mardi 9 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2102900 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | LARCHER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 mai 2021, Mme B C, représentée par Me Larcher, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 16 mars 2021 par laquelle le président du conseil départemental de l'Isère lui a retiré son agrément d'assistante familiale à compter du 17 mars 2021 ;
2°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 16 mars 2021 par laquelle le président du conseil départemental de l'Isère l'a licenciée à compter du 17 mars 2021 ;
3°) de mettre à la charge du département de l'Isère une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme C soutient que :
- le retrait d'agrément est entaché d'incompétence de son signataire ;
- il est entaché d'un vice de procédure, la commission consultative paritaire départementale ayant méconnu le principe du contradictoire : durée de 20 minutes insuffisante pour présenter sa défense ; le quorum n'était pas atteint, en méconnaissance de l'arrêté n°2017-9574 du 31 octobre 2017 pris par le président du conseil départemental ; la parité n'était pas respectée ;
- la matérialité des faits reprochés n'est pas établie ; notamment, les témoins n'ont pas signé de procès-verbal d'audition et les déclarations orales retranscrites dans l'enquête ne sont pas probantes ;
- les motifs sont entachés d'erreur d'appréciation ;
- la décision de licenciement devra être annulée par voie de conséquence de la décision de retrait d'agrément, en application de l'article L. 423-8 du code de l'action sociale et des familles.
Par un mémoire enregistré le 23 mai 2022, le département de l'Isère conclut au rejet de la requête, au motif que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 25 avril 2023 :
- le rapport de Mme G,
- les conclusions de M. F,
- les observations de Me Larcher, représentant Mme C,
- et les observations de Mme I, représentant le département de l'Isère.
Considérant ce qui suit :
1. Dans la présente instance, Mme C, assistante familiale depuis 2004 et agréée à compter de 2019 à titre dérogatoire par le département de l'Isère pour accueillir quatre enfants, demande au Tribunal l'annulation pour excès de pouvoir des décisions susvisées du 16 mars 2021 portant retrait de son agrément et licenciement.
Sur les conclusions à fin d'annulation:
En ce qui concerne les moyens de légalité externe :
2. La décision du 16 mars 2021 portant retrait d'agrément d'assistante familiale est signée par M. H E, directeur en charge de l'éducation, de la jeunesse et du sport, qui disposait à cet effet d'une délégation de signature par arrêté du 15 septembre 2020, régulièrement publié. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de cette décision manque en fait et doit être écarté.
3. Aux termes du cinquième alinéa de l'article L. 421-3 du code de l'action sociale et des familles applicable aux assistants familiaux: " L'agrément est accordé () si les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des mineurs et majeurs de moins de vingt et un ans accueillis, en tenant compte des aptitudes éducatives de la personne. () ". Aux termes de l'article L. 421-6 du code de l'action sociale et des familles : " () Si les conditions de l'agrément cessent d'être remplies, le président du conseil départemental peut, après avis d'une commission consultative paritaire départementale, modifier le contenu de l'agrément ou procéder à son retrait. En cas d'urgence, le président du conseil départemental peut suspendre l'agrément. Tant que l'agrément reste suspendu, aucun enfant ne peut être confié. () ". Aux termes de l'article R. 421-27 de ce code : " La commission consultative paritaire départementale, prévue par l'article L. 421-6, comprend, en nombre égal, des membres représentant le département et des membres représentant les assistants maternels et les assistants familiaux agréés résidant dans le département./ Le président du conseil départemental fixe par arrêté le nombre des membres de la commission qui peut être de six, huit ou dix en fonction des effectifs des assistants maternels et des assistants familiaux agréés résidant dans le département. ". Aux termes de l'article R. 421-34 de ce code : " La commission se réunit sur convocation de son président et au moins une fois par an./ Elle émet ses avis à la majorité des membres présents ; en cas de partage égal des voix, la voix du président est prépondérante./ La commission établit son règlement intérieur. ". Par ailleurs, aux termes de l'article 3 du règlement intérieur de la commission consultative paritaire départementale de l'Isère daté du 29 octobre 2020: " Le secrétariat de la commission est assuré par un agent de l'administration, non-membre de la commission. ". Aux termes de l'article 7 de ce règlement : " A l'ouverture de la séance, doivent être présents a minima trois représentants des assistants maternels ou familiaux et trois représentants du Conseil départemental de l'Isère () ".
4. En premier lieu, la requérante n'établit pas en quoi les vingt minutes de temps de parole imparties devant la commission consultative paritaire départementale auraient été insuffisantes pour lui permettre de présenter ses observations dans des conditions de nature à permettre le respect du principe du contradictoire.
5. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'un arrêté du 31 octobre 2017 fixe les conditions de quorum pour les réunions de la commission consultative paritaire du département de l'Isère. Le moyen tiré de la méconnaissance des règles de quorum fixée par cet arrêté est donc inopérant et doit être écarté.
6. En troisième lieu, il ressort du procès-verbal de la commission consultative paritaire départementale du 26 février 2021 que trois représentants des assistants maternels et familiaux et trois représentants du conseil départemental de l'Isère étaient présents, composition satisfaisant aux conditions de quorum posées par les dispositions précitées de l'article 7 du règlement du 29 octobre 2020. Par ailleurs, il ressort de ce même procès-verbal que Mme D, chef de service ajointe SAMSE, n'a pas participé au vote et qu'elle assistait donc à la réunion en qualité de secrétaire de la commission, en application des dispositions précitées de l'article 3 du règlement intérieur. Dès lors, Mme C n'est pas fondée à soutenir que le principe de parité aurait été méconnu.
En ce qui concerne les moyens de légalité interne :
7. Il résulte des dispositions précitées des articles L. 421-3 et L. 421-6 du code de l'action sociale et des familles qu'il incombe au président du conseil départemental de s'assurer que les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des enfants accueillis et de procéder au retrait de l'agrément si ces conditions ne sont plus remplies.
8. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée, Mme C accueillait quatre enfants âgés de 15, 12, 10 et 8 ans à son domicile en Isère et séjournait régulièrement dans un camping de Condrieu où la famille possède un mobil-home. Fin novembre 2020, une information préoccupante est parvenue aux services du département de l'Isère, certains usagers du camping s'inquiétant du sort réservé aux deux aînés, assignés en journée à l'extérieur du mobil-home, le garçon de 12 ans dormant en outre quasi systématiquement sous tente. A la suite, une enquête administrative détaillée a été diligentée par le département de l'Isère, à l'origine de la vingtaine de motifs fondant la décision de retrait d'agrément en litige.
9. Parmi ces nombreux motifs, Mme C est fondée à soutenir que la matérialité de certains des faits reprochés n'est pas établie. Il en va notamment ainsi des prétendues violences verbales et physiques du mari de Mme C à l'égard des deux aînés, du refus de donner à ces derniers une carte d'entrée pour accéder à la piscine du camping ou des conditions insatisfaisantes et non sécurisées des chambres situées au sous-sol du domicile. A cet égard, s'il est vrai qu'il avait été suggéré à Mme C de réaliser des travaux dès 2017, la dérogation relative au quatrième enfant accueilli avait néanmoins été renouvelée le 12 octobre 2020, en dépit de l'absence desdits travaux, de sorte que la nécessité de les réaliser pour garantir la sécurité des conditions de couchage n'est pas établie.
10. Toutefois, la décision attaquée se fonde sur deux manquements principaux, tirés de l'insuffisance des capacités éducatives de Mme C et du caractère inapproprié de son positionnement professionnel. Or l'enquête administrative citée au point 8 n'a fait que confirmer le manque d'attention réservé aux deux aînés, à l'origine du signalement transmis par la métropole du Grand Lyon au département de l'Isère dans les conditions rappelées au point 8. Ainsi, alors que la psychiatre du garçon de 12 ans, pour la garde duquel Mme C percevait une indemnité de sujétion exceptionnelle en raison des contraintes particulières liées à sa prise en charge, souligne l'importance que les études revêtent pour lui, deux professionnelles du collège décrivent un suivi scolaire négligeant de la part de Mme C, le manque d'attention de cette dernière à ses besoins, notamment en matière de lecture, ressortant également d'autres pièces du dossier. Par ailleurs, il est constant que ce garçon, pourtant décrit comme très angoissé par sa psychiatre, était seul à ne pas disposer d'un lit dans le mobil-home de Condrieu et son logement sous tente ne résultait donc pas de sa volonté, ce qu'il confirme dans un entretien. Ensuite, des témoignages de tiers sans lien entre eux décrivent, de manière concordante, des propos inappropriés tenus par Mme C à l'égard de ce même garçon, qui n'était pas valorisé au sein de la famille. En outre, il ressort des pièces du dossier que chacun des quatre enfants accueillis nécessitait un suivi multidisciplinaire, et des témoignages de plusieurs professionnels font état d'un mauvais positionnement de Mme C lors des séances, qu'elle pouvait utiliser soit pour répondre à la place des enfants, soit pour exposer ses propres difficultés. Enfin, ces mêmes professionnels ont observé un conflit de loyauté important chez l'un des plus jeunes enfants confiés, provenant en partie d'un attachement inadapté de Mme C à cet enfant. Ainsi, eu égard aux circonstances de l'espèce, notamment à la concordance des témoignages provenant de sources très diverses, dont aucun texte ni principe n'impose le recueil dans des procès-verbaux signés, la matérialité des faits énoncés ci-dessus est établie. Ces seuls faits ne permettant pas de garantir l'épanouissement des enfants confiés, A C n'est pas non plus fondée à soutenir que la décision attaquée portant retrait d'agrément serait entachée d'erreur d'appréciation.
11. Le moyen tiré de l'illégalité de la décision de licenciement par voie de conséquence de l'annulation de la décision de retrait d'agrément doit être écarté par les motifs exposés aux points précédents.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
13. Les conclusions présentées par Mme C, la partie perdante, doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au département de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 25 avril 2023, à laquelle siégeaient :
M. Vial-Pailler, président,
Mme Frapolli, premier conseiller,
Mme Fourcade, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mai 2023.
Le rapporteur,
I. G
Le président,
C. VIAL-PAILLER
Le greffier,
G. MORAND
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N° 2102900
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026