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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2102642

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2102642

lundi 12 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2102642
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSCP FESSLER JORQUERA & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 19 avril 2021, 13 août 2021, 2 décembre 2021 et 14 avril 2022, MM et A F ainsi que M. et Mme E, représentés par Me Poncin, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 novembre 2020 par lequel le maire de la commune de Saint-Martin-d'Hères a délivré à la société Gilles Trignat Résidences un permis de construire en vue de la réalisation de quarante logements ainsi que la décision portant rejet de leur recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Martin-d'Hères une somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. et Mme F et autres soutiennent que l'arrêté attaqué :

-est entaché d'un vice d'incompétence ;

- méconnaît le caractère du sous-secteur UD1 du plan local d'urbanisme intercommunal de la métropole ;

-méconnaît les dispositions de l'article 9.2 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal en l'absence de servitude de passage permettant le raccordement au réseau d'assainissement public ;

-méconnaît l'orientation d'aménagement et de programmation " Risques et résilience " et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article R.111-2 du code de l'urbanisme ;

-méconnaît l'orientation d'aménagement et de programmation thématique " Paysages et biodiversité " ;

-méconnaît l'article R.431-8 du code de l'urbanisme dès lors que les pièces du dossier de demande de permis de construire ne permettent pas de vérifier la conformité du projet aux règles d'implantation par rapport aux limites séparatives ;

-méconnaît l'article 4.2 du règlement de la zone UD1 du plan local d'urbanisme intercommunal eu égard à l'implantation en limite séparative de la façade sud-ouest.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 12 juillet 2021 et 17 mars 2022, la commune de Saint-Martin-d'Hères représentée par Me Fessler conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 4 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune de Saint-Martin-d'Hères fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés et que les trois moyens tirés de la méconnaissance de l'orientation d'aménagement et de programmation paysage et diversité et de la méconnaissance de l'article 4.2 du règlement de la zone UD1 du plan local d'urbanisme intercommunal sont irrecevables en application de l'article R.600-5 du code de l'urbanisme.

Par des mémoires enregistrés les 30 septembre 2021 et 10 mars 2022, la société Gilles Trignat Résidences, représentée par Me Petit, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 4 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société Gilles Trignat Résidences fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Un courrier a été adressé le 25 janvier 2022 aux parties en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, les informant de la période à laquelle il est envisagé d'appeler l'affaire à l'audience et précisant la date à partir de laquelle l'instruction pourra être close dans les conditions prévues par le dernier alinéa de l'article R. 613-1 et le dernier alinéa de l'article R. 613-2.

Par une ordonnance du 14 septembre 2022, a été prononcée, en application des articles R. 613-1 et R. 611-11-1 du code de justice administrative, la clôture immédiate de l'instruction.

Vu :

- la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de Grenoble Alpes Métropole ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jourdan, présidente,

- les conclusions de Mme Akoun, rapporteure publique,

- et les observations de Me Fiat, représentant les requérants, de Me Fessler, représentant la commune de Saint-Martin-d'Hères et de Me Saint-Lager, représentant la société Gilles Trignat Résidences.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 25 novembre 2020, le maire de la commune de Saint-Martin-d'Hères a délivré à la société Gilles Trignat Résidences un permis de construire en vue de la réalisation de quarante logements sur une parcelle cadastrée section AT n°382. M. et Mme F et autres ont formé un recours gracieux qui a été rejeté par une décision du 19 février 2021. M. et Mme F et autres, voisins immédiats de ce projet qui justifient de leur intérêt à agir à l'encontre de celui-ci, demande l'annulation de l'arrêté du 25 novembre 2020 et de la décision de rejet de leur recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article R.600-5 du code de l'urbanisme : " Par dérogation à l'article R. 611-7-1 du code de justice administrative, et sans préjudice de l'application de l'article R. 613-1 du même code, lorsque la juridiction est saisie d'une requête relative à une décision d'occupation ou d'utilisation du sol régie par le présent code, ou d'une demande tendant à l'annulation ou à la réformation d'une décision juridictionnelle concernant une telle décision, les parties ne peuvent plus invoquer de moyens nouveaux passé un délai de deux mois à compter de la communication aux parties du premier mémoire en défense. Cette communication s'effectue dans les conditions prévues au deuxième alinéa de l'article R. 611-3 du code de justice administrative. / () ".

3. Dans leur mémoire enregistré le 2 décembre 2021, soit plus de deux mois après la communication aux parties du premier mémoire en défense produit par la commune le 12 juillet 2021, les requérants ont soulevé trois nouveaux moyens tirés de ce que l'arrêté attaqué méconnaît l'orientation d'aménagement et de programmation thématique " Paysages et biodiversité " et l'article 4.2 du règlement de la zone UD1 du plan local d'urbanisme intercommunal et de ce que le dossier de demande de permis de construire était insuffisant. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le premier mémoire en défense communiqué aux parties le 28 juillet 2021 ne concernait pas la présente affaire mais se rapportait à une précédente instance. Dans ces conditions, la communication erronée de ce mémoire n'a pas eu pour effet de faire courir le délai de cristallisation des moyens. Le point de départ de celui-ci étant constitué par la communication le 4 octobre 2021 du mémoire produit par le pétitionnaire, la commune de Saint-Martin-d'Hères n'est pas fondée à faire valoir que les moyens nouveaux soulevés le 2 décembre 2021 sont irrecevables en application des dispositions précitées de l'article R.600-5 du code de l'urbanisme.

4. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire () est : / a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme () ". Aux termes de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints () ". Il résulte de ces dispositions combinées que le maire, compétent pour délivrer les permis de construire au nom de la commune, peut consentir une délégation à l'un de ses adjoints, à condition que les limites de cette délégation soient définies avec une précision suffisante.

5. Aux termes de l'article L. 2131-1 du code général des collectivités territoriales : " " Les actes pris par les autorités communales sont exécutoires de plein droit dès qu'il a été procédé à leur publication ou affichage ou à leur notification aux intéressés ainsi qu'à leur transmission au représentant de l'Etat dans le département ou à son délégué dans l'arrondissement. () / () / Le maire peut certifier, sous sa responsabilité, le caractère exécutoire de ces actes./ () / La publication ou l'affichage des actes mentionnés au premier alinéa sont assurés sous forme papier. La publication peut également être assurée, le même jour, sous forme électronique, dans des conditions, fixées par un décret en Conseil d'Etat, de nature à garantir leur authenticité. Dans ce dernier cas, la formalité d'affichage des actes a lieu, par extraits, à la mairie et un exemplaire sous forme papier des actes est mis à la disposition du public. La version électronique est mise à la disposition du public de manière permanente et gratuite. " Aux termes de l'article L. 2131-2 du code général des collectivités territoriales : " Sont soumis aux dispositions de l'article L. 2131-1 les actes suivants : ( ) / 6° Le permis de construire et les autres autorisations d'utilisation du sol et le certificat d'urbanisme délivrés par le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale, lorsqu'il a reçu compétence dans les conditions prévues aux articles L. 422-1 et L. 422-3 du code de l'urbanisme ; ". Les mentions apportées, sous la responsabilité du maire, pour certifier le caractère exécutoire des actes des autorités communales font foi jusqu'à la preuve du contraire.

6. L'arrêté attaqué a été signé par M. C D, adjoint au maire, qui, par un arrêté du maire de la commune de Saint-Martin-d'Hères du 4 juin 2020, bénéficiait d'une délégation de fonctions dans les domaines de l'aménagement, de l'urbanisme et des travaux ainsi que d'une délégation de signature en ce qui concerne la délivrance des permis de construire. Les requérants ne contestent pas sérieusement le caractère exécutoire de cet arrêté de délégation alors qu'il ressort des mentions de cet acte et du certificat d'affichage produit par la commune, qui font foi jusqu'à preuve du contraire, que l'affichage et la transmission en préfecture ont été réalisés le 5 juin 2020. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté comme manquant en fait.

7. Aux termes de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend une notice précisant : 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : a) L'aménagement du terrain, en indiquant ce qui est modifié ou supprimé ; b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants ; c) Le traitement des constructions, clôtures, végétations ou aménagements situés en limite de terrain ; d) Les matériaux et les couleurs des constructions ; e) Le traitement des espaces libres, notamment les plantations à conserver ou à créer ; f) L'organisation et l'aménagement des accès au terrain, aux constructions et aux aires de stationnement. ". Aux termes de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier coté dans les trois dimensions. Ce plan de masse fait apparaître les travaux extérieurs aux constructions, les plantations maintenues, supprimées ou créées et, le cas échéant, les constructions existantes dont le maintien est prévu. Il indique également, le cas échéant, les modalités selon lesquelles les bâtiments ou ouvrages seront raccordés aux réseaux publics ou, à défaut d'équipements publics, les équipements privés prévus, notamment pour l'alimentation en eau et l'assainissement. Lorsque le terrain n'est pas directement desservi par une voie ouverte à la circulation publique, le plan de masse indique l'emplacement et les caractéristiques de la servitude de passage permettant d'y accéder. Lorsque le projet est situé dans une zone inondable délimitée par un plan de prévention des risques, les cotes du plan de masse sont rattachées au système altimétrique de référence de ce plan. ".

8. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

9. Il ressort des pièces du dossier de demande de permis de construire, et plus particulièrement des plans de masse et de façade, réalisés à l'échelle, que le service instructeur disposait d'éléments suffisants pour lui permettre d'apprécier la conformité du projet aux règles d'implantation par rapport à la limite séparative. En ce qui concerne plus spécifiquement l'implantation des balcons situés en façade nord-ouest par rapport à la limite séparant le terrain d'assiette du projet de la parcelle appartenant aux requérants cadastrée section AT n°451, le prospect est également représenté sur le plan de façade sud-ouest. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'insuffisance du dossier de demande doit être écarté.

10. Aux termes de l'article 9.2 du règlement de la zone UD1 du plan local d'urbanisme intercommunal de Grenoble Alpes Métropole : " Gestion des eaux usées domestiques / Zones d'assainissement collectif définies au zonage d'assainissement () / le raccordement sur le réseau public d'assainissement est obligatoire pour toute construction ou installation générant des eaux usées. () ".

11. Il ressort des plans des réseaux, que le projet prévoit la réalisation de canalisations d'eaux usées en dehors du terrain d'assiette du projet jusqu'au raccordement au réseau existant avenue Romain Rolland. Il n'est toutefois pas sérieusement contesté que le réseau prévu s'effectue sur le domaine public de Grenoble Alpes métropole dont la régie eau et assainissement a émis un avis favorable sous condition au tracé de raccordement. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le projet méconnaît les dispositions de l'article 9.2 du règlement de la zone UD1 du plan local d'urbanisme intercommunal en l'absence de servitude sur les parcelles traversées par le réseau.

12. Aux termes des dispositions de l'article 3.11 du règlement des risques du plan local d'urbanisme intercommunal de Grenoble Alpes Métropole applicable en zone Bt1 : " les sous-sols dédiés à des surfaces non-habitables (caves et parkings de bâtiments collectifs notamment) ; / Les projets listés à l'article 3.11 sont admis sous réserve de remplir les conditions supplémentaires suivantes': / La cote d'accès au sous-sol doit être située à 0,7 m au-dessus du terrain naturel de manière à ce que le sous-sol ne puisse pas être inondé ; / Les constructions et parties de construction situées sous la cote ou hauteur de référence doivent être cuvelées. ". + R.111-2

13. Contrairement à ce que soutiennent les requérants il ressort de la notice et du plan de coupe BB que l'accès au sous-sol dédié au stationnement projeté comporte une surélévation de 70 cm par rapport au terrain naturel. En soutenant de manière très générale que l'ensemble des exigences du règlement des risques n'est pas respecté en ce qui concerne le traitement du niveau de stationnement en sous-sol et que l'imperméabilisation des sols ainsi que l'implantation du bâtiment projeté compte tenu de la pente sont de nature à méconnaître l'orientation d'aménagement et de programmation " risques et résilience ", sans, au demeurant, en citer les dispositions précises, les requérants n'apportent pas de précisions suffisantes permettant d'apprécier le bien-fondé de leur moyen. Celui-ci doit, par suite, être écarté.

14. Aux termes du préambule du règlement de la zone UD1 du plan local d'urbanisme intercommunal de Grenoble Alpes Métropole : " La vocation des zones figure dans le rapport de présentation (Tome 4 Livret métropolitain). ". Aux termes du tome 4 du rapport de présentation de ce plan : " Zone UD1 : habitat pavillonnaire en mutation / La zone UD1 voit cohabiter des ensembles de maisons individuelles avec des ilots d'habitat collectif ou de bâti ancien dont ils constituent les prolongements. / Situés dans les espaces préférentiels de développement, au sein ou à proximité des cœurs de bourgs, ou dans des zones urbaines bien desservies par des transports publics, ces tissus se sont développés avec des densités assez faibles, alors qu'ils bénéficient d'un bon niveau de services et d'un potentiel de mutation significatif qui peut contribuer à répondre aux objectifs de production de logements du PLH, dans des conditions attractives pour les habitants. / Pour répondre aux objectifs du PADD, les évolutions souhaitées de ces tissus doivent permettre d'assurer en priorité la réalisation de formes urbaines compactes à proximité des transports en commun et des services par : / ' La mutation des formes urbaines dans une logique de diversification de l'offre et de densification (petits collectifs, logement intermédiaire dense), en compatibilité avec les orientations du SCoT au sein des espaces préférentiels de développement et des périmètres d'intensification urbaine ; / ' L'accueil de nouveaux équipements, le confortement ou la création de centralités de proximité par le développement de la diversité fonctionnelle ; ' La préservation de poches d'habitat individuel ou de tissus de plus faible densité, lorsque le caractère patrimonial ou paysager le justifie. / Les règles fixées dans la zone permettent d'atteindre généralement les objectifs du SCoT avec une densité équivalente à 0,7 m² de plancher par m² de superficie de l'unité foncière dans le cœur d'agglomération et les pôles principaux, ainsi que dans les tissus centraux de certains pôles d'appui. / Dans les périmètres d'intensification urbaine, les règles fixées dans la zone garantissent généralement que les projets atteindront une densité minimale équivalente à 0,5 m² de plancher par m² de superficie de l'unité foncière tout en s'assurant d'une cohabitation acceptable avec des formes bâties de type pavillonnaire. ".

15. Les requérants soutiennent que le projet attaqué méconnaît le caractère de la zone UD1 du plan local d'urbanisme intercommunal eu égard à sa densité de 1,13 m² de plancher par m² de superficie d'unité foncière et à ses caractéristiques, notamment la longueur de son linéaire de façade supérieure à soixante mètres. Toutefois, il ressort des dispositions précitées que le secteur UD1 correspond à un habitat pavillonnaire en mutation, situé dans des espaces préférentiels de développement, où coexistent des ensembles de maisons individuelles et des îlots d'habitats collectifs et dont l'évolution envisagée est d'accroître la densification. A cet égard, s'il n'est pas contesté que le terrain d'assiette du projet n'est pas situé dans un périmètre d'intensification urbaine, la densité évoquée par les requérants de 0,7 m² de plancher par m² de superficie de l'unité foncière ne correspond toutefois pas à une densité maximale autorisée. Ainsi, en dépit de son volume plus imposant que les maisons individuelles voisines, il ne ressort pas des pièces du dossier que le bâtiment projeté, qui comporte deux étages et des combles et quarante logements, ne serait pas compatible avec le caractère de la zone UD1.

16. Aux termes du chapitre 2.4 de l'orientation d'aménagement et de programmation " Paysage et biodiversité ", relatif à l'ambiance plaine urbaine : " Orientation 2 -Composer le rapport à la rue par une interface plantée et animée / () Cas des tissus urbains constitués dans des noyaux anciens / Le pétitionnaire cherchera à maintenir le rythme bâti/espace ouvert sur la rue. Il pourra ainsi, selon sa situation : / - poursuivre un front bâti sur rue en s'inscrivant à l'alignement sur la rue (en limitant le linéaire construit à une trentaine de mètres). / - créer ou maintenir une ponctuation végétale, une respiration, une ouverture visuelle, une porosité, une interruption dans le front bâti sur rue. Ces ponctuations seront permises par une mise à distance des bâtis voisins ou par un recul du bâti, et seront végétalisées ou accompagnées de végétal. ".

17. Les dispositions précitées de l'orientation d'aménagement et de programmation sont applicables aux tissus urbains constitués dans des noyaux anciens. Si les requérants soutiennent que ces dispositions sont méconnues dès lors que ne sont pas préservées les alternances d'espaces ouverts et fermés et que le linéaire de façade du projet mesure le double de celui préconisé, il n'est pas établi que le terrain d'assiette du projet serait situé dans un noyau urbain ancien. En tout état de cause, il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet se trouverait ne dans la continuité d'un autre bâtiment aligné sur la rue. En outre, il ressort du plan paysager joint au dossier de demande de permis de construire que le projet comporte des espaces verts permettant la transition avec la rue et les parcelles adjacentes. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'orientation d'aménagement et de programmation " Paysage et biodiversité " doit être écarté.

18. Aux termes de l'article 4.2 du règlement de la zone UD1 du plan local d'urbanisme intercommunal de Grenoble Alpes Métropole : " Implantation des constructions par rapport aux limites séparatives / En complément des règles figurant ci-dessous, il convient de se reporter aux dispositions de l'article 4.2 des règles communes (dans les dispositions générales). / • Règle générale / 1. Implantation en limite / Sauf dispositions contraires mentionnées sur le document graphique D1 " Atlas des formes urbaines : implantations et emprises ", l'implantation des constructions sur limites séparatives est autorisée dans les cas suivants : / 1.1 Sur une profondeur de 20 mètres comptés à partir de l'alignement ou de la limite de fait (bande d'implantation) / s'il existe sur l'unité ou les unités foncière(s) voisine(s), au droit de la construction projetée : / . un mur pignon dépourvu d'ouvertures implanté en limite ou à moins de 5 m de cette limite, / . une construction principale implantée à plus de 5 m de la limite séparative, / . ou s'il n'existe aucune construction sur l'unité ou les unités foncière(s) voisine(s), au droit de la construction projetée. / 1.2 Au-delà d'une profondeur de 20 mètres comptés à partir de l'alignement ou de la limite de fait (bande d'implantation) : / - s'il existe en limite séparative un mur pignon dépourvu d'ouvertures, la construction peut venir s'y adosser avec un linéaire sur limite inférieur ou égal à celui du pignon auquel elle s'adosse. / - si la hauteur de la construction projetée est inférieure ou égale à 3,50m. ".

19. Contrairement à ce que soutiennent les requérants, les règles précitées d'implantation par rapport aux limites séparatives ne sont pas définies au regard de la profondeur du bâtiment pris dans son ensemble mais varient en fonction de la profondeur du terrain d'assiette de la construction comptée à partir de l'alignement. S'il ressort des pièces du dossier de demande de permis de construire, qu'une partie de la façade sud-ouest du bâtiment projeté, correspondant à l'accès au stationnement souterrain et à une terrasse en R+1, est implantée en limite séparative, il n'est pas contesté que cette partie litigieuse de la construction est située à moins de vingt mètres de l'alignement et qu'au droit de cette construction, le bâtiment présent sur l'unité foncière voisine est situé à plus de cinq mètres de la limite séparative. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet méconnaît l'article 4.2 du règlement de la zone UD1 du plan local d'urbanisme intercommunal de Grenoble Alpes Métropole.

20. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme F et autres ne sont pas fondés à demander l'annulation de l'arrêté du 25 novembre 2020 et de la décision de rejet de leur recours gracieux.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

21. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de laisser à chaque partie la charge de ses propres frais de procédure.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme F et autres est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Saint-Martin-d'Hères et la société Gilles Trignat Résidences en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme B F en application des dispositions de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, à la commune de Saint-Martin-d'Hères et à la société Gilles Trignat Résidences.

Délibéré après l'audience du 28 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Jourdan, présidente rapporteur,

Mme Barriol, première conseillère,

Mme Beauverger, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2022.

La présidente-rapporteure,

D. Jourdan

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

E. Barriol

La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°210264

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