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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2102719

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2102719

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2102719
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCABINET BERGER AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 29 avril 2021 et le 3 mars 2022, M. B A, représenté par Me Paturat, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 décembre 2020 par lequel le maire de la commune de Saint-Sorlin-de-Morestel a refusé de lui délivrer un permis de construire et la décision du 12 mars 2021 de rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Saint-Sorlin-de-Morestel de lui délivrer le permis de construire sollicité dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Sorlin-de-Morestel la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté de refus de permis de construire attaqué méconnaît l'article A1 du règlement du plan local d'urbanisme de Saint-Sorlin-de-Morestel ;

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article A2 du règlement du plan local d'urbanisme ;

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article A11 du règlement du plan local d'urbanisme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 septembre 2021, la commune de Saint-Sorlin- de-Morestel, représentée par Me Bolleau, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. A la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que

- elle renonce au motif de l'arrêté attaqué relatif aux terrassements ;

- les autres moyens de la requête de M. A ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 20 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au même jour, en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative.

Par un courrier du 1er juillet 2024, le tribunal a informé les parties, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce qu'il était susceptible de procéder à une substitution de base légale en vertu de laquelle le refus de permis de construire est fondé sur l'article A 1 et le 9. de l'article A 2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Saint-Sorlin-de-Morestel.

Par un mémoire enregistré le 3 juillet 2024, M. A a fait connaître ses observations en réponse au moyen relevé d'office.

Par un mémoire enregistré le 3 juillet 2024, la commune de Saint-Sorlin-de-Morestel a fait connaître ses observations en réponse au moyen relevé d'office.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Hamdouch,

- les conclusions de M. Lefebvre, rapporteur public,

- les observations de Me Paturat, représentant M. A, et les observations de Me Louche, représentant la commune de Saint-Sorlin-de-Morestel.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A a déposé, le 10 novembre 2020, une demande de permis de construire en vue de la transformation d'une partie d'une grange agricole en habitation en prolongement de celle existante. Le bâtiment objet du projet est situé sur la parcelle cadastrée section ZB n°152, classée en sous-secteur Aco de la zone A du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune de Saint-Sorlin-de-Morestel. Par un arrêté du 22 décembre 2020, notifié le 29 décembre 2020, le maire de Saint-Sorlin-de-Morestel a refusé de délivrer le permis de construire sollicité. Par un courrier du 11 février 2021, reçu en mairie le 12, M. A a formé un recours gracieux contre cet arrêté, que le maire de Saint-Sorlin-de-Morestel a rejeté par une décision du 12 mars 2021. M. A demande l'annulation de l'arrêté de refus de permis de construire et de la décision de rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article A1 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune de Saint-Sorlin-de-Morestel, relatif aux occupations ou utilisations du sol interdites : " () / 2- En zone Aco, toutes les constructions sont interdites hormis les abris pour animaux ou les matériels liés à une activité agricole, les installations techniques destinées aux services publics, les travaux d'entretien, de valorisation et/ou de remise en état du secteur sous réserve de ne pas porter atteinte à la spécificité du site et dans la limite de 100 m2 d'emprise au sol. () ". Aux termes de l'article A2 du règlement du PLU relatif aux occupations ou utilisations du sol soumises à des conditions particulières : " Sont autorisés sous conditions : () / 5. L'extension et l'aménagement des constructions d'habitation existantes, dans la limite de 50 m2 de surface de plancher supplémentaire en une ou plusieurs fois (superficie à la date d'approbation du PLU faisant foi), dans la mesure où l'alimentation en eau potable est possible par le réseau public, le stationnement des véhicules correspondant aux besoins de l'opération projetée est assuré en dehors des voies publiques et cette extension ne compromet pas l'activité agricole ou la qualité paysagère du site. / 6. Le changement de destination des constructions existantes dans les volumes existants, dès lors qu'il n'engendre pas de gênes graves et irréversibles (sonore, pollution de l'air) pour le voisinage et qu'il ne mette pas en péril une exploitation agricole. Une extension sera autorisée dans la limite de 50 m2 de SP par rapport à la SP initiale calculée à la date d'approbation du PLU. () / 9. En zone Aco et Azh, l'aménagement et l'extension limitée, dans la limite de 30% des bâtiments existants, sont autorisés si ils sont liés et nécessaires à une exploitation agricole. ".

3. Pour refuser de délivrer le permis de construire sollicité par M. A, le maire de Saint-Sorlin-de-Morestel a considéré notamment que le projet méconnaît, d'une part, l'article A 1 du règlement du PLU dans la mesure où il tend à la transformation d'une partie de la grange existante en vue de l'agrandissement de la surface d'habitation existante et, d'autre part, les points 5 et 6 de l'article A 2 du même règlement en ce qu'il emporte extension de la surface d'habitation existante de 132 mètres carrés par changement de destination alors qu'il n'est pas même soutenu que ce projet serait en lien et/ou nécessaire à une exploitation agricole.

4. Lorsque la décision contestée aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, ce fondement peut être substitué à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée.

5. Compte tenu de la motivation en fait que le maire de Saint-Sorlin-de-Morestel a retenu dans la décision contestée, il y a lieu de substituer aux points 5 et 6 de l'article A2 du règlement du PLU, comme base légale du refus critiqué, le point 9. de ce même article dès lors que cette substitution n'a pas pour effet de priver M. A d'une garantie, que, pour la mise en œuvre du point 9., le maire disposait du même pouvoir d'appréciation que lorsqu'il a appliqué les points 5. et 6. de l'article A2 et que les parties ont été informées par le tribunal, par lettre du 1er juillet 2024, de ce que ce dernier était susceptible de procéder d'office à cette substitution de base légale.

6. Il ressort des pièces du dossier que le projet litigieux porte sur la réalisation de travaux sur construction existante en vue de transformer une partie du bâtiment à destination agricole en habitation par l'extension de la partie d'habitation existante en partie Est, pour une surface de 132 mètres carrés de surface de plancher. De tels travaux, qui emportent un changement de destination de la partie Ouest du bâtiment existant à destination de grange, ne peuvent être regardés, au sens des dispositions combinées de l'article A1 et du 9. de l'article A2, comme des travaux d'entretien, de valorisation ou de remise en état et ils ne constituent pas un aménagement ou une extension du bâtiment existant en lien et/ou nécessité à une exploitation agricole. Par suite, le projet pouvait être légalement refusé en application des dispositions précitées de l'article A 1 et du 9. de l'article A 2 du règlement du PLU.

7. En vertu du premier alinéa de l'article L. 421-1 du code de l'urbanisme, les constructions doivent être précédées de la délivrance d'un permis de construire. Aux termes de l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente se prononce par arrêté sur la demande de permis () ". Aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme : " Lorsque la décision rejette la demande (), elle doit être motivée. / Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet () ". Aux termes de l'article L. 600 4 1 de ce code : " Lorsqu'elle annule pour excès de pouvoir un acte intervenu en matière d'urbanisme ou en ordonne la suspension, la juridiction administrative se prononce sur l'ensemble des moyens de la requête qu'elle estime susceptibles de fonder l'annulation ou la suspension, en l'état du dossier ".

8. Une décision rejetant une demande d'autorisation d'urbanisme pour plusieurs motifs ne peut être annulée par le juge de l'excès de pouvoir à raison de son illégalité interne, réserve faite du détournement de pouvoir, que si chacun des motifs qui pourraient suffire à la justifier sont entachés d'illégalité. En outre, en application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, le tribunal administratif saisi doit, lorsqu'il annule une telle décision de refus, se prononcer sur l'ensemble des moyens de la demande qu'il estime susceptibles de fonder cette annulation, qu'ils portent d'ailleurs sur la légalité externe ou sur la légalité interne de la décision. En revanche, lorsqu'il juge que l'un ou certains seulement des motifs de la décision de refus en litige sont de nature à la justifier légalement, le tribunal administratif peut rejeter la demande tendant à son annulation sans être tenu de se prononcer sur les moyens de cette demande qui ne se rapportent pas à la légalité de ces motifs de refus.

9. En l'espèce, dès lors qu'il ressort des pièces du dossier que le maire de Saint-Sorlin-de-Morestel aurait pris la même décision s'il avait retenu le seul motif tiré de la méconnaissance de l'article A1 et du 9. de l'article A2, il y a lieu de rejeter la demande d'annulation de cette décision sans examiner la légalité des autres motifs retenus par le maire.

10. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions attaquées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

11. La présente décision, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A, n'appelle pas de mesures d'exécution. Par suite, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Saint-Sorlin-de-Morestel, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. A demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. A le versement à la commune de Saint-Sorlin-de-Morestel de la somme de 1 500 euros au titre des frais qu'elle a exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : M. A versera à la commune de Saint-Sorlin-de-Morestel la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Saint-Sorlin-de- Morestel.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

M. Thierry, président,

M. Hamdouch, premier conseiller,

Mme Paillet-Augey, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.

Le rapporteur,

S. Hamdouch

Le président,

P. ThierryLa greffière,

A. Zanon

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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