mardi 25 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2103037 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL ARNAUD BASTID |
Vu les procédures suivantes :
I / Par une requête enregistrée le 11 mai 2021 sous le n° 2103037, M. B A, représenté par la SELARL Arnaud Bastid, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2018, ainsi que des intérêts de retard et des pénalités correspondantes ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la méthode de reconstitution du chiffre d'affaires est viciée dans son principe dès lors, que les taux de perte à la cuisson retenus par l'administration ont été sous-évalués ainsi qu'en attestent les procès-verbaux d'huissier et l'attestation de son fournisseur de viande produits ;
- les pénalités pour manquement délibéré ainsi que les intérêts de retard ne sont par voie de conséquence pas fondés
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 novembre 2021, le directeur départemental des finances publiques de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.
II / Par une requête enregistrée le 20 mai 2022 sous le n° 2203127, M. B A, représenté par la SELARL Arnaud Bastid, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre des années 2016 à 2018, ainsi que des intérêts de retard et des pénalités correspondantes ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la méthode de reconstitution du chiffre d'affaires est viciée dans son principe dès lors que les taux de perte à la cuisson retenus par l'administration ont été sous-évalués ainsi qu'en attestent les procès-verbaux d'huissier et l'attestation de son fournisseur de viandes produits ;
- les pénalités pour manquement délibéré ainsi que les intérêts de retard ne sont par voie de conséquence pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mai 2024, le directeur départemental des finances publiques de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bourion, première conseillère,
- les conclusions de M. Heintz, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes susvisées n° 2103037 et n° 2203127 concernent le même contribuable, présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
2. M. A exploite un commerce de restauration rapide de type kebab, sous la forme d'une entreprise individuelle. Son activité a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période allant du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2018, à l'issue de laquelle l'administration, considérant que sa comptabilité était irrégulière et non probante, a procédé à une reconstitution du chiffre d'affaires et lui a, par suite, notifié, selon la procédure de rectification contradictoire, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux au titre des années 2016 à 2018, assorties d'intérêts de retard et de majorations de 40 % en application de l'article 1729 du code général des impôts, ainsi que des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre des mêmes périodes. Par décision du 20 décembre 2019, l'administration a fait partiellement droit aux demandes de M. A formulées à l'encontre des rectifications opérées. Par les présentes requêtes, M. A demande au tribunal de prononcer la décharge des impositions et pénalités restées à sa charge.
Sur la charge de la preuve :
3. Aux termes de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales : " () la charge de la preuve incombe au contribuable lorsque la comptabilité présente de graves irrégularités et que l'imposition a été établie conformément à l'avis de la commission. La charge de la preuve des graves irrégularités invoquées par l'administration incombe, en tout état de cause, à cette dernière lorsque le litige ou le redressement est soumis au juge ".
4. Il résulte de l'instruction que les impositions contestées ont été établies suivant la procédure de redressement contradictoire, qu'elles n'ont pas été acceptées par le contribuable et que le litige n'a pas été soumis à la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires. Par suite, il incombe à l'administration d'établir, d'une part, la preuve des irrégularités entachant la comptabilité de la société, l'autorisant ainsi à reconstituer les résultats de celle-ci, et d'autre part, le bien-fondé de cette reconstitution.
Sur le bien-fondé de l'imposition :
En ce qui concerne le contrôle de la comptabilité :
5. M. A ne conteste pas que sa comptabilité comportait de graves irrégularités, alors que l'administration fiscale a notamment relevé pour les périodes en litige l'omission de comptabilisation de plus de la moitié des factures d'un fournisseur au titre de l'exercice 2016, ainsi que la globalisation des ventes, et par suite l'absence partielle de justificatifs de recettes. Ainsi, l'administration doit être regardée comme établissant que la comptabilité de l'entreprise individuelle du requérant était irrégulière et dépourvue de valeur probante. Dès lors, elle était fondée à écarter cette comptabilité et à procéder à la reconstitution extracomptable du résultat imposable.
En ce qui concerne la reconstitution de recettes :
6. Pour reconstituer le chiffre d'affaires de l'entreprise de M. A, l'administration fiscale a, après avoir constaté la multiplicité des plats proposés à la carte, des tarifs pratiqués et des ingrédients dont la répartition dans les plats confectionnés n'était pas identifiable au vu des bandes de caisse, tenu compte des achats comptabilisés des ingrédients nécessaires à la confection des plats commercialisés et procédé au dépouillement des factures d'achat, sans tenir compte de l'état des stocks.
7. S'agissant de la viande pour kebab, l'administration fiscale a appliqué aux achats revendus un abattement de 25 % pour tenir compte des pertes, a retenu un poids de 150 grammes de viande par sandwich et de 250 grammes par assiette, respectivement portés à 220 grammes et 320 grammes à la suite du dégrèvement partiel accordé le 20 décembre 2019. En outre, la consommation personnelle a été évaluée, conformément aux indications de M. A, à un sandwich kebab pour son employé par jour travaillé.
8. S'agissant des autres ingrédients, le vérificateur a pratiqué sur les achats un abattement de 10 % pour tenir compte des pertes et a retenu, pour le poulet au curry, un poids de 150 grammes de viande par sandwich et de 250 grammes par assiette, ultérieurement portés respectivement à 220 grammes et 320 grammes.
9. Pour l'ensemble des ingrédients, le vérificateur a pratiqué un taux d'offerts de 10 %. La répartition entre les ventes en sandwichs, burgers, tacos ou à l'assiette, ainsi que la ventilation entre les ventes de ces produits seuls ou à l'assiette, ont été effectuées à partir des indications fournies par le requérant. Eu égard à l'ensemble de ces données et des prix pratiqués par M. A, l'administration fiscale a reconstitué le chiffre d'affaires annuel.
10. M. A fait valoir qu'il y a lieu de retenir un taux de perte de viande de 51 % sur la base, d'une part, de deux procès-verbaux d'huissier établis les 20 mars 2017 et 29 mars 2017 respectivement dans un commerce similaire à celui qu'il exploite et dans le sien et, d'autre part, d'une attestation fournie par son fournisseur de viandes. Toutefois, il résulte de l'instruction que lors des opérations de contrôle, le requérant avait demandé l'application d'un taux de perte de 30 % et que le taux de 25 % a été retenu par le vérificateur comme étant plus conforme à la jurisprudence et aux conditions réelles d'exploitation. Le taux de perte ressortant du constat d'huissier du 29 mars 2017 est postérieur au contrôle et n'est pas de nature à remettre en cause le taux de perte retenu par l'administration dès lors qu'il ne ressort pas du constat que l'huissier aurait procédé aux opérations de cuisson sur un bloc de viande kebab, dont les morceaux sont pesés pour être commercialisés, de la même manière que le réalise au quotidien M. A. Par ailleurs, le taux de perte tel qu'il est relevé pour un commerce semblable ne saurait être retenu dès lors que M. A ne démontre pas que les conditions d'exploitation seraient identiques à celles de son établissement et alors que la broche à viande kebab utilisée ne provient pas du même fournisseur que celui du requérant. Enfin, un taux de perte de 51 % apparait d'autant plus disproportionné qu'il conduirait d'une part à une reconstitution d'un chiffre d'affaires inférieur à celui déclaré par la société en 2016, et d'autre part, à des taux d'achats de viande kebab non vendue de plus de 50 %, soit une perte totale avant charge d'exploitation de plus de la moitié du total des achats de viandes.
11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête aux fins de décharge doivent être rejetées.
Sur les frais du litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise une somme quelconque à la charge de l'Etat qui n'est pas la partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de M. A sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au directeur départemental des finances publiques de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 7 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. L'Hôte, président,
Mme Bourion, première conseillère,
M. Ruocco-Nardo, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juin 2024.
La rapporteure,
I. BOURION
Le président,
V. L'HÔTELa greffière,
L. ROUYER
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2, 2203127
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026