vendredi 27 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2103233 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL MARTIN SOL |
Vu les procédures suivantes :
I - Par une requête et des mémoires enregistrés les 19 mai 2021, 21 juin et 6 août 2024 sous le n°2103233, M. A, représenté par Me Martin-Sol, doit être regardé comme demandant au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner l'Etat au paiement d'une somme de 74 658,35 euros en réparation des préjudices subis et d'assortir cette somme des intérêts au taux légal à compter de la réception de sa demande préalable et de la capitalisation de ces intérêts ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 13 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les faits de violence contre son épouse ne sont pas établis ;
- l'administration l'a, sans fondement en droit comme en fait, séparé de sa femme et de ses enfants en lui interdisant de pénétrer dans le camp de Gaulle en dehors de ses heures de service ou durant un droit de visite très restreint ;
- son rapatriement en France est intervenu sur la base de faits de violence erronés et non pour des nécessités de service ;
- l'illégalité de la décision du 12 mars 2020 le sanctionnant de sept jours d'arrêts, qui a été retirée par décision du 19 juin 2020, lui a causé un préjudice moral évalué à 2 000 euros ;
- l'éloignement de son domicile et de sa famille lui a causé un préjudice moral évalué à 10 000 euros ;
- son rapatriement anticipé en France à compter du 10 juillet 2020 alors qu'il devait rester pour une durée de 3 ans à Libreville lui a fait perdre le bénéfice des indemnités mensuelle de 4 812,95 euros durant 13 mois soit un préjudice matériel global de 62 568,35 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 28 novembre 2023 et 30 août 2024, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- si la sanction prise à l'encontre de M. A a été retirée, les faits commis par ce dernier sont fautifs et de nature à exonérer l'administration ;
- dans tous les cas le montant de 2 000 euros demandé par M. A au titre de son préjudice moral doit être ramené à de plus justes proportions.
Par une lettre du 5 septembre 2024, le tribunal a informé les parties qu'il était susceptible, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de fonder la décision sur un moyen soulevé d'office, tiré de ce que les mesures d'éloignement de son domicile prises à l'encontre de M. A peuvent être fondées sur les dispositions de l'article L. 4121-5 du code de la défense aux termes duquel : " () La liberté de résidence des militaires peut être limitée dans l'intérêt du service. / Lorsque les circonstances l'exigent, la liberté de circulation des militaires peut être restreinte. ".
Un mémoire en réponse au moyen d'ordre public a été enregistré pour M. A le 9 septembre 2024.
II - Par une requête et des mémoires, enregistrés les 8 et 26 novembre 2021, 24 janvier 2022, 21 juin 2024 et 6 août 2024 sous le n°2107491, M. A, représenté par Me Martin-Sol, doit être regardé comme demandant au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner l'Etat au paiement d'une somme de 74 658,35 euros en réparation des préjudices subis et d'assortir cette somme des intérêts au taux légal à compter de la réception de sa demande préalable et de la capitalisation de ces intérêts ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 13 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les faits de violence contre son épouse ne sont pas établis ;
- l'administration l'a, sans fondement matériel et juridique séparé de sa femme et de ses enfants en lui interdisant de pénétrer dans le camp de Gaulle en dehors de ses heures de service ou durant un droit de visite très restreint ;
- son rapatriement en France est intervenu sur la base de faits de violence erronés et non pour des nécessités de service ;
- l'illégalité de la décision du 12 mars 2020 le sanctionnant de sept jours d'arrêts, qui a été retirée par décision du 19 juin 2020, lui a causé un préjudice moral évalué à 2 000 euros ;
- l'éloignement de son domicile et de sa famille lui a causé un préjudice moral évalué à 10 000 euros ;
- son rapatriement anticipé en France à compter du 10 juillet 2020 alors qu'il devait rester pour une durée de 3 ans à Libreville lui a fait perdre le bénéfice des indemnités mensuelles de 4 812,95 euros durant 13 mois soit un préjudice matériel global de 62 568,35 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré les 28 novembre 2023, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- au regard des faits de violence commis par M. A sur son épouse dans la nuit du 12 mars 2020 au sein du logement mis à sa disposition dans le camp de Gaulle à Libreville, le directeur de la DID de Libreville a été contraint de prendre des mesures d'éloignement du domicile de l'intéressé afin de garantir la vie en communauté sur la base ;
- la durée mentionnée dans l'ordre d'affectation à Libreville de M. A à compter du 18 août 2018 est indicative et ne lie pas l'administration ;
- les faits commis par M. A justifie son rapatriement anticipé au regard du risque d'atteinte à l'image de l'arme française auprès du pays hôte ;
- M. A ne justifie pas l'existence d'un préjudice moral, la procédure de divorce dont se prévaut le requérant étant sans lien avec le rapatriement anticipé en France ;
- M. A n'étant plus soumis aux conditions particulières de service sur le territoire du Gabon ne peut prétendre à un maintien des indemnités qu'il percevait précédemment à Libreville.
Par une lettre du 5 septembre 2024, le tribunal a informé les parties qu'il était susceptible, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de fonder la décision sur un moyen soulevé d'office, tiré de ce que les mesures d'éloignement de son domicile prises à l'encontre de M. A peuvent être fondées sur les dispositions de l'article L. 4121-5 du code de la défense aux termes duquel : " () La liberté de résidence des militaires peut être limitée dans l'intérêt du service. / Lorsque les circonstances l'exigent, la liberté de circulation des militaires peut être restreinte. ".
Un mémoire en réponse au moyen d'ordre public a été enregistré pour M. A le 9 septembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la défense ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Doulat,
- les conclusions de M. Callot, rapporteur public,
- et les observations de Me Gillotin, représentant M. A.
1. M. A, sous-officier de l'armée de terre depuis le 1er février 2003, a été promu au grade d'adjudant le 1er avril 2015. Il a été affecté le 6 août 2018 à la direction d'infrastructure de la défense de Libreville au Gabon. Il a été sanctionné, le 26 mars 2020, de sept jours d'arrêts pour des violences exercées à l'encontre de son épouse le 12 mars 2020. Suite à son entretien avec son supérieur hiérarchique le 7 avril 2020, M. A a été relogé hors du camp de Gaulle, sa présence dans ce camp a été limitée aux jours travaillés et il n'était plus autorisé à voir sa femme et ses enfants dans le camp que de 11h à 12h. Suite à son recours hiérarchique présenté le 25 mai 2020, la sanction a été retirée par décision du chef d'état-major de l'armée de terre du 19 juin 2020. Par décision du 29 juin 2020, M. A a fait l'objet d'un ordre de mutation individuel provisoire l'affectant à l'unité de soutien de l'infrastructure de la défense de Grenoble à compter du 10 juillet 2020.
2. Par courrier du 24 février 2021, il a sollicité l'indemnisation du préjudice moral et financier qu'il estime avoir subi en raison de la sanction disciplinaire et de sa mutation à l'USID de Grenoble. Le 19 mai 2021, il a formé un recours préalable obligatoire devant la commission de recours des militaires pour demander l'annulation de la décision implicite de rejet née sur sa demande indemnitaire préalable. Sa demande a été rejetée par une décision du 9 décembre 2021.
3. Par deux requêtes, enregistrées sous le n°2103233 et sous le n°2107491 dans lesquelles les fautes invoquées et les conclusions indemnitaires se sont confondus au cours de l'instruction, M. A demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme de 2 000 euros en réparation du préjudice moral résultant de la sanction, la somme de 10 000 euros en réparation du préjudice moral subi du fait de son éloignement de son domicile et de sa famille et la somme de 62 568 euros en réparation du préjudice financier du fait de sa mutation anticipée.
Sur la jonction :
4. Les requêtes n° 2103233 et n° 2107491, présentées pour A, présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur la demande indemnitaire du fait de de la sanction disciplinaire :
5. Par une décision du 19 juin 2020 du général d'armée M. B, chef d'état-major de l'armée de terre, la décision du 26 mars 2020 sanctionnant M. A de 7 jours d'arrêts a été retirée en raison de l'absence " de pièce versée au dossier disciplinaire [] permettant de matérialiser le scandale, la dispute et les violences conjugales pour lesquelles il a été sanctionné ".
6. Il résulte toutefois de l'instruction et notamment du procès-verbal de renseignement militaire du 18 mars 2020 établi par le commandant de la brigade prévôtale de Libreville que le 12 mars 2020 des bruits de dispute de couple et des cris d'enfants ont été entendus émanant de l'appartement de la famille A. Si M. A a qualifié ces évènements de " banale " engueulade " comme il peut y en avoir dans tous les couples ", la brigade prévôtale, qui a vu Mme A à son domicile le 16 mars 2020, a constaté qu'elle présentait une blessure à l'œil droit et l'intéressée a confirmé qu'il s'agissait des conséquences de la dispute avec son mari. Ces éléments sont corroborés par des certificats médicaux du 12 et 24 mars 2020 constatant la blessure à l'œil droit de Mme A ainsi que plusieurs contusions. Enfin, par un jugement du 30 novembre 2021 M. A a été condamné par le tribunal judiciaire de Paris à raison de ces violences. Dans ces circonstances, la sanction, quand bien même elle a été par la suite retirée, n'était entachée d'aucune illégalité fautive.
7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires fondées sur la faute commise par l'administration en infligeant une sanction de 7 jours d'arrêts à M. A ne peuvent qu'être rejetées.
Sur la demande indemnitaire du fait des mesures d'éloignement prises à l'encontre de M. A le 7 avril 2020 :
8. Suite aux violences exercées à l'encontre de son épouse et au dépôt de plainte en date du 3 avril 2020, le supérieur hiérarchique de M. A a, le 7 avril 2020, ordonné son relogement hors du camp de Gaulle où résidait sa famille. Il a, d'une part, limité la présence de l'intéressé dans le camp aux seuls jours et horaires travaillés et, d'autre part, et sous réserve de l'accord de son épouse, autorisé M. A à rendre visite à ses enfants dans le camp entre 11 et 12 heures. Les mesures ainsi décidées par le supérieur de M. A relèvent de son pouvoir d'organisation de la circulation et de la résidence au sein du camp afin d'en assurer le bon fonctionnement. Prises dans l'intérêt du service, ces mesures ne sont ni dépourvues de base légale ni fautives et les conclusions indemnitaires ne peuvent qu'être rejetées.
Sur la demande indemnitaire du fait de l'ordre de mutation individuel du 29 juin 2020 :
9. M. A qui a fait l'objet d'un ordre de mutation individuel provisoire en date du 29 juin 2020 a été affecté à l'unité de soutien de l'infrastructure de défense (USID) de Grenoble à compter du 10 juillet 2020. Le requérant soutient que cette mutation non justifiée par l'intérêt du service lui a causé un préjudice résultant de la perte des primes dont il bénéficiait dans son affectation à Libreville.
10. Aux termes de l'article L. 4121-5 du code de la défense : " Les militaires peuvent être appelés à servir en tout temps et en tout lieu. / Dans toute la mesure compatible avec le bon fonctionnement du service, les mutations tiennent compte de la situation de famille des militaires () ". Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'autorité militaire compétente d'apprécier l'intérêt du service pour prononcer les mutations et affectations de personnels.
11. Il résulte de l'instruction et plus particulièrement de la note du directeur de la direction d'infrastructure de la défense de Libreville du 17 avril 2020 que celui-ci a demandé le rapatriement anticipé de M. A. Il justifie cette demande par le comportement inapproprié de M. A qui est susceptible de porter atteinte à l'image de l'armée française auprès de l'Etat du Gabon et de l'impossibilité de le maintenir dans son affectation actuelle au regard des relations dégradées avec son épouse. Il ressort de ces éléments que la décision de mutation d'office doit être regardée comme une décision prise dans l'intérêt du service. En outre, M. A ne conteste pas que l'emploi de contrôleur de contrats à la section ingénierie de la maintenance de l'USID de Grenoble de sa nouvelle affectation, est conforme à son grade et à son expérience. Par suite, l'ordre de mutation individuel provisoire du 29 juin 2020 étant intervenu dans l'intérêt du service, M. A n'établit pas que cette décision serait fautive et ses conclusions tendant à la réparation d'un préjudice résultant de cette mutation doivent être rejetées.
12. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'établit pas l'existence d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'administration. Par suite, les conclusions indemnitaires de M. A doivent être rejetées. Il en est de même, par voie conséquence, de ses conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de M. A enregistrées sous les numéros 2103233 et 2107491 sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A et au ministre des armées.
Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024 à laquelle siégeaient
Mme Triolet, présidente,
M. Ban, premier conseiller,
M. Doulat, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2024.
Le rapporteur,
F. Doulat
La présidente,
A. Triolet
La greffière,
J. Bonino
La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2 - 2107491
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026