refusé cette demande. Mme B a formé un recours gracieux contre cette décision, reçu en mairie le 7 janvier 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Le maire a refusé le projet au motif que le projet n'était pas desservi par une voie répondant à son importance et que la topographie, marquée par une forte pente, ne permettait pas le passage et le retournement des véhicules privés comme des services publics en méconnaissance de l'article AUb3 du plan local d'urbanisme, qu'il portait atteinte au caractère naturel et paysager du secteur en méconnaissance de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et de l'article AUb11 du plan local d'urbanisme et que le projet comportait une place de stationnement sur un autre tènement en méconnaissance de l'article AU b12 du règlement du plan local d'urbanisme.

3. En premier lieu, aux termes de l'article AUb3 du règlement du plan local d'urbanisme : " Accès : () Les accès doivent être adaptés à l'opération et aménagés de façon à apporter la moindre gêne à la circulation publique, à l'approche permettant une lutte efficace contre l'incendie, au ramassage des ordures ménagères et au déneigement./ Le raccordement d'un accès privé à une voie publique présentera dans la mesure du possible une surface dégagée sur une longueur d'au moins 5 m à partir de la chaussée de la voie publique. /Voirie:/ Toute autorisation d'occupation ou d'utilisation du sol peut être subordonnée à la réalisation d'aménagements spécifiques qui rendent satisfaisantes les conditions de sécurité du raccordement de l'opération à la voie publique; en tout état de cause :/- la largeur de plateforme des voies privées nouvelles ne pourra être inférieure 5 m, sauf empêchement technique./ () Dans tous les cas les voies en impasse doivent être aménagées dans leur partie terminale afin de permettre aux véhicules privés et à ceux des services publics (lutte contre l'incendie, enlèvement des ordures ménagères, déneigement, stockage de la neige etc.) de faire demi-tour. "

4. La voie d'accès au terrain d'assiette, qui doit desservir uniquement la maison individuelle projetée, est large de cinq mètres et comprend l'aménagement d'un espace de manœuvre, rendant possible tant la circulation que le retournement de tous les véhicules en ce compris ceux des services publics. S'il est constant que la pente de la voie reliant la voie communale au projet est importante, la commune n'apporte pas d'éléments de nature à démontrer que cette pente ferait obstacle à son usage dans de bonnes conditions de sécurité. Par suite, le motif de refus fondé sur l'article AUb3 est illégal.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article R.111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ". A ceux de l'article AUb11 du règlement du plan local d'urbanisme relatif à l'aspect extérieur : " Dispositions générales : En aucun cas, les constructions, installations et divers modes d'utilisation du sol ne doivent, par leur dimension, leur situation ou leur aspect extérieur porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains. Des modifications ayant pour but d'améliorer l'intégration de la construction à son environnement et son adaptation au terrain, pourront être exigées pour l'obtention du permis de construire. " Les dispositions de l'article AUb11 du règlement du plan local d'urbanisme ayant le même objet que celles également invoquées par la requérante de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et posent des exigences qui ne sont pas moindres, c'est dès lors par rapport aux dispositions du règlement du plan local d'urbanisme que doit être appréciée la légalité de la décision attaquée.

6. Il ressort des pièces du dossier et du site Géoportail de l'urbanisme, librement accessible tant au juge qu'aux parties, que le site dans lequel s'insère le projet, situé à une altitude de 1250 mètres, est très peu construit et caractérisé par des paysages de bois de feuillus et de résineux et des prairies, ouverts sur les sommets environnants. Il présente ainsi un certain intérêt paysager. La construction projetée est une maison individuelle de 115 m² se développant sur trois niveaux pour respecter la forte pente naturelle et laissant à l'état naturel le reste du tènement d'une surface totale de 435 m². Plusieurs constructions, d'un gabarit et d'une hauteur identiques ou plus importants, se trouvent à proximité du projet refusé. Au regard de ces éléments, la construction litigieuse ne porte pas atteinte au caractère naturel et paysager du secteur. Par suite, le maire a fait une inexacte appréciation des circonstances de l'espèce en refusant le permis de construire sur le fondement de l'article AUb11 du règlement du plan local d'urbanisme.

7. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article L.151-33 du code de l'urbanisme : " Lorsque le règlement impose la réalisation d'aires de stationnement pour les véhicules motorisés, celles-ci peuvent être réalisées sur le terrain d'assiette ou dans son environnement immédiat. () " D'autre part, à ceux de l'article AUb12 du règlement du plan local d'urbanisme de Vallorcine : " " Afin d'assurer en dehors des voies publiques et des voies privées, le stationnement des véhicules automobiles ou des deux roues, correspondant aux besoins des constructions ou installations, il est exigé :/- pour les constructions à usage d'habitation :/ habitat : 2 places de stationnement dont une couverte par logement () "

8. Le projet, qui porte sur la construction d'une maison d'habitation individuelle, doit compter deux places de stationnement dont une couverte. Il ressort des pièces du dossier que sont projetés un stationnement couvert et deux places de stationnement en extérieur sur la parcelle cadastrée section A n°4681. Le plan local d'urbanisme n'interdisant pas que les places de stationnement se situent en dehors du tènement, le maire a, en refusant le permis de construire contesté pour ce motif, commis une erreur de droit.

9. Il résulte de ce qui précède qu'aucun des motifs opposés ne pouvait légalement fonder le refus opposé. Par suite, la requérante est bien fondée à demander l'annulation de l'arrêté refusant sa demande de permis de construire.

Sur les conclusions d'injonction :

10. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure "

11. En l'espèce, le présent jugement censure l'intégralité des motifs de refus opposés à la pétitionnaire et il ne résulte pas de l'instruction qu'un autre puisse justifier la décision contestée ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fasse obstacle. Par suite, il implique nécessairement que le maire de Vallorcine délivre à Mme B le permis de construire sollicité. Il lui sera enjoint d'y procéder dans le délai de 2 mois à compter de la notification du présent jugement. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de procédure :

12. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de la requérante, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Vallorcine une somme de 1 500 euros à verser à Mme B au titre de ses frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er :L'arrêté du maire de Vallorcine en date du 6 novembre 2020 est annulé.

Article 2 :Il est enjoint au maire de Vallorcine de délivrer le permis de construire sollicité à Mme B dans le délai de 2 mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 :La commune de Vallorcine versera à Mme B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 :Le surplus des conclusions formées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens est rejeté.

Article 5 :Le présent jugement sera notifié à Mme B et à la commune de Vallorcine.

Délibéré après l'audience du 26 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Sauveplane, président,

- Mme Letellier, première conseillère,

- Mme Aubert, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 décembre 2024.

La rapporteure,

E. Aubert

Le président,

M. Sauveplane

La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2102586

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