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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2103067

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2103067

jeudi 15 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2103067
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSELARL PLUNIAN

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée le 12 mai 2021 sous le n°2103067 et des mémoires enregistrés le 3 mai 2023 et le 20 juillet 2023, Mme C A, représentée Me Chopineaux, membre de la SELAS CCMC Avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 23 décembre 2020 par lequel le préfet de la Savoie a déclaré d'utilité publique le réaménagement de la voirie et de cheminements piétonniers suite à la suppression du passage à niveau n°18 situé à l'intersection entre la ligne ferroviaire Culoz-Modane et la route départementale 17 sur le territoire de la commune de Viviers-du-Lac, ensemble le refus opposé à son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- cet arrêté a été pris au terme d'une procédure irrégulière dans la mesure où elle n'a pas pu prendre connaissance du dossier d'enquête parcellaire ;

- ce projet est contraire au règlement de la zone agricole du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) applicable dans la commune ;

- la définition d'un emplacement réservé pour la réalisation d'équipements multi-modaux en zone agricole par le PLUi est illégale car elle est contraire au zonage et au parti d'urbanisme retenu ainsi qu'à la loi " Littoral " ;

- le classement de sa parcelle en zone agricole par le PLUi est illégal ;

- le projet en litige ne répond pas à un but d'utilité publique.

Par des mémoires enregistrés le 3 août 2021 et le 11 juillet 2023, le préfet de la Savoie conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.

Par des mémoires enregistrés le 4 novembre 2021 et le 21 juin 2023, le département de la Savoie, représenté par Me Plunian, conclut au rejet de la requête et demande une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.

Le mémoire présenté par le département de la Savoie, enregistré le 25 septembre 2023, n'a pas été communiqué.

II. Par une requête enregistrée le 14 juillet 2021 sous le n°2104597 et un mémoire enregistré le 3 mai 2023, Mme C A, représentée Me Chopineaux, membre de la SELAS CCMC Avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 27 avril 2021 par lequel le préfet de la Savoie a prononcé la cessibilité de la parcelle nécessaire au rétablissement de la voirie et des cheminements piétonniers suite à la suppression du passage à niveau n°18 situé à l'intersection entre la ligne ferroviaire Culoz-Modane et la route départementale 17 situé sur le territoire de la commune de Viviers-du-Lac au profit du département de la Savoie ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- cet arrêté a été pris au terme d'une procédure irrégulière dans la mesure où elle n'a pas pu prendre connaissance du dossier d'enquête parcellaire ;

- l'illégalité de la déclaration publique prive cet arrêté de base légale.

Par un mémoire enregistré le 5 octobre 2021, le préfet de la Savoie conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.

Par des mémoires enregistrés le 4 novembre 2021 et le 21 juin 2023, le département de la Savoie, représenté par Me Plunian, conclut au rejet de la requête et demande une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.

Le mémoire présenté par le préfet de la Savoie, enregistré le 11 juillet 2023, n'a pas été communiqué.

Le mémoire présenté par Mme A, enregistré le 20 juillet 2023, n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'expropriation pour cause d'utilité publique ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Permingeat, premier conseiller ;

- les conclusions de M. Journé, rapporteur public ;

- les observations de Me Chopineaux représentant Mme A ;

- et les observations de Me Dallenne représentant le département de la Savoie.

Mme A a présenté, le 1er février 2024, une note en délibéré dans chacune des deux instances n°2103067 et 2104597.

Considérant ce qui suit :

1. Au cours de l'année 2019, a été décidée la suppression du passage à niveau n°18 situé sur la ligne de chemin de fer reliant Aix-les-Bains à Chambéry à proximité de la gare de Viviers-du-Lac, pour le remplacer par un tunnel routier permettant aux véhicules de franchir la voie de chemin de fer un peu plus au nord. Ont également été décidés l'aménagement de cheminements piétonniers et la réalisation de places de stationnement. Cette opération a été déclarée d'utilité publique par arrêté du préfet de la Savoie du 23 décembre 2020. L'expropriation d'une partie de la parcelle anciennement cadastrée 1489 appartenant à Mme A étant, par ailleurs, nécessaire à la réalisation de ce projet, le préfet de la Savoie en a, par arrêté du 27 avril 2021, déclaré la cessibilité au profit du département de la Savoie. Dans les présentes instances, Mme A demande l'annulation pour excès de pouvoir de ces deux arrêtés.

2. Les requêtes n°2103067 et 2104597 présentent à juger des questions connexes. Il y a donc lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation pour excès de pouvoir

En ce qui concerne la déclaration d'utilité publique :

3. L'arrêté en litige a été signé par Mme Part, secrétaire générale de la préfecture de la Savoie qui avait reçu, à cette fin, une délégation consentie par arrêté du préfet de la Savoie du 21 décembre 2020 régulièrement publié. Par ailleurs, la circonstance que les visas de l'arrêté contesté ne mentionnent pas cette délégation est sans incidence sur son existence et sa régularité. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté du 23 décembre 2020 doit être écarté.

4. L'enquête parcellaire prévue par l'article L. 131-1 et les articles R. 131-1 et suivants du code de l'expropriation pour cause d'utilité publique, qui a une finalité propre, est juridiquement distincte de l'enquête préalable à la déclaration d'utilité publique. Par suite, Mme A ne peut utilement invoquer le fait qu'elle n'aurait pas pu prendre connaissance du dossier d'enquête parcellaire pour soutenir que la procédure préalable à l'adoption de l'arrêté portant déclaration d'utilité publique en litige est irrégulière. Le moyen correspondant doit être écarté comme inopérant.

5. Aux termes de l'article L. 151-41 du code de l'urbanisme : " Le règlement peut délimiter des terrains sur lesquels sont institués : 1° Des emplacements réservés aux voies et ouvrages publics dont il précise la localisation et les caractéristiques ". Aux termes de l'article R. 151-48 du même code : " Dans les zones () A (), le ou les documents graphiques du règlement font, en outre, apparaître, s'il y a lieu : 2° Les emplacements réservés aux voies publiques délimités en application du 1° de l'article L. 151-41, en précisant leur destination et les collectivités, services et organismes publics bénéficiaires ".

6. En l'espèce, la parcelle de Mme A, quoique classée dans un secteur agricole, est incluse dans un emplacement réservé pour la réalisation d'équipements multi-modaux, défini par application des dispositions citées au point précédent. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté portant déclaration d'utilité publique n'est pas compatible avec le plan local d'urbanisme applicable dans la commune de Viviers-du-Lac.

7. La déclaration d'utilité publique en litige n'a pas été adoptée pour l'application du PLUi en vigueur sur le territoire de Viviers-du-Lac et ce plan n'en constitue pas la base légale. Par suite, l'exception d'illégalité de ce PLUi, excipée par Mme A, doit être écartée comme inopérante dans ses différentes branches.

8. En se bornant à soutenir qu'il existerait une variante qui emporterait des conséquences bien moindres sur les propriétés riveraines, sans autre précision, alors que les défendeurs justifient de manière précise les motifs ayant présidé au choix de ce projet, Mme A n'en conteste pas sérieusement l'utilité publique. Le moyen correspondant doit donc être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par Mme A contre l'arrêté du préfet de la Savoie du 23 décembre 2020 doivent être rejetées.

En ce qui concerne l'arrêté de cessibilité :

10. L'arrêté en litige a été signé par Mme Part, secrétaire générale de la préfecture de la Savoie, qui avait reçu, à cette fin, une délégation consentie par arrêté du préfet de la Savoie du 21 décembre 2020 régulièrement publié. Par ailleurs, la circonstance que les visas de cet arrêté ne mentionnent pas ladite délégation est sans incidence sur son existence et sa régularité. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire l'arrêté du 27 avril 2021 doit être écarté.

11. Aux termes de l'article R. 131-4 du code de l'expropriation pour cause d'utilité publique : " I. - Le préfet territorialement compétent définit, par arrêté, l'objet de l'enquête et détermine la date à laquelle elle sera ouverte ainsi que sa durée qui ne peut être inférieure à quinze jours. Il fixe les jours et heures où les dossiers pourront être consultés dans les mairies et les observations recueillies sur des registres ouverts à cet effet et établis sur des feuillets non mobiles, cotés et paraphés par le maire. Il précise le lieu où siégera le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête. () ". Aux termes de l'article R. 131-8 du même code : " Pendant le délai fixé par l'arrêté prévu à l'article R. 131-4, les observations sur les limites des biens à exproprier sont consignées par les intéressés sur le registre d'enquête parcellaire ou adressées par correspondance au maire qui les joint au registre, au commissaire enquêteur ou au président de la commission d'enquête ".

12. Il ressort des indications et pièces produites en défense, et notamment des observations du commissaire enquêteur en réponse à la réclamation que Mme A lui a adressée et de l'attestation du maire de Viviers-du-Lac, que le dossier d'enquête parcellaire était à la disposition des intéressés pendant tout le déroulement de l'enquête sur demande auprès des agents de la mairie, locaux dans lesquels elle s'est déroulée. Par ailleurs, si Mme A s'y est présentée à plusieurs reprise, elle n'a pas demandé à consulter ce dossier, ne s'est pas présentée aux permanences tenues par le commissaire-enquêteur pour lui faire part de la prétendue indisponibilité de ces documents et n'a pas répondu aux appels téléphoniques que ce dernier lui a adressés à réception de son courrier de réclamation. Par suite, elle n'établit pas ses allégations selon lesquels elle n'aurait pas été mise en mesure de prendre connaissance du dossier d'enquête parcellaire. Il s'ensuit qu'elle n'est pas fondée à invoquer, pour ce motif, l'irrégularité de la procédure d'adoption de l'arrêté de cessibilité en litige. Le moyen correspondant doit donc être écarté.

13. Il résulte des points 3 à 9 que l'exception d'illégalité de la déclaration d'utilité publique, excipée à l'encontre de l'arrêté de cessibilité, doit être écartée.

14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation pour excès de pouvoir présentées par Mme A contre l'arrêté de cessibilité du 27 avril 2021 doivent être rejetées.

Sur les frais des litiges :

15. Eu égard à sa qualité de partie perdante dans les deux instances n°2103067 et n°2104597, les conclusions présentées par Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées. Il en va de même, dans les circonstances de l'espèce, des conclusions présentées par le département de la Savoie sur le fondement des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de Mme A sont rejetées.

Article 2 : Les conclusions présentées par le département de la Savoie au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, au département de la Savoie et au préfet de la Savoie. Copie sera adressée à la commune de Viviers-du-Lac.

Délibéré après l'audience du 1er février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Pfauwadel, président,

Mme Permingeat, premier conseiller,

Mme Coutarel, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 février 2024.

Le rapporteur,

F. Permingeat

Le président,

J.-P. Wyss

Le greffier,

M. B

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2103067 2104597

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