Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2102716

jeudi 19 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2102716
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSCP GUIDETTI BOZZARELLI LE MAT

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble a rejeté la requête de Mme C A et Mme B A demandant l'annulation de la décision du maire de Tencin refusant d'abroger partiellement le plan local d'urbanisme (PLU) pour le classement de leurs parcelles en zone A (agricole). Les requérantes invoquaient une erreur manifeste d'appréciation et une méconnaissance de l'article L. 122-10 du code de l'urbanisme. Le tribunal a jugé que le classement était cohérent avec le parti d'aménagement visant à limiter l'étalement urbain et à préserver les terres agricoles, et que les parcelles, vierges de constructions et déclarées au registre parcellaire agricole, justifiaient ce zonage. La solution retenue s'appuie sur les articles R. 151-23 et L. 122-10 du code de l'urbanisme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 avril 2021, Mme C A et Mme B A, représentées par Me Korkus, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 24 février 2021 par laquelle le maire de la commune de Tencin a rejeté leur demande d'abrogation partielle de la délibération approuvant le plan local d'urbanisme en ce qu'elle classe les parcelles cadastrées section B n° 1219, 1220, 1221 et 1222 en zone A ;

2°) d'enjoindre au maire de Tencin d'inscrire à l'ordre du jour d'un prochain conseil municipal l'abrogation partielle de la délibération approuvant le plan local d'urbanisme ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Tencin une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que le classement en zone A des parcelles cadastrées section B n° 1219, 1220, 1221 et 1222 en zone A méconnaît l'article L. 122-10 du code de l'urbanisme, est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de fait.

Par des mémoires en défense enregistrés le 26 août 2021 et le 14 mars 2024, la commune de Tencin, représentée par Me Bozzarelli, conclut au rejet de la requête, et à ce que soit mise à la charge des requérantes une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Mme B A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 août 2021.

La demande d'aide juridictionnelle de Mme C A a été rejetée par une décision du 19 août 2021.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Barriol ;

- les conclusions de Mme D ;

- et les observations de Me Le Mat, représentant la commune de Tencin.

Considérant ce qui suit :

1. Par délibération du 11 mars 2020, le conseil municipal de Tencin a approuvé la révision de son plan local d'urbanisme. Par courrier daté du 3 février 2021, Mmes A ont demandé au maire de saisir le conseil municipal afin qu'il soit procédé à l'abrogation du plan local d'urbanisme en tant qu'il maintien leurs parcelles cadastrées section B n° 1219, 1220, 1221 et 1222 en zone A. Le maire a rejeté cette demande par une décision du 24 février 2021 dont Mme C A et Mme B A demandent l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 151-23 du code de l'urbanisme : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles. ".

3. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. S'ils ne sont pas liés, pour déterminer l'affectation future des différents secteurs, par les modalités existantes d'utilisation des sols, dont ils peuvent prévoir la modification dans l'intérêt de l'urbanisme, leur appréciation peut cependant être censurée par le juge administratif au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.

4. Mmes A sont propriétaires des parcelles cadastrées section B n° 1219, 1220, 1221 et 1222 au lieu-dit " Pré Longuet " dans la commune de Tencin classées en zone A. Ces parcelles situées à l'extrémité Nord de la commune d'une superficie d'environ 4 974 m2 sont vierges de toutes constructions. Si les parcelles 1220 et 1221 jouxtent au Sud une zone UC, elles sont bordées à l'Est (parcelle 442) et au Nord (1124 et 1125) par des parcelles également classées en zone A. Il ressort du site Géoportail accessible au juge et aux parties que les parcelles sont déclarées au registre parcellaire agricole. La circonstance que le ténement bénéficierait du réseau d'eaux usées tout comme le fait qu'une grange aurait été rénovée sur la parcelle 1125, d'ailleurs sans autorisation, selon la commune, ne fait pas obstacle au classement en zone A des parcelles litigieuses. En outre, le fait qu'un débouché sur la rue " Sous la Tour " peut être envisagé afin d'éviter la création d'un accès sur une voie de grande circulation, est sans incidence sur la légalité de ce classement. Enfin, celui-ci est par ailleurs cohérent avec le parti d'aménagement retenu par les auteurs du plan local d'urbanisme qui ont entendu lutter contre l'étalement urbain et limiter la consommation d'espace à bâtir pour ne pas dégrader l'environnement agricole et naturel. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation et de l'erreur de fait doit être écarté.

5. Aux termes de l'article L. 122-10 du code de l'urbanisme : " Les terres nécessaires au maintien et au développement des activités agricoles, pastorales et forestières, en particulier les terres qui se situent dans les fonds de vallée, sont préservées. La nécessité de préserver ces terres s'apprécie au regard de leur rôle et de leur place dans les systèmes d'exploitation locaux. Sont également pris en compte leur situation par rapport au siège de l'exploitation, leur relief, leur pente et leur exposition ".

6. Le choix par les auteurs d'un plan local d'urbanisme de classer des parcelles en zone agricole ne peut méconnaitre l'article L. 122-10 du code de l'urbanisme qui poursuit précisément l'objectif de préserver les terres agricoles.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par les requérantes doivent être rejetées.

8. Il y a lieu de rejeter également, par voie de conséquence, les conclusions à fins d'injonction, le présent jugement n'impliquant aucune mesure d'exécution.

Sur les frais d'instance :

9. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par Mmes A doivent dès lors être rejetées.

10. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la commune de Tencin, sur le fondement de ces dispositions qui doivent ainsi être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de Mmes A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Tencin sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à Mme B A et à la commune de Tencin.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Thierry, président,

Mme Beytout, première conseillère,

Mme Barriol, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.

La rapporteure,

E. Barriol

Le président,

P. ThierryLa greffière,

A. Zanon

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2102716