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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2103024

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2103024

mardi 6 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2103024
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSELARL PAILLAT CONTI BORY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 11 mai 2021 et le 18 décembre 2021, M. D A C, représenté par Me Joie, demande au tribunal:

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté n°329-2020 P du 17 septembre 2020 par lequel le maire d'Epagny Metz-Tessy l'a radié des cadres pour abandon de poste, ainsi que la décision du 13 novembre 2020 prise sur recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au maire d'Epagny Metz-Tessy, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement et sous astreinte journalière de 100 euros, de le réintégrer dans son " poste " d'adjoint technique de 2ème classe à compter du 2 octobre 2020 et de reconstituer sa carrière ;

3°) de mettre à la charge de la commune d'Epagny Metz-Tessy une somme de 2 000 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. A C soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée, en méconnaissance des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle méconnaît l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 et l'article 37-11 du décret du 30 juillet 1987, dans la mesure où la reprise d'un agent placé en CITIS n'est soumise à aucune formalité et qu'il a été empêché par son employeur de reprendre ses fonctions ;

- après la mise en demeure, il a justifié des raisons de son absence à la contre-visite ; il a informé son employeur de ses intentions et s'est présenté à son poste le 3 septembre 2020, circonstance faisant obstacle à sa radiation des cadres pour abandon de poste ; la nouvelle affectation contenue dans la décision attaquée est irrégulière, incompatible avec son état de santé et constitue une sanction déguisée ;

- les motifs de la décision attaquée sont entachés d'erreurs de fait.

Par un mémoire enregistré le 11 mars 2022, M. D A C a présenté un mémoire, écarté des débats. En effet Me Joie n'a pas souhaité reprendre à son compte les écritures de son client, alors que M. D E n'a pas renoncé à être représenté par Me Joie, qui reste donc son mandataire unique, en application de l'article R. 431-1 du code de justice administrative.

Par des mémoires enregistrés le 8 octobre 2021, le 21 février 2022 et le 28 mars 2022 (ce dernier non communiqué), la commune d'Epagny Metz-Tessy conclut au rejet de la requête, au motif que les moyens soulevés par M. A C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;

- le décret n°85-1054 du 30 septembre 1985 relatif au reclassement des fonctionnaires territoriaux reconnus inaptes à l'exercice de leurs fonctions ;

- le décret n°87-602 du 30 juillet 1987 pris pour l'application de la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif à l'organisation des comités médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 22 mai 2023 :

- le rapport de Mme Frapolli,

- les conclusions de M. B,

- et les observations de Me Benhadj, représentant la commune d'Epagny Metz-Tessy.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, employé par la commune d'Epagny Metz-Tessy, est adjoint technique territorial titulaire depuis 2015. Le 30 mars 2018, il est victime d'un accident reconnu imputable au service et il est à la suite placé de manière ininterrompue en congé de maladie imputable au service jusqu'au 2 mars 2020. Par un courrier du 25 août 2020, son employeur l'a mis en demeure de justifier son absence à la contre-visite médicale prévue le 6 août, à défaut de se présenter à son poste le 3 septembre 2020 à 8h, sous peine d'une radiation des cadres pour abandon de poste. Dans la présente instance, M. A C demande au tribunal d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 17 septembre 2020 par lequel le maire d'Epagny Metz-Tessy l'a radié des cadres pour abandon de poste, ainsi que la décision du 13 novembre 2020 prise sur recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction sous astreinte:

En ce qui concerne le moyen de légalité externe :

2. L'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il satisfait, dès lors, à l'exigence de motivation définie aux articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration.

En ce qui concerne les moyens de légalité interne :

3. D'une part, une mesure de radiation des cadres pour abandon de poste ne peut être régulièrement prononcée que si l'agent concerné a, préalablement à cette décision, été mis en demeure de rejoindre son poste ou de reprendre son service dans un délai approprié qu'il appartient à l'administration de fixer. Une telle mise en demeure doit prendre la forme d'un document écrit, notifié à l'intéressé, l'informant du risque qu'il court d'une radiation des cadres sans procédure disciplinaire préalable. Lorsque l'agent ne s'est pas présenté et n'a fait connaître à l'administration aucune intention avant l'expiration du délai fixé par la mise en demeure, et en l'absence de toute justification d'ordre matériel ou médical, présentée par l'agent, de nature à expliquer le retard qu'il aurait eu à manifester un lien avec le service, cette administration est en droit d'estimer que le lien avec le service a été rompu du fait de l'intéressé.

4. L'agent en position de congé de maladie n'a pas cessé d'exercer ses fonctions. Par suite, une lettre adressée à un agent à une date où il est dans une telle position ne saurait, en tout état de cause, constituer une mise en demeure à la suite de laquelle l'autorité administrative serait susceptible de prononcer, dans les conditions définies au point 3 ci-dessus, son licenciement pour abandon de poste. Toutefois, si l'autorité compétente constate qu'un agent en congé de maladie s'est soustrait, sans justification, à une contre-visite qu'elle a demandée en application des dispositions de l'article 15 du décret du 30 juillet 1987 pris pour l'application de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif à l'organisation des comités médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux, elle peut lui adresser une lettre de mise en demeure, respectant les exigences définies au point 3 ci-dessus et précisant en outre explicitement que, en raison de son refus de se soumettre, sans justification, à la contre-visite à laquelle il était convoqué, l'agent court le risque d'une radiation alors même qu'à la date de notification de la lettre il bénéficie d'un congé de maladie. Si, dans le délai fixé par la mise en demeure, l'agent ne justifie pas son absence à la contre-visite à laquelle il était convoqué, n'informe l'administration d'aucune intention et ne se présente pas à elle, sans justifier, par des raisons d'ordre médical ou matériel, son refus de reprendre son poste, et si, par ailleurs, aucune circonstance particulière, liée notamment à la nature de la maladie pour laquelle il a obtenu un congé, ne peut expliquer son abstention, l'autorité compétente est en droit d'estimer que le lien avec le service a été rompu du fait de l'intéressé.

5. D'autre part, aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 susvisée alors en vigueur : " I.- Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article. ()/ Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite () ". Aux termes de l'article 37-11 du décret du 30 juillet 1987 : " Au terme du congé pour invalidité temporaire imputable au service, le fonctionnaire apte à reprendre ses fonctions est réintégré dans son emploi ou, à défaut, réaffecté dans un emploi correspondant à son grade. ". Aux termes de l'article 37-17 de ce décret : " Lorsqu'il est guéri ou que les lésions résultant de l'accident de service, de l'accident de trajet ou de la maladie professionnelle sont stabilisées, le fonctionnaire transmet à l'autorité territoriale un certificat médical final de guérison ou de consolidation. () ". D'autre part, aux termes de l'article 15 de ce décret : " Pour obtenir un congé de maladie ainsi que le renouvellement du congé initialement accordé, le fonctionnaire adresse à l'autorité territoriale dont il relève, dans un délai de quarante-huit heures suivant son établissement, un avis d'interruption de travail. Cet avis indique, d'après les prescriptions d'un médecin, d'un chirurgien-dentiste ou d'une sage-femme, la durée probable de l'incapacité de travail. (.) L'autorité territoriale peut faire procéder à tout moment à une visite de contrôle du demandeur par un médecin agréé. Elle procède à cette visite au moins une fois au-delà de six mois consécutifs de congé de maladie. ()". Aux termes de l'article 17 de ce décret : " Lorsque le fonctionnaire a obtenu pendant une période de douze mois consécutifs des congés de maladie d'une durée totale de douze mois, il ne peut, à l'expiration de sa dernière période de congé, reprendre son service sans l'avis favorable du conseil médical réuni en formation restreinte. () ".

6. En premier lieu, ainsi qu'il a été dit au point 1, M. A C a été placé en congé de maladie de manière ininterrompue dès le 31 mars 2018, pour une pathologie au coude reconnue imputable au service. Il ressort des pièces du dossier que le dernier certificat médical produit par le requérant date du 28 février 2020, porte prolongation de son interruption de travail avec une date estimée de reprise au 2 mars 2020 sur un poste adapté. En raison même de la durée de l'interruption de travail de M. A, supérieure à six mois, son employeur était donc tenu de faire procéder à une visite de contrôle médicale par un médecin agréé en vertu des dispositions précitées de l'article 15 du décret du 30 juillet 1987. Et s'agissant de congés maladie dont la durée excédait 12 mois, l'aptitude aux fonctions de M. A C était subordonnée à l'avis favorable du comité médical en vertu des dispositions précitées de l'article 17 de ce même décret. Ainsi M. A C, dont la rémunération était suspendue depuis le 3 décembre 2019 en raison de son refus de se soumettre à une expertise médicale, ne saurait sérieusement soutenir qu'il était apte à ses fonctions, au sens des dispositions précitées de l'article 37-11 du décret du 30 juillet 1987, lorsqu'il s'est présenté d'autorité sur son lieu de travail en février 2020. M. A C n'est dès lors pas fondé à soutenir que son maintien en dehors du service serait imputable à son employeur qui, selon lui, n'aurait pas été habilité à le soumettre à une expertise médicale. Au demeurant, la décision attaquée portant radiation des cadres pour abandon de poste n'ayant pas été prise sur le fondement de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 ou de l'article 37-11du décret du 30 juillet 1987, la méconnaissance de ces dispositions ne saurait être utilement invoquée dans le cadre du présent litige, alors au surplus que M. A C n'a pas contesté la décision du 19 février 2020 par laquelle le maire d'Epagny Metz-Tessy lui interdisait l'accès à son lieu de travail, dans le contexte rappelé ci-dessus.

7. En deuxième lieu, il est constant que M. A C ne s'est pas présenté aux visites médicales des 8 et 16 août 2019, 20 février, 7 avril et 6 août 2020 auxquelles il avait été convoqué. S'il s'est rendu aux visites programmées le 12 septembre 2019 et le 23 janvier 2020, aucun examen clinique n'a pu être réalisé de son fait (refus et non présentation de son dossier médical). Les courriers des 23 juillet et 31 août 2020 adressés par M. A C à la commune d'Epagny Metz-Tessy, loin de justifier, au sens du principe énoncé au point 4, son absence à la visite médicale du 6 août 2020, ne font que réaffirmer son refus obstiné de s'y soumettre. Par ailleurs, la mise en demeure du 25 août 2020 rédigée en application du principe énoncé au point 4 demandait à M. A C, à défaut de justifier son absence à la contre visite du 6 août 2020, de se rendre au " centre technique municipal de Metz-Tessy " le 3 septembre à 8 h, afin de reprendre son poste d'" agent technique voirie-vaguemestre ". Ayant été muté à compter du 30 juillet 2018, durant son congé maladie, sur un emploi de gardien du complexe sportif Sous-Lettraz, M. A C a cru devoir ignorer la consigne de son employeur de se présenter au centre technique municipal de Metz-Tessy où l'attendait le responsable des services techniques. Le 3 septembre 2020, il s'est borné à se présenter au chef de service de police municipale en cherchant vainement à lui remettre un courrier à l'attention de son supérieur hiérarchique. Quand bien même le local de la police municipale se situerait dans le complexe sportif Sous-Lettraz, M. A C, qui ne fonde la crainte de rencontrer le responsable des services techniques sur aucun début de démonstration, n'a pas manifesté son intention de se présenter à son administration au sens du principe énoncé au point 4, en dépit du courrier qu'il a adressé le 31 août 2020 au maire de la Commune dans lequel il affirmait qu'il n'abandonnait pas son poste. Compte tenu du refus obstiné de M. A C à suivre une quelconque consigne, notamment celle de se soumettre à un examen médical, ce dernier doit être regardé comme ayant cessé sans justification ses fonctions. Dans ces conditions, faute de s'être présenté à son administration dans le délai qui lui avait été imparti dans la mise en demeure et en l'absence de circonstances qui auraient pu légitimement le mettre dans l'impossibilité de se conformer à cette mise en demeure, le maire d'Epagny Metz-Tessy a pu légalement estimer que M. A C se trouvait en situation d'abandon de poste et décider, sans erreur d'appréciation ni erreur de fait, sa radiation des cadres, laquelle ne revêt pas un caractère disciplinaire.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A C doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Les conclusions présentées par M. A C, la partie perdante, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A C et à la commune d'Epagny Metz-Tessy.

Délibéré après l'audience du 22 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Vial-Pailler, président,

M. d'Argenson, premier conseiller,

Mme Frapolli, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2023.

Le rapporteur,

I. FRAPOLLI

Le président,

C. VIAL-PAILLER

Le greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N° 2103024

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