mardi 28 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2103236 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | ALDEGUER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 19 mai et 16 décembre 2021, Mme B, représentée par Me Aldeguer, demande au tribunal :
1°) d'annuler le rejet implicite opposé par le CHU de Grenoble Alpes à sa demande formulée par un courrier du 9 décembre 2020, reçu le 15 décembre 2020 tendant à la conclusion d'un contrat à durée indéterminée, demande ayant fait l'objet d'une demande de communication de motifs par courrier du 22 février 2021, reçu le 24 février 2021 ;
2°) d'annuler la décision expresse du 18 mars 2021, reçue le 20 mars 2021, qui doit être considérée comme une mesure de licenciement et en toute hypothèse comme un refus de renouvellement de contrat à durée déterminée ;
3°) d'enjoindre au CHU de Grenoble Alpes de réexaminer sa demande tendant à la conclusion d'un contrat à durée indéterminée, de lui proposer ledit contrat et en toute hypothèse de la réintégrer ;
4°) de mettre à la charge du CHU de Grenoble Alpes une somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision implicite de rejet qui lui a été opposée :
* est entachée d'un défaut de motivation ;
* méconnaît l'article 41 du décret n°91-155 dès lors que ni le délai de prévenance, ni la tenue d'un entretien n'ont été respectés ;
* est entachée d'erreur de droit.
- Si la décision du 18 mars 2021 devait s'analyser comme un refus exprès opposé à sa demande du 9 décembre 2020, il conviendrait de l'annuler par référence aux moyen développés contre la décision implicite.
- Si la décision du 18 mars 2021 devait être analysée comme une décision autonome, sur le plan de la légalité externe le tribunal devrait tirer les conséquences du fait que seuls des motifs propres à un licenciement pouvaient justifier le non-renouvellement du contrat en application de la jurisprudence CE, 23 décembre 2015, Aboudaya c\ Centre Hospitalier Intercommunal De Villeneuve-Saint-Georges, n°382005, B, que la décision est insuffisamment motivée, que la commission administrative partiaire aurait dû être saisie avant l'intervention de la décision de licenciement en vertu de l'article 41-6 du décret n°91-155 ; si le tribunal n'est pas désireux de faire application de la jurisprudence précitée, il constatera que l'article 41 du décret n°91-155 a été méconnu. Au titre de la légalité interne, le seul souci de ne pas conclure un contrat à durée indéterminée avec un agent qui a bénéficié au moins de six années de contrats consécutifs n'est pas de nature à justifier l'intérêt du service et Mme B aurait pu se voir proposer d'animer des formations à distance ; par suite la décision attaquée est entachée d'erreur de droit, de détournement de pouvoir, d'inexactitude matérielle des faits et d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 août 2021, le centre hospitalier universitaire de Grenoble conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la requérante une somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le centre hospitalier conteste les moyens invoqués.
Par lettre du 3 mai 2022, les parties ont été informées qu'en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative l'instruction est susceptible d'être close le 25 mai 2022, par l'émission d'une ordonnance de clôture ou d'un avis d'audience, sans information préalable.
La clôture immédiate de l'instruction a été prononcée par ordonnance du 8 août 2022.
Vu :
- la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière ;
- le décret n° 91-155 du 6 février 1991 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de la fonction publique hospitalière ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Fourcade,
- les conclusions de M. Argentin, rapporteur public,
- et les observations de Me Aldeguer, représentant Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, professeur d'anglais, a dispensé, alors qu'elle était en disponibilité pour convenance personnelle de l'éducation nationale, des cours à des personnels employés par le centre hospitalier entre 2009 et 2020 d'abord dans le cadre d'un contrat verbal puis dans le cadre de 8 CDD dont le dernier est arrivé à échéance le 28 février 2021. Par un courrier du 9 décembre 2020, elle a demandé à poursuivre sa collaboration dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée sur le fondement de l'article 9 de la loi du 9 janvier 1986. Compte tenu du silence gardé par l'administration sur sa demande, la requérante a sollicité, par un courrier du 22 février 2021, en application des dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, la communication des motifs du refus implicite qui lui a été opposé. Par un courrier du 18 mars 2021, le CHUGA lui a précisé les motifs pour lesquels il n'entendait pas poursuivre leur collaboration.
Sur les conclusions à fins d'annulation et d'injonction :
2. Aux termes de l'article 9 de la loi du 9 janvier 1986, modifié par l'article 19 de la loi du 17 juin 2020 : " Par dérogation à l'article 3 du titre Ier du statut général, les emplois permanents mentionnés au premier alinéa de l'article 2 peuvent être occupés par des agents contractuels lorsque la nature des fonctions ou les besoins du service le justifient, notamment lorsqu'il n'existe pas de corps de fonctionnaires hospitaliers susceptibles d'assurer ces fonctions ou lorsqu'il s'agit de fonctions nouvellement prises en charge par l'administration ou nécessitant des connaissances techniques hautement spécialisées. /Les emplois à temps non complet d'une durée inférieure au mi-temps et correspondant à un besoin permanent sont occupés par des agents contractuels. /Les agents ainsi recrutés peuvent être engagés par des contrats d'une durée indéterminée ou déterminée. Lorsque les contrats sont conclus pour une durée déterminée, celle-ci est au maximum de trois ans. Ces contrats sont renouvelables par décision expresse dans la limite d'une durée maximale de six ans. /Tout contrat de travail conclu ou renouvelé en application du présent article avec un agent qui justifie d'une durée de services publics de six ans sur des fonctions relevant de la même catégorie hiérarchique est conclu, par décision expresse, pour une durée indéterminée. /La durée de six ans mentionnée au quatrième alinéa est comptabilisée au titre de l'ensemble des services effectués dans des emplois occupés au titre du présent article et de l'article 9-1. Elle doit avoir été accomplie dans sa totalité auprès du même établissement relevant de l'article 2. Pour l'appréciation de cette durée, les services accomplis à temps non complet et à temps partiel sont assimilés à du temps complet. /Les services accomplis de manière discontinue sont pris en compte, sous réserve que la durée de l'interruption entre deux contrats n'excède pas quatre mois. Pour le calcul de la durée d'interruption entre deux contrats, la période de l'état d'urgence sanitaire déclaré sur le fondement de l'article L. 3131-12 du code de la santé publique n'est pas prise en compte. "
3. Si en application de ces dispositions, le centre hospitalier décide, à l'issue d'une période de 6 années de service public, de renouveler l'engagement d'un agent contractuel, il doit le faire dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée. En revanche, le renouvellement du contrat n'est pas de droit à l'issue d'une période de 6 ans. Dès lors, le refus opposé à la requérante n'entre pas dans le champ des décisions devant être motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration et notamment son 6° qui vise le cas des décisions refusant un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir. Par suite, la requérante ne peut utilement invoquer la méconnaissance de ces dispositions.
4. Aux termes de l'article 41 du décret n°91-155 susvisé : " Lorsque l'agent contractuel a été recruté par un contrat à durée déterminée susceptible d'être renouvelé en application des dispositions législatives ou réglementaires qui lui sont applicables, l'autorité signataire du contrat notifie à l'intéressé son intention de renouveler ou non le contrat, au plus tard : () 4° Trois mois avant le terme de l'engagement pour le contrat susceptible d'être reconduit pour une durée indéterminée. /La notification de la décision doit être précédée d'un entretien lorsque le contrat est susceptible d'être reconduit pour une durée indéterminée ou lorsque la durée du contrat ou de l'ensemble des contrats conclus pour répondre à un besoin permanent est supérieure ou égale à trois ans. /Pour la détermination de la durée du délai de prévenance, les durées d'engagement mentionnées aux 1°, 2° et 3° sont décomptées compte tenu de l'ensemble des contrats conclus avec l'agent, y compris ceux conclus avant une interruption de fonctions, sous réserve que cette interruption n'excède pas quatre mois et qu'elle ne soit pas due à une démission de l'agent. "
5. D'une part, si le non-respect du délai de prévenance est susceptible d'engager la responsabilité de l'administration, il n'entache pas, par lui-même, la légalité de la décision refusant le renouvellement de son contrat. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'un vice de procédure pour ce motif.
6. D'autre part, et en admettant qu'un entretien préalable aurait dû précéder la décision de non-renouvellement du contrat de Mme B, hormis le cas où une telle décision aurait un caractère disciplinaire, l'accomplissement de cette formalité, s'il est l'occasion pour l'agent d'interroger son employeur sur les raisons justifiant la décision de ne pas renouveler son contrat et, le cas échéant, de lui exposer celles qui pourraient justifier une décision contraire, ne constitue pas pour l'agent, eu égard à la situation juridique de fin de contrat sans droit au renouvellement de celui-ci, et alors même que la décision peut être prise en considération de sa personne, une garantie dont la privation serait de nature par elle-même à entraîner l'annulation de la décision de non renouvellement, sans que le juge ait à rechercher si l'absence d'entretien a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision.
7. L'administration ne peut refuser de renouveler un contrat à durée déterminée que pour des motifs tirés de l'intérêt du service.
8. En l'espèce, le centre hospitalier fait valoir qu'il entend désormais satisfaire les besoins de formation en anglais de ses agents par le bais de formations en ligne plus conciliables avec leurs emplois du temps. Si la requérante souligne la qualité des cours qu'elle dispensait, leur utilité pour le bon fonctionnement du service public et indique qu'elle aurait été prête à assurer ses formations en ligne, elle ne justifie pas être en mesure techniquement d'assurer la mise en œuvre de ces nouvelles modalités. Dès lors, elle ne remet pas en cause la réalité des motifs avancés par le centre hospitalier, lesquels ne sont pas étrangers à l'intérêt du service. Par suite et dès lors que le refus de renouvellement opposé à la requérante n'apparaît pas avoir été guidé par le seul souci de ne pas conclure un contrat à durée indéterminée avec l'intéressée, les moyens tirés de ce que la décision attaquée serait entachée d'erreur de droit, d'erreur manifeste d'appréciation, d'inexactitude matérielle et de détournement de pouvoir doivent être écartés.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fins d'annulation de la décision du 18 mars 2021, qui s'est substituée à la décision implicite de rejet née antérieurement, doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions à fins d'injonction.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
10. Les conclusions présentées par Mme B, la partie perdante, doivent être rejetées. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions du centre hospitalier universitaire de Grenoble.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier universitaire de Grenoble Alpes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au centre hospitalier universitaire de Grenoble Alpes.
Délibéré après l'audience du 14 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Vial-Pailler, président,
Mme Frapolli, première conseillère,
Mme Fourcade, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2023.
La rapporteure,
F. FOURCADE
Le président,
C. VIAL-PAILLERLe greffier,
G. MORAND
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026