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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2102751

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2102751

mardi 7 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2102751
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSCHURMANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 avril 2021, M. A B, représenté par Me Schürmann, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision par laquelle le préfet de l'Isère a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai de 5 jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- cette décision est entachée d'erreur de droit.

Par un mémoire en défense et des pièces, enregistrés les 31 mai 2021 et 20 janvier 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. d'Argenson, premier conseiller.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant ivoirien né le 3 octobre 2002, déclare être entré en France en 2018 alors qu'il était mineur. Il a été placé à l'aide sociale à l'enfance jusqu'à sa majorité le 3 octobre 2020. Il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 15 octobre 2020 assortie d'une interdiction de retour d'une durée d'un an, confirmées par un jugement du tribunal administratif de Grenoble du 22 octobre 2020 puis par un arrêt de la Cour administrative d'appel de Lyon du 15 avril 2021. M. B a de nouveau, par courriels des 18 janvier 2021 et 2 février 2021, sollicité le préfet de l'Isère pour le dépôt d'une demande de titre de séjour. Dans la présente instance, M. B demande l'annulation de la décision implicite par laquelle le préfet de l'Isère a refusé l'enregistrement de sa demande.

2. M. B ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 11 août 2021, il n'y a pas lieu de statuer sur sa demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire.

3. Aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. () ". En l'espèce, M. B n'allègue pas avoir vainement demandé la communication des motifs de la décision implicite de rejet qu'il conteste. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'un défaut de motivation.

4. Aux termes de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise () ". Il résulte de ces dispositions qu'en dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'autorité administrative chargée d'instruire une demande de titre de séjour ne peut refuser de l'enregistrer, et de délivrer le récépissé y afférent, que si le dossier présenté à l'appui de cette demande est incomplet. Le caractère abusif ou dilatoire de la demande doit s'apprécier compte tenu d'éléments circonstanciés.

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la demande de titre de séjour présentée par M. B a été introduite le 18 janvier 2021, soit seulement 3 mois après avoir fait l'objet, le 15 octobre 2020, d'une obligation de quitter le territoire français assortie d'une interdiction de retour d'une année, confirmées par un jugement du tribunal administratif du 22 octobre 2020, lequel a en outre estimé que le préfet avait à bon droit considéré que l'intéressé représentait une menace pour l'ordre public. Ainsi, à la date où cette demande d'enregistrement a été présentée, alors qu'il n'est pas allégué qu'elle aurait comporté des éléments que l'intéressé n'aurait pas pu faire valoir devant le tribunal administratif, elle doit être regardée comme n'ayant pour seul objet que de faire obstacle à l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français du 15 octobre 2020, confirmée ultérieurement par la cour administrative d'appel de Lyon. Cette demande présentait ainsi un caractère dilatoire et c'est sans commettre d'erreur de droit que le préfet de l'Isère a refusé d'enregistrer sa demande.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1 : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 24 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Vial-Pailler, président rapporteur,

M. d'Argenson, premier conseiller,

Mme Fourcade, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 février 2023.

Le rapporteur,

P.-H. D'ARGENSON

Le président,

C. VIAL-PAILLER

Le greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2102751

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