mardi 17 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2103249 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP FAVRE - ESCOUBES SOCIETE D'AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 mai 2021, M. G C, représenté par Me Favre, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 mai 2021 par lequel le directeur des hôpitaux du Léman lui a infligé la sanction de révocation ;
2°) d'enjoindre aux hôpitaux du Léman de le réintégrer et de reconstituer sa carrière dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge des hôpitaux du Léman une somme d'un montant de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. C soutient que :
- la décision attaquée est illégale, par la voie de l'exception en ce que les décisions de suspensions à titre conservatoire, de convocation devant le Conseil de discipline, de décision de placement en congé payé ainsi que le rapport de saisine du conseil de discipline ont été pris par des autorités incompétentes ;
- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure en ce que le conseil de discipline n'aurait pas été public, en méconnaissance de l'article 6 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'avis du conseil de discipline est insuffisamment motivé ;
- les motifs de la décision attaquée sont entachés d'une erreur de fait, dans la mesure où il s'agit d'insuffisance professionnelle et non de faute susceptible de faire l'objet d'une sanction disciplinaire ;
- la matérialité des fautes qui lui sont reprochées n'est pas démontrée ;
- la sanction de révocation est disproportionnée.
Une mise en demeure de produire des observations a été adressée aux hôpitaux du Léman le 17 janvier 2024
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 janvier 2024, les hôpitaux du Léman concluent au rejet de la requête.
Les hôpitaux du Léman font valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Par ordonnance du 30 mai 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 20 juin 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n°86-33 du 9 janvier 1986 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Vial-Pailler,
- les conclusions de M. Argentin, rapporteur public,
- et les observations de M. E , représentant les hôpitaux du Léman.
Considérant ce qui suit :
1. M. G C, aide-soignant titulaire au sein des hôpitaux du Léman, a fait l'objet d'une première sanction le 24 mai 2019 pour des faits maltraitances envers des patients d'un établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes et pour un comportement irrespectueux envers ses collègues. Suite à une période d'arrêt maladie, M. C a repris le travail le 20 janvier 2020, d'abord à mi-temps thérapeutique, puis à temps plein à compter du 19 octobre 2020. Le 11 décembre 2020, le requérant a été suspendu à titre conservatoire, en raison de signalements de faits survenus durant la nuit du 7 décembre 2020. Le 7 mai 2021, le directeur des hôpitaux du Léman a pris la sanction de révocation à son encontre. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'exception d'illégalité :
2. M. C soutient que la décision attaquée est illégale, en ce qu'elle se fonde sur les décisions de le suspendre à titre conservatoire du 11 décembre 2020, de le placer en congé payé à l'issue de sa suspension le 13 avril 2021, de le convoquer à un conseil de discipline le 6 avril 2021 et sur le rapport de saisine du conseil de discipline du 4 mai 2021. Il estime que toutes ses décisions ont été prises par des autorités incompétentes.
3. L'illégalité d'un acte administratif non réglementaire ne peut être utilement invoquée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure que si cette dernière décision a été prise pour l'application du premier acte ou s'il en constitue la base légale. Or, la décision de sanctionner d'une révocation M. C n'a pas été prise en application des décisions le suspendant à titre conservatoire ou de le plaçant en congé payé. Par suite, M. C ne peut utilement invoquer l'illégalité de ces décisions, par voie d'exception, à l'encontre de la décision de le révoquer.
4. La décision de révocation a été prise par le directeur des Hôpitaux du Léman dont la compétence n'est pas contestée par le requérant. Ce dernier ne peut dès lors utilement faire valoir à l'encontre de la décision attaquée que les courriers de convocation devant le conseil de discipline du 6 avril 2021 et que le rapport de saisine de ce conseil de discipline du 4 mai 2021 auraient été signés par une autorité incompétente. Au surplus, ces documents ont été signéss par M. D H, directeur adjoint chargé des ressources humaines, qui disposait d'une délégation de signature du 14 janvier 2019 pour " tous contrats, décisions, conventions, courriers, correspondances ou autres documents, relatifs à la gestion du Personnel non médical ". Dès lors, le moyen tiré, par voie d'exception, de l'incompétence de l'autorité signataire de ces décisions doit être écarté.
En ce qui concerne le vice de procédure tirée de la méconnaissance de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales :
5. Aux termes de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable, par un tribunal indépendant et impartial, établi par la loi, qui décidera, soit des contestations sur ses droits et obligations de caractère civil, soit du bien-fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle. "
6. Le conseil de discipline n'étant ni une juridiction, ni un tribunal au sens du premier paragraphe de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, M. C ne peut utilement soutenir que la décision attaquée serait entachée d'un vice de procédure dès lors que le conseil de discipline aurait méconnu l'article 6 précité en ne permettant la publicité des débats.
En ce qui concerne le défaut de production de l'avis du conseil de discipline :
7. Contrairement à ce que soutient le requérant, le défendeur a justifié de l'existence d'un avis motivé du conseil de discipline en produisant le procès-verbal de la séance du 4 mai 2021. Par suite, le moyen doit être écarté.
En ce qui concerne la matérialité des faits reprochés à M. C et leur qualification en fautes disciplinaires :
8. L'autorité investie du pouvoir disciplinaire peut légalement infliger à un agent une sanction sur le fondement de témoignages qu'elle a anonymisés à la demande des témoins, lorsque la communication de leur identité serait de nature à leur porter préjudice. Dans le cas où l'agent se plaint de ne pas avoir été mis à même de demander communication ou de ne pas avoir obtenu communication d'une pièce ou d'un témoignage utile à sa défense, il appartient au juge d'apprécier, au vu de l'ensemble des éléments qui ont été communiqués à l'agent, si celui-ci a été privé de la garantie d'assurer utilement sa défense.
9. Le requérant fait grief à l'autorité disciplinaire de s'être fondée sur le témoignage d'une étudiante, rapporté par Mme B A, également étudiante, cadre de santé, cette dernière n'ayant pas été le témoin de ces faits, le signalement étant anonyme (l'autorité disciplinaire ayant masqué l'identité de l'auteur et tout signe d'identité). Toutefois, M. C a été en capacité d'identifier l'autrice du témoignage l'incriminant, dès lors qu'il indique lui-même devant le conseil de discipline qu'il s'agissait d'une élève infirmière. Par suite, l'anonymisation du témoignage n'a pas pu l'empêcher de se défendre régulièrement. Au surplus, ce témoignage comporte des indications suffisamment précises, notamment sur la teneur des actes reprochés à M. C et les circonstances dans lesquelles ils ont été commis, pour que son anonymisation n'ait pas pu avoir pour effet de priver l'intéressé de la faculté de comprendre les faits qui lui étaient reprochés et d'assurer utilement sa défense. Enfin, ce signalement anonymisé se double également d'un rapport circonstancié en date du 25 mars 2021 dans lequel Mme F et Mme I, toutes deux cadres de santé, indiquent que le comportement brutal de M. C durant la nuit du 7 décembre a été signalé par " plusieurs soignants " et que certains des griefs avaient déjà été constatés par le passé ainsi qu'il est dit au point 10. M. C ne peut, dans ces circonstances, sérieusement soutenir que cette restitution indirecte des agissements reproché ne permettrait pas d'établir la matérialité des griefs.
10. Si des cadres ont pu s'interroger sur la qualité du travail de M. C, sa capacité à prendre en charge des patients, son attitude de retrait avec les différentes équipes, les faits suivants survenus le 7 décembre 2020 : la manipulation brutale d'un patient opéré d'une prothèse totale de la hanche, sans prendre en compte la douleur et les cris du patient et sans rechercher une position antalgique, le changement de débit d'oxygène, la vulgarité et l'agressivité envers une collègue devant un patient, le défaut de surveillance, ainsi que le refus d'exécuter certaines tâches, le manque de surveillance, le manquement aux règles d'hygiènes, alors qu'il n'est pas sérieusement contesté que Mme F avait déjà reproché à l'intéressé, par le passé, des défauts d'hygiène, de sécurité, des refus d'effectuer certaines tâches ainsi que sa grossièreté et son agressivité, constituent des fautes professionnelles et sont de nature à justifier une sanction disciplinaire. Ces faits étant établis, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une erreur de fait.
11. Le requérant soutient que les faits reprochés ne peuvent pas être qualifiés de fautifs dès lors que les prescriptions du médecin du travail n'ont pas été respectées par l'administration, ce qui a empêché M. C d'exercer son travail dans une position conforme à ses capacités. L'intéressé fait notamment valoir qu'il aurait dû travailler en binôme et disposer d'un mi-temps thérapeutique. Toutefois, M. C, aide-soignant diplômé, ayant suivi, contrairement à ce qu'il soutient, une formation d'assistant de soin en gérontologie, qui avait été placé à mi-temps thérapeutique jusqu'au 19 octobre 2020, ne démontre pas que ses horaires de travail n'auraient pas été respectés. En outre, certains des faits qui lui sont reprochés, ont été commis après l'expiration de son mi-temps thérapeutique. Par ailleurs, M. C, qui a toujours travaillé au sein d'équipes de soignants, ne démontre pas avoir dû travailler seul. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que les faits qui lui sont reprochés ne pouvaient être retenus en raison de la méconnaissance des prescriptions de la médecine du travail.
En ce qui concerne la proportionnalité de la sanction :
12. M. C fait valoir que la sanction est disproportionnée car la sanction de révocation doit être réservée aux faits les plus graves. Selon lui, les faits reprochés n'ont pas causé de tort aux patients.
13. Toutefois, d'une part, il ressort de la décision attaquée que les faits reprochés à M. C sont graves, notamment en qu'il a dépassé son champ de compétence en ayant placé des lunettes à oxygène dans le nez d'un patient et en ayant modifié le dosage injecté sans s'en référer à l'infirmière ou à l'interne de garde. Il a fait preuve de brutalité dans ses actes de soins auprès d'un patient opéré d'une prothèse totale de la hanche. Il a manqué à son obligation de surveillance en n'ayant pas remarqué le décès d'un patient en soin palliatif. Enfin, M. C ayant déjà été sanctionné de quinze jours de suspension avec sursis moins d'un an avant la décision attaquée pour des faits de brutalité envers les patients et de grossièreté et de vulgarité avec ses collègues, la sanction litigeuse de révocation n'est pas disproportionnée.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation et d'injonction de M. C doivent être rejetées.
Sur les conclusions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
15. Les conclusions présentées par M. C, partie perdante, sont rejetées.
D E C I D E :
Article 1er :La requête de M. C est rejetée.
Article 2 :Le présent jugement sera notifié à M. G C et aux hôpitaux du Léman.
Délibéré après l'audience du 15 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Vial-Pailler, président,
M. Villard, premier conseiller,
Mme Pollet première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 décembre 2024.
Le président, rapporteur,
C. VIAL-PAILLER
L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,
N. VILLARDLe greffier,
G. MORAND
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2103249
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026