mardi 20 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2102740 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | BORGES DE DEUS CORREIA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 28 avril 2021, 25 février 2022 et 2 août 2022, M. C A, représenté par Me Borges de Deus Correia, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions implicites par lesquelles le préfet de la Drôme a refusé de lui délivrer un récépissé de sa demande de renouvellement de son certificat de résidence algérien mention " vie privée et familiale " et de faire droit à sa demande de renouvellement de ce certificat et de délivrance d'un certificat de résidence de 10 ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Drôme de lui délivrer un certificat de résidence algérien de dix ans, ou, à défaut, de lui délivrer un certificat de résidence algérien temporaire ou, à défaut, de lui délivrer un récépissé avec droit au travail et de lui notifier une nouvelle décision, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 200 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- le refus de délivrance d'un récépissé de sa demande de renouvellement de son certificat de résidence algérien mention " vie privée et familiale " est entaché d'un défaut de motivation et méconnaît les dispositions de l'article R. 311-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- les refus de délivrance certificat de résidence algérien d'un an mention " vie privée et familiale " et de délivrance d'un certificat de résidence algérien de 10 ans sont entachés d'un vice de procédure en raison d'un défaut de consultation préalable de la commission du titre de séjour, méconnaissent les articles 6 et 7 bis de l'accord franco-algérien, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention des droits de l'enfant et sont entachés d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par des mémoires en défense enregistrés les 23 février 2022 et 31 août 2022, la préfète de la Drôme conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- les conclusions tendant à l'annulation de la décision implicite de rejet d'une demande de titre de séjour sont irrecevables dès lors qu'elle a informé M. A qu'étant obligé de quitter le territoire, elle ne pouvait répondre favorablement à sa demande ;
- les demandes adressées les 29 janvier 2021 et 1er avril 2021 ne peuvent s'apparenter au dépôt d'un dossier complet qui aurait pu conduire à une décision de l'administration d'acceptation ou de refus d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour ou d'une délivrance d'un récépissé ;
- les conclusions tendant à l'annulation de la décision implicite de refus de renouvellement du certificat de résidence algérien d'un an mention " vie privée et familiale " sont tardives ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 août 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales
- la convention relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant algérien, s'est vu délivrer un certificat de résidence algérien d'un an mention " vie privée et familiale " en tant que parent d'enfant français valable jusqu'au 21 septembre 2019. Il ressort des échanges de courriels entre Me Clément et la préfecture de la Drôme le 29 septembre 2020 que M. A a sollicité une demande de renouvellement de ce certificat en septembre 2019. Suite à son interpellation par les services de police le 6 mars 2020 pour état d'ébriété sur la voie publique et rébellion, le préfet de la Drôme l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours par arrêté du 7 mars 2020. Par courrier du 11 mars 2020, M. A a sollicité une carte de résident de 10 ans. M. A demande au tribunal d'annuler les décisions implicites par lesquelles le préfet de la Drôme a refusé de lui délivrer un récépissé de sa demande de renouvellement de son certificat de résidence algérien d'un an mention " vie privée et familiale " et de faire droit à sa demande de renouvellement de ce certificat et de délivrance d'un certificat de résidence de 10 ans.
Sur les fins de non-recevoir opposées par le préfet de la Drôme :
2. En premier lieu, s'il ressort des échanges de courriels entre Me Clément et la préfecture de la Drôme le 29 septembre 2020 que M. A a déposé une demande de renouvellement du certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " en septembre 2019, cette demande a été implicitement rejetée en janvier 2020. Contrairement à ce que soutient la préfète de la Drôme, son courriel du 29 septembre 2020 ne constitue pas une décision expresse de rejet de cette demande mais un courrier explicatif de la situation du requérant. La préfète de la Drôme n'est donc pas fondée à soutenir qu'elle aurait pris une décision expresse rejetant cette demande. Par ailleurs, les courriers des 29 janvier 2021 et 1er avril 2021 ne constituent pas des nouvelles demandes de titre de séjour mais un rappel de la précédente demande de M. A dont celle tendant à la délivrance d'un certificat de résidence algérien d'un an mention " vie privée et familiale ". Dans ces conditions, la fin de non-recevoir tirée de l'absence de décision implicite de rejet de la demande de M. A tendant à la délivrance d'un certificat de résidence algérien d'un an mention " vie privée et familiale " en raison de l'incomplétude des demandes de titre de séjour des 29 janvier 2021 et 1er avril 2021 et, par suite, de la délivrance d'un récépissé doit être écartée.
3. En second lieu, l'article R. 421-1 du code de justice administrative dispose que " la juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification () de la décision attaquée. () ". Par ailleurs, l'article L.112-3 du code des relations entre le public et l'administration prévoit que toute demande adressée à l'administration fait l'objet d'un accusé de réception. En vertu de l'article L. 112-6 du code des relations entre le public et l'administration : " Les délais de recours ne sont pas opposables à l'auteur d'une demande lorsque l'accusé de réception ne lui a pas été transmis ou ne comporte pas les indications exigées par la réglementation () ".
4. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la demande de M. A de septembre 2019 tendant à la délivrance d'un certificat de résidence algérien d'un an mention " vie privée et familiale " auprès de la préfète de la Drôme aurait fait l'objet d'un accusé de réception mentionnant les voies et délais de recours conformément aux dispositions précitées. Il suit de là que le délai de recours contentieux prévu à l'article R. 421-1 du code de justice administrative n'est pas opposable à M. A lequel a, par ailleurs, introduit son recours moins d'un an après avoir eu connaissance de cette décision par courriel du 29 septembre 2020. Dans ces conditions, la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté des conclusions à fin d'annulation de la décision implicite rejetant la demande de délivrance d'un certificat de résidence algérien d'un an mention " vie privée et familiale " doit être écartée.
Sur la légalité des décisions implicites de rejet de la demande de délivrance d'un certificat de résidence algérien mention " vie privée et familiale " d'un an et d'un certificat de résidence de dix ans :
5. En premier lieu, aux termes de l'article 6-4 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins () ". Le g) de l'article 7 bis de ce même accord prévoit que le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit sous réserve de la régularité du séjour au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français résidant en France, à la condition qu'il exerce, même partiellement, l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins, à l'échéance de son certificat de résidence d'un an.
6. M. A soutient que s'il a divorcé en mai 2016 de son épouse qui réside à Montélimar, il entretient des relations effectives avec leur enfant malgré les refus de son ex-épouse. Cependant, la seule production d'attestations et la déclaration de mains courantes postérieures aux décisions attaquées ne suffit pas à justifier que M. A subvienne effectivement aux besoins de son enfant alors que la préfète de la Drôme produit trois déclarations de main courante de mars, avril et juillet 2017 déposées par son ex-épouse selon lesquelles le requérant n'a pas réglé sa pension alimentaire en mars 2017 et ne s'est pas présenté pour exercer son droit de garde. Par ailleurs, le requérant n'établit ni même n'allègue exercer même partiellement l'autorité parentale à l'égard de son enfant. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des articles 6-4 et 7 bis g) de l'accord franco-algérien doivent être écartés.
7. En deuxième lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, le requérant n'est pas au nombre des étrangers pouvant obtenir de plein droit la délivrance d'un titre de séjour en application des articles 6-4 et 7 bis g) de l'accord franco-algérien. Ainsi, la préfète n'était pas tenue de soumettre son cas à la commission du titre de séjour avant de rejeter ses demandes de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré du défaut de saisine de la commission du titre de séjour doit être écarté.
8. En troisième lieu, si M. A réside en France depuis plus de cinq ans à la date des décisions attaquées, il est célibataire à la suite de son divorce prononcé en mai 2016. Par ailleurs, comme indiqué précédemment, M. A n'établit pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de son enfant et n'établit ni même n'allègue exercer même partiellement l'autorité parentale à l'égard de celui-ci. Si ses parents, ses frères et sœurs sont titulaires de titres de séjour ou sont de nationalité française, il n'établit pas être dépourvu d'attaches privées et familiales dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt ans. Par ailleurs, avant le dépôt de sa demande de certificat de résidence de dix ans, M. A a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français devenue définitive. Dans ces conditions, les décisions attaquées n'ont pas porté au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels ces décisions ont été prises. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.
Sur la légalité de la décision implicite de rejet de délivrance d'un récépissé de la demande de renouvellement du certificat de résidence algérien d'un an mention " vie privée et familiale " :
9. Aux termes de l'article R. 311-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction alors applicable : " Il est remis à tout étranger admis à souscrire une demande de première délivrance ou de renouvellement de titre de séjour un récépissé qui autorise la présence de l'intéressé sur le territoire pour la durée qu'il précise () ". En dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, et de demandes de titre de séjour présentées après qu'une mesure d'éloignement a été prise à l'encontre d'un étranger, l'autorité administrative chargée d'instruire une demande de titre de séjour ne peut refuser de l'enregistrer et d'en délivrer récépissé, que si le dossier présenté à l'appui de cette demande est incomplet.
10. Comme il a été dit au point 1, il ressort des échanges de courriels entre Me Clément et la préfecture de la Drôme le 29 septembre 2020 que M. A a déposé une demande de renouvellement du certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " en septembre 2019. Il n'est ni soutenu, ni allégué en défense, que cette demande aurait dû être considérée comme incomplète en raison de pièces manquantes ni que sa demande aurait présenté un caractère abusif ou dilatoire. Par suite et dès lors que l'obligation de quitter le territoire français prise le 7 mars 2020 est intervenue postérieurement au dépôt de cette demande, il incombait à la préfète de la Drôme, en application des dispositions précitées, de délivrer à M. A un récépissé de demande de titre de séjour. En l'absence d'une telle délivrance, ce dernier est fondé à demander, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'autre moyen de la requête concernant cette décision, l'annulation de la décision implicite par laquelle le préfet de la Drôme a refusé de lui délivrer le récépissé.
11. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision implicite de la préfète de la Drôme refusant de lui délivrer un récépissé de demande de renouvellement du certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale ".
Sur les conclusions à fin d'injonction :
12. Compte tenu du rejet implicite de la demande de renouvellement du certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " et de l'obligation de quitter le territoire français édictée le 7 mars 2020 et devenue définitive, l'annulation de la décision implicite de la préfète de la Drôme refusant de délivrer à M. A un récépissé de demande de renouvellement du certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " n'implique aucune mesure d'exécution. Par ailleurs, compte tenu des motifs du présent jugement, les conclusions à fin d'injonction de délivrance d'un certificat de résidence algérien d'un an portant la mention " vie privée et familiale " et de délivrance d'un certificat de résidence de dix ans doivent être rejetées.
Sur les frais de justice :
13. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme quelconque au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er :La décision de la préfète de la Drôme refusant de délivrer à M. A un récépissé de renouvellement du certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est annulée.
Article 2 :Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 :Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la préfète de la Drôme.
Délibéré après l'audience du 6 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Sogno, président,
Mme Bedelet, première conseillère,
Mme Holzem, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2022.
La rapporteure,
A. B
Le président,
C. Sogno
Le greffier,
P. Muller
La République mande et ordonne à la préfète de la Drôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026