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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2102863

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2102863

jeudi 1 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2102863
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCLEMENT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 mai 2021 et un mémoire enregistré le 4 novembre 2021, Mme B épouse A, représentée par Me Clement, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 19 avril 2021 par laquelle le préfet de la Drôme a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Drôme d'enregistrer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer dans l'attente un récépissé de demande de titre de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme A soutient que :

- la décision contestée méconnaît les articles R. 311-1 et R. 311-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que sa demande ne revêtait pas un caractère abusif ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 18 juin 2021 et 1er juillet 2022, le préfet de la Drôme conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 août 2021.

Par un mémoire enregistré le 21 décembre 2023, le préfet de la Drôme conclut au non-lieu à statuer.

Il fait valoir que Mme A étant bénéficiaire d'un titre de séjour en cours de validité, il y a lieu de prononcer un non-lieu à statuer.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Paillet-Augey.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B épouse A, ressortissante tunisienne née le 1er août 1970, déclare être entrée pour la première fois en France en octobre 2010 sous couvert d'un visa touristique. Par arrêté du 10 février 2016, elle a fait l'objet d'une première mesure d'éloignement. Le 10 septembre 2019, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 et de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que des articles 7 quater et 11 de l'accord franco-tunisien. Par un arrêté du 3 janvier 2020, le préfet de la Drôme a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Le recours exercé par Mme A contre cet arrêté a été rejeté par un jugement du tribunal administratif de Grenoble du 30 juin 2020. Le 3 février 2021, Mme A a sollicité de nouveau la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en se prévalant de sa vie privée et familiale en France.

Sur l'exception de non-lieu à statuer soulevée par le préfet en défense :

2. Il ressort des pièces du dossier que Mme A, postérieurement à l'introduction de la présente requête, a obtenu un titre de séjour d'un an valable du 18 octobre 2022 au 17 octobre 2023, renouvelé pour un an jusqu'au 17 octobre 2024, en application de l'article 7 ter d°) de l'accord franco-tunisien qui permet la délivrance de plein droit d'un tel titre de séjour si l'étranger a résidé habituellement en France depuis 10 ans.

3. Un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n'a d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Si, avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif faute d'être critiqué dans le délai du recours contentieux, il emporte alors disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté, ce qui conduit à ce qu'il n'y ait lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite du pourvoi dont il était saisi. Dans le cas où l'administration se borne à procéder à l'abrogation de l'acte attaqué, cette circonstance prive d'objet le pourvoi formé à son encontre, à la double condition que cet acte n'ait reçu aucune exécution pendant la période où il était en vigueur et que la décision procédant à son abrogation soit devenue définitive.

4. A supposer que la délivrance à Mme A d'un titre de séjour postérieurement à l'introduction de la présente requête emporte abrogation du refus d'enregistrement en litige, l'exécution de cette dernière décision a produit des effets, privant Mme A d'un titre de séjour jusqu'au 18 octobre 2022. Par suite, l'exception de non-lieu à statuer opposée par le préfet de la Drôme doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. Aux termes de l'article R. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version en vigueur à la date de la décision attaquée : " Tout étranger, âgé de plus de dix-huit ans ou qui sollicite un titre de séjour () est tenu de se présenter () à la préfecture ou à la sous-préfecture, pour y souscrire une demande de titre de séjour du type correspondant à la catégorie à laquelle il appartient () ". Aux termes de l'article R. 311-4 du même code : " Il est remis à tout étranger admis à souscrire une demande de première délivrance ou de renouvellement de titre de séjour un récépissé qui autorise la présence de l'intéressé sur le territoire pour la durée qu'il précise () ".

6. Il résulte de ces dispositions qu'en dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'autorité administrative chargée d'instruire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour ne peut refuser de l'enregistrer, et de délivrer le récépissé y afférent, que si le dossier présenté à l'appui de cette demande est incomplet. En revanche, le refus d'enregistrer une telle demande au soutien de laquelle est présenté un dossier incomplet ne constitue une décision susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir que si le requérant apporte la preuve du caractère complet du dossier déposé auprès des services préfectoraux.

7. Le simple fait qu'un étranger soit sous le coup d'une obligation de quitter le territoire français exécutoire ne suffit pas à conférer un caractère abusif ou dilatoire à une demande de titre de séjour. Une demande de titre de séjour peut être considérée comme abusive si elle ne présente aucun élément nouveau par rapport à une précédente demande ou si les éléments nouveaux présentés sont purement dilatoires.

8. Par ailleurs, l'article L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version alors en vigueur à la date de la décision dispose que : " A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ; ".

9. En l'espèce, le préfet de la Drôme fait valoir que la demande de titre de séjour de Mme A présentait un caractère abusif, celle-ci développant les mêmes arguments par rapport à sa précédente demande, y compris concernant l'état de santé de son époux et n'avait pour but que de faire obstacle à l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français du 3 janvier 2020, dont la légalité a été confirmée par la juridiction administrative.

10. Toutefois, Mme A, qui a déposé sa nouvelle demande de titre de séjour plus d'un an après sa précédente demande, joint à la procédure des pièces datées des 10 janvier et 26 avril 2021 et soutient entrer dans le champ des dispositions citées au point 8 susceptibles de justifier l'examen de sa demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Elle justifie ainsi d'éléments nouveaux par rapport à la décision précédente que le préfet était tenu d'examiner en procédant à l'enregistrement de sa demande. La décision du 19 avril 2021 par laquelle le préfet a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour doit, par suite, être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. L'annulation prononcée n'implique aucune mesure d'exécution, Mme A étant bénéficiaire d'un titre de séjour en cours de validité, ainsi qu'il a été dit au point 2. Par suite, les conclusions à fin d'injonction de Mme A doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Mme A ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle, son avocate, Me Clement, peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 900 euros qui sera versée à Me Clement.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 19 avril 2021 par laquelle le préfet de la Drôme a refusé d'enregistrer la demande de titre de séjour de Mme A est annulée.

Article 2 :L'Etat versera, en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, une somme de 900 euros à Me Clement, avocate de Mme A.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B épouse A, au préfet de la Drôme et à Me Clement.

Délibéré après l'audience du 18 janvier 2024 à laquelle siégeaient :

M. Thierry, président,

Mme Beytout, première conseillère,

Mme Paillet-Augey, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er février 2024.

La rapporteure,

C. PAILLET-AUGEY Le président,

P. THIERRY

La greffière,

A. ZANON

La République mande et ordonne au préfet de la Drôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 21028632

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