vendredi 8 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2102833 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | MAISONOBE - OLLIVIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 4 mai 2021, M. A B, représenté par Me Ollivier, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision en date du 10 novembre 2020 par laquelle le préfet de l'Isère a rejeté sa demande de regroupement familial au profit de son fils, ensemble la décision du 9 mars 2021 ayant rejeté son recours gracieux formé le 7 décembre 2020 ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de faire droit à sa demande de regroupement familial dans un délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa demande dans un délai d'un mois, l'ensemble sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;
- elle est entachée d'erreur de fait ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 avril 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 13 avril 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 mai 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- décret n° 2015-1740 du 24 décembre 2015 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Bourion, première conseillère.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant burkinabé, est entré régulièrement en France le 24 octobre 2013 sous couvert d'un visa C et s'est marié le 28 novembre 2015 avec une ressortissante française. Titulaire d'une carte de résident depuis le 14 janvier 2019, il a sollicité le 13 mai 2019 le bénéfice du regroupement familial au profit de sa fille née le 13 avril 2014 et de son fils né le 7 juin 2001. Par décision du 9 mars 2021 confirmant, sur recours gracieux, celle du 10 novembre 2020, le préfet de l'Isère a décidé d'accueillir favorablement la demande d'introduction en France au titre du regroupement familial de la fille de M. B mais a refusé la demande formulée pour son fils. Si, dans sa requête, M. B conteste uniquement la décision du 9 mars 2021, il doit être regardé comme demandant également l'annulation de la décision du 10 novembre 2020.
2. En premier lieu, la décision du 10 novembre 2020 a été signée par Mme C, cheffe du service de l'immigration et de l'intégration de la préfecture de l'Isère, qui avait reçu à cet effet délégation de signature par un arrêté du préfet du 25 août 2020 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du 27 août et donc opposable au requérant. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de cet acte doit être écarté. Par ailleurs, les moyens critiquant les vices propres dont la décision de rejet du recours gracieux serait entachée ne peuvent être utilement invoqués à l'appui d'une requête dirigée à la fois contre cette décision de rejet et la décision initiale ayant fait l'objet du recours gracieux. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision du 9 mars 2021 est inopérant.
3. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 411-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en vigueur à la date des décisions attaquées et dont les dispositions sont désormais reprises à l'article L. 434-2 du même code : " Le ressortissant étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial, par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans, et les enfants du couple mineurs de dix-huit ans. ". Aux termes de l'article R. 411-3 de ce code, alors en vigueur et désormais repris à l'article R. 434-3 : " L'âge du conjoint et des enfants pouvant bénéficier du regroupement familial est apprécié à la date du dépôt de la demande. ".
4. D'autre part, l'article L. 111-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur et désormais repris à l'article L. 811-2 du même code, dispose que : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. ". Aux termes de l'article 47 du code civil, dans sa rédaction alors applicable : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. ". Enfin, aux termes de l'article 1er du décret susvisé du 24 décembre 2015 relatif aux modalités de vérification d'un acte de l'état civil étranger : " Lorsque, en cas de doute sur l'authenticité ou l'exactitude d'un acte de l'état civil étranger, l'autorité administrative saisie d'une demande d'établissement ou de délivrance d'un acte ou de titre procède ou fait procéder, en application de l'article 47 du code civil, aux vérifications utiles auprès de l'autorité étrangère compétente, le silence gardé pendant huit mois vaut décision de rejet. Dans le délai prévu à l'article L. 231-4 du code des relations entre le public et l'administration, l'autorité administrative informe par tout moyen l'intéressé de l'engagement de ces vérifications ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.
5. Pour refuser le bénéfice du regroupement familial en faveur du fils du requérant, le préfet de l'Isère s'est fondé sur la copie intégrale de l'acte de naissance de ce dernier, délivrée par l'officier d'état civil de Bobo-Diolassou (Burkina Fasso) le 19 mai 2019 et jointe à son dossier déposé le 21 mai 2019, ainsi qu'en atteste l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Or, selon cet acte de naissance, le fils de M. B, né le 1er janvier 2001, était déjà majeur à la date du dépôt complet du dossier de demande de regroupement familial et ne pouvait pas, en conséquence, bénéficier de ce dispositif. M. B a par la suite produit, à l'appui de son recours gracieux, une nouvelle copie intégrale de l'acte de naissance de son fils, délivrée cette fois-ci le 8 janvier 2020 et faisant état d'une nouvelle date de naissance au 1er juin 2001. Dans sa décision du 9 mars 2021, le préfet de l'Isère a maintenu sa position au motif qu'il s'est fondé sur les éléments connus au moment de sa décision initiale, et que le nouvel acte communiqué le 8 janvier 2020 aurait été élaboré pour les besoins de la cause. M. B fait alors valoir que l'authenticité du nouvel acte de naissance serait corroborée par les ordonnances de garde d'enfant et d'autorisation parentale rendues par le président du tribunal de grande instance de Bobo-Diolassou, respectivement les 9 et 11 avril 2019, qui confirmeraient dans leurs visas que son fils est né le 1er juin 2001. Il en serait de même pour la copie de son passeport en date du 5 janvier 2021 qui indiquerait une date de naissance au 1er juin 2001. Toutefois, il résulte de l'analyse du nouvel acte de naissance que son caractère apocryphe est révélé notamment par des dates écrites avec un mélange de chiffres et de lettres et que les ordonnances de garde d'enfant et d'autorisation parentale ont été établies sur audition de la mère comme l'indique la mention : " oui la requérante dans ses explications ". Dans ces conditions, M. B, qui n'établit pas que son fils était mineur au moment de sa demande de regroupement familial, n'est pas fondé à soutenir que le préfet de l'Isère aurait entaché sa décision d'une erreur de fait.
6. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. M. B fait valoir que la décision litigieuse porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale eu égard d'une part, à sa vie familiale installée en France où il vit depuis 2013 et où il s'est marié le 28 novembre 2015 avec une ressortissante française qui a donné naissance à leur fils le 9 septembre 2018, et d'autre part, au fait que son épouse et lui-même travaillent et sont propriétaires d'un logement à même d'héberger sa fille et son premier fils. Toutefois, M. B n'apporte pas d'éléments de nature à établir la gravité de l'atteinte dont il se prévaut, alors qu'il ressort des pièces du dossier que son fils ainé a vécu au Burkina-Faso avec sa mère et éloigné de son père depuis 2013 et que le requérant n'a sollicité le regroupement familial pour ce dernier que tardivement, puisqu'il vivait en France depuis déjà cinq ans. Ainsi, la décision litigieuse n'a pas eu, par elle-même, pour effet de porter atteinte à la cellule familiale déjà séparée, entre la France, où vit et travaille M. B, et le Burkina-Faso, où résident la mère de son fils et son fils lui-même. Dans ces conditions, le préfet de l'Isère n'a pas porté au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a pris la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision aurait été édictée en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation en refusant d'accorder à M. B le bénéfice du regroupement familial pour son fils.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 17 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. L'Hôte, président,
Mme Bourion, première conseillère,
Mme Hunault, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 décembre 2023.
La rapporteure,
I. BOURION
Le président,
V. L'HÔTE La greffière,
L. ROUYER
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026