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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2102831

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2102831

vendredi 30 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2102831
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation7ème Chambre
Avocat requérantHUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 mai 2021, M. A B, représenté par Me Huard, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 26 avril 2021 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir à son profit les conditions matérielles d'accueil sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à payer à son conseil au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle entachée d'un vice de procédure dès lors qu'en méconnaissance des dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers la décision a été prise sans tenir compte de sa situation de vulnérabilité ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle lui refuse le rétablissement des conditions matérielles d'accueil alors qu'il n'en a jamais bénéficié ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 744-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il justifiait d'un motif légitime pour avoir déposé tardivement sa demande d'asile ;

- elle viole les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er juin 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 août 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Heintz, premier conseiller.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tchadien, a déclaré être entré en France le 24 août 2020. Le 18 mars 2021, il a présenté au guichet de la préfecture de l'Isère une demande d'asile. Par une décision du 18 mars 2021, l'Office français de l'intégration et de l'immigration (OFII) a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, en raison du dépôt tardif de sa demande d'asile, plus de quatre-vingt-dix jours après son entrée sur le territoire. Le 31 mars 2021, il a formé un recours gracieux contre cette décision qui a été rejeté par une décision du 26 avril 2021. M. B doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 18 mars 2021, ensemble le rejet de son recours gracieux en date du 26 avril 2021.

2. Aux termes de l'article L. 744-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable à la date d'enregistrement de la demande d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile () sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de la demande d'asile () ". Aux termes de l'article L. 744-6 du même code : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. () ". Aux termes de l'article L. 744-8 du même code : " Outre les cas, mentionnés à l'article L. 744-7, dans lesquels il est immédiatement mis fin de plein droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le bénéfice de celles-ci peut être : / () / 2° Refusé si le demandeur présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ou s'il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2. () ". Le délai prévu par le 3° du III de l'article L. 723-2 est de quatre-vingt-dix jours à compter de l'entrée en France du demandeur d'asile.

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. La décision litigieuse de l'OFII comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est suffisamment motivée même si elle n'explicite pas certains éléments dont M. B entend se prévaloir comme sa situation de précarité. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B a pu bénéficier d'un entretien lors de son enregistrement au guichet unique des demandeurs d'asile le 18 mars 2021, au cours duquel sa situation personnelle a été évaluée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en particulier celui tiré de l'absence d'entretien de vulnérabilité, doit être écarté.

6. En troisième lieu, si l'entête de la décision du 26 avril 2021 mentionne une " notification de refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil ", il ressort tant des termes de la décision du 18 mars 2021 que de celle du 26 avril 2021, que l'OFII a refusé d'accorder à M. B le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif que sa demande d'asile a été présentée plus de quatre-vingt-dix jours après son entrée en France. Par suite, compte tenu de cette erreur de plume, le requérant ne peut utilement soutenir que, n'ayant jamais obtenu auparavant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, la décision attaquée serait entachée d'un défaut de base légale en mentionnant le refus de rétablir à son profit les conditions matérielles d'accueil. Ce moyen ne peut donc qu'être écarté.

7. En quatrième lieu, l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 ayant été transposé en droit interne, M. B ne peut utilement soutenir que la décision en litige méconnaîtrait ces dispositions. Le moyen correspondant doit donc être écarté.

8. En cinquième lieu, pour refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à M. B, l'OFII s'est fondé sur le fait que, sans motif légitime, l'intéressé avait présenté sa demande d'asile plus de quatre-vingt-dix jours après son entrée en France, soit au-delà du délai prévu par les dispositions précitées du 3° de l'article L. 723-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si ce dépassement de délai n'est pas contesté, M. B soutient que l'OFII aurait dû tenir compte des circonstances qui l'ont conduit à déposer sa demande tardivement. Toutefois, en se bornant à soutenir que ce n'est que postérieurement à son entrée régulière en France, pour y suivre un stage auprès du ministère des armées, que des évènements se seraient produits au Tchad le conduisant à craindre pour sa vie en cas de retour dans son pays d'origine, sans autre précision, le requérant n'établit pas qu'un " motif légitime " justifiait le dépassement des délais, au sens des dispositions précitées de l'article L. 723-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 744-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

9. En sixième lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

10. M. B n'établit pas la situation d'extrême précarité dont il se prévaut. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

11. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 8 et 10, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

12. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Huard et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 16 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. L'Hôte, président,

M. Heintz, premier conseiller,

Mme Bardad, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 juin 2023.

Le rapporteur,

M. HEINTZ

Le président,

V. L'HÔTELa greffière,

L. ROUYER

La République mande et ordonne au ministère de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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