mardi 24 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2103279 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | LEXCASE SOCIETE D'AVOCATS LYON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 20 mai 2021 et le 3 juillet 2023, Mme AK AH, M. C J et Mme S J, M. R J et Mme AA J, M. P M et Mme S M, M. V F et Mme AL F, M. AD F et Mme AF F, M. R AI et Mme AC AI, M. AE D et Mme N D, M. W U, M. H B et Mme AB Y, M. T F et Mme Q F, M. K Z et Mme F L, M. G X et Mme A X, M. AJ I et Mme AG I et M. O E, représentés par Me Bard, demandent au tribunal :
1°) de condamner SNCF Réseau à verser à M. et Mme M la somme de 118 000 euros en réparation de leur préjudice ;
2°) de condamner SNCF Réseau à verser à Mme AH la somme de 115 000 euros en réparation de leur son préjudice ;
3°) de condamner SNCF Réseau à verser à M. V F et Mme AL F la somme de 127 000 euros en réparation de leur préjudice ;
4°) de condamner SNCF Réseau à verser à M. AD F et Mme AF F la somme de 112 000 euros en réparation de leur préjudice ;
5°) de condamner SNCF Réseau à verser à M. T F et Mme Q F la somme de 140 000 euros en réparation de leur préjudice ;
6°) de condamner SNCF Réseau à verser à M. et Mme AI la somme de 122 500 euros en réparation de leur préjudice ;
7°) de condamner SNCF Réseau à verser à M. W U la somme de 110 000 euros en réparation de leur préjudice ;
8°) de condamner SNCF Réseau à verser à M. et Mme I la somme de 146 000 euros en réparation de leur préjudice ;
9°) de condamner SNCF Réseau à verser à M. H B et Mme AB Y la somme de 126 000 euros en réparation de leur préjudice ;
10°) de condamner SNCF Réseau à verser à M. et Mme D la somme de 124 000 euros en réparation de leur préjudice ;
11°) de condamner la SNCF Réseau à verser à M. Z et Mme L la somme de 120 000 euros en réparation de leur préjudice ;
12°) de condamner SNCF Réseau à verser à M. et Mme E la somme de 110 000 euros en réparation de leur préjudice ;
13°) de condamner SNCF Réseau à verser à M. et Mme X la somme de de 110 000 euros en réparation de leur préjudice ;
14°) de condamner SNCF Réseau à verser à M. C J et Mme S J la somme de 115 000 euros en réparation de leur préjudice ;
15°) de condamner SNCF Réseau à verser à Mme AA J en son nom propre et en sa qualité d'ayant droit de son époux la somme de 105 000 euros en réparation de son préjudice ;
16°) de mettre à la charge de SNCF Réseau la somme de 8 000 euros à verser à l'ensemble des requérants au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la requête collective, qui repose sur un fait générateur et un fondement de responsabilité identiques pour toutes les victimes, est recevable ;
- chacun des requérants justifie être propriétaire, ce qui lui donne qualité pour agir ;
- les travaux en litige sont une source quotidienne de nuisances sonores, de pollutions et de risques pour la sécurité routière ; la responsabilité sans faute de SNCF Réseau pour dommages permanents de travaux publics est donc engagée ; ils subissent des dommages graves et spéciaux en lien avec le fonctionnement anormal de cet ouvrage ;
- la gare de triage a été dénaturée dans sa destination et dans son usage pour être transformée en base arrière de travaux située à proximité des habitations ; SNCF réseau ne peut, dans ces conditions, s'exonérer en invoquant la circonstance que l'ouvrage public ferroviaire est antérieur à la construction des maisons ;
- certains dommages résultent ou sont aggravés par la mauvaise exécution des travaux publics ; ils présentent ainsi un caractère accidentel ;
- les requérants ont chacun subi une perte de la valeur vénale de leur propriété, un préjudice moral et un préjudice de jouissance entre 2017 et 2020.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 25 octobre 2022 et le 29 septembre 2023, SNCF Réseau, représentée par Me Büsch, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 8 000 euros soit mise à la charge solidaire des requérants sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice.
Elle soutient que :
- la requête collective ne permet pas un examen distinct des situations individuelles de chacun des requérants, si bien qu'elle est irrecevable ;
- certains requérants ne produisent pas de document permettant de prouver leur intérêt à agir ;
- les nuisances sonores ne sont pas mesurées ni situées par rapport aux habitations ; l'exposition prolongée à des poussières ou des produits polluants n'est pas caractérisée ; la matérialité des préjudices n'est donc pas établie ;
- le lien de causalité entre les dommages et l'ouvrage public ferroviaire fait défaut ;
- le dommages dont se plaignent les requérants sont des dommages permanents ; or, ils ne présentent pas un caractère anormal et spécial ;
- l'ouvrage public ferroviaire est antérieur à la construction des maisons, si bien que les victimes, qui se sont exposées en connaissance de cause à la situation, ne peuvent pas prétendre à indemnisation de leur préjudice ;
- le préjudice de perte de valeur vénale n'est pas établi ; en tout état de cause, une éventuelle perte de valeur vénale devrait tenir compte des travaux amélioratifs effectués par SNCF Réseau dans 32 maisons ;
- la demande indemnitaire au titre du trouble de jouissance se confond avec celle présentée au titre de la perte de valeur vénale et surtout du préjudice moral ; l'indemnisation accordée ne devrait pas excéder 3 619 euros par requérant.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Ban,
- les conclusions de M. Callot, rapporteur public ;
- les observations de Me Bard représentant les requérants et de Me Virassamy représentant la SNCF Réseau.
Considérant ce qui suit :
1. Mme AH et les autres requérants habitent des maisons se situant rue Paul Vaillant Couturier et chemin de Rivecourt dans un quartier légèrement excentré du centre-ville de Portes-lès-Valence ou, en allant vers le Sud, chemin du Chez sur la commune limitrophe d'Etoile-sur-Rhône. Elles sont implantées sur une bande de terrain délimitée à l'Est, à quelques dizaines de mètres, par un site ferroviaire existant depuis la fin du 19ème siècle et, à l'Ouest, à moins de 200 mètres, par l'autoroute A7 construite dans les années 1960. Les requérants se plaignent de ce que les travaux engagés par SNCF Réseau en 2017, pour transformer le site ferroviaire, existant et à l'activité réduite, en base de travaux ferroviaire ainsi que l'exploitation ultérieure de celle-ci, sont une source importante de nuisances pour eux. Par lettre du 8 février 2021, ils ont présenté ensemble une demande préalable d'indemnisation à la SNCF Réseau qui est restée sans réponse. Par leur requête, ils demandent la condamnation de SCNF Réseau à réparer leur préjudice sur le fondement de la responsabilité pour dommages de travaux publics.
Sur la recevabilité de la requête :
2. En premier lieu, une requête indemnitaire émanant de plusieurs requérants est recevable si les conclusions qu'elle comporte présentent entre elles un lien suffisant.
3. La requête est formée par des voisins immédiats du site ferroviaire et tend à la condamnation de SNCF Réseau à payer à chacun une indemnité en compensation de préjudices de même nature et qui trouvent leur source dans le même fait générateur. Les requérants invoquent également un fondement de responsabilité identique. Si cette requête collective rend plus difficile l'examen distinct de la situation individuelle de chaque requérant pour évaluer son préjudice propre, elle ne le rend pas pour autant impossible compte tenu notamment des pièces produites qui se rapportent à la situation spécifique de chaque requérant. Dès lors, leurs conclusions présentent entre elles un lien suffisant et, par suite, la fin de non-recevoir tirée de ce que cette requête collective serait irrecevable doit être écartée.
4. En second lieu, en matière indemnitaire, chaque requérant demande la réparation du préjudice propre qu'il a personnellement subi et chacun n'a donc intérêt à agir qu'en ce qui concerne son préjudice.
5. Il résulte de l'instruction que Mme AH a produit une attestation notariée de propriété. M. et Mme M fournissent une évaluation de la valeur de leur propriété ainsi que de nombreuses photographies qui suffisent à prouver leur intérêt à agir en l'absence de contestation plus circonstanciée de SNCF Réseau. M. et Mme D produisent une estimation de leur propriété et SNCF Réseau indique d'ailleurs, dans ses écritures, que des menuiseries " performantes " ont été installées chez eux. Enfin, M. et Mme X versent au débat de nombreux documents dont l'acte de vente par lequel ils ont acquis leur propriété le 18 mai 2006. Dès lors, SNCF Réseau n'est pas fondée à soutenir que ces requérants ne justifient pas de la qualité leur donnant intérêt à agir.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la nature des travaux réalisés en 2017 et le fonctionnement ultérieur du site :
6. Il résulte de l'instruction que, dans le cadre d'un contrat de performance signé avec l'Etat afin de renouveler et de moderniser le réseau ferroviaire, SNCF Réseau a engagé des travaux importants sur le site ferroviaire de Portes-lès-Valence afin d'améliorer la fonctionnalité de la base-travaux existante depuis 2012 et de permettre l'accueil de convois ferroviaires dit " trains-travaux " assurant l'approvisionnement des chantiers de renouvellement de voies. Ce projet a nécessité notamment, à l'intérieur du périmètre du site de 30 ha, la création d'une nouvelle voie sur 950 mètres environ, la dépose de voies sur 3 kilomètres environ et le ripage de voie sur 1 550 mètres environ, l'aménagement de 2,5 kilomètres de voies de circulation routière dont 500 mètres revêtus, l'aménagement de plusieurs aires de chargement et déchargement de matériaux pour les trains-travaux ainsi que d'une aire de mouillage du ballast, la mise en place de clôtures et de dispositifs d'éclairage du site et des travaux de terrassement.
7. Pendant la phase d'exploitation, le site rénové permet d'assurer les opérations de renouvellement de voies programmées dans le bassin rhodanien au moyen de " trains-travaux ", l'approvisionnement en matériaux neufs se faisant par voies ferroviaire et routière. Le renouvellement des voies consiste à remplacer la totalité des éléments constitutifs de la voie, le ballast, les traverses, les rails et systèmes de fixation des rails.
En ce qui concerne la responsabilité de SNCF Réseau :
8. Le maître de l'ouvrage est responsable, même en l'absence de faute, des dommages que les ouvrages publics dont il a la garde peuvent causer aux tiers tant en raison de leur existence que de leur fonctionnement. Il ne peut dégager sa responsabilité que s'il établit que ces dommages résultent de la faute de la victime ou d'un cas de force majeure. Ces tiers ne sont pas tenus de démontrer le caractère grave et spécial du préjudice qu'ils subissent lorsque le dommage n'est pas inhérent à l'existence même de l'ouvrage public ou à son fonctionnement et présente, par suite, un caractère accidentel.
9. Il résulte de l'instruction et en particulier d'un constat établi par un huissier et des nombreuses vidéos fournies que la transformation du site ferroviaire de Portes-lès-Valence décrite au point 6 a généré des travaux importants à l'origine de nuisances sonores diverses et intenses ainsi que des vibrations par l'utilisation d'engins de chantier. Son exploitation ultérieure, qui est liée aux chantiers de renouvellement dont le premier concernait en 2018 la ligne Valence-Grenoble, a entraîné également des travaux quasi quotidiens de déchargement et de rechargement effectués sur une large amplitude horaire variable selon les zones de chantier et pouvant aller jusqu'à 3 heures du matin. Ces opérations ont été effectuées par des engins de chantier lourds, notamment pour décharger le ballast, provoquant des nuages de poussière, des vibrations ponctuelles et des signaux lumineux dans la nuit. Par ailleurs, le site était approvisionné par des rotations fréquentes de poids lourds de plus de 3,5 tonnes circulant sur des voies communales étroites bordées d'habitations dont celles des requérants qui subissaient, en outre, le bruit résultant du passage des trains roulant parfois de nuit pour transporter le ballast pollué puis neuf. Si les pièces versées à l'instance par les requérants ne permettent pas de mesurer précisément le niveau de bruit émergent généré par le fonctionnement du site par rapport au bruit ambiant, il résulte clairement de l'instruction que ces troubles, pendant les phases d'aménagement et de fonctionnement de la base de travaux, ont aggravé de manière importante les conditions de vie des habitants proches du chantier et ont excédé, par leur intensité et leur durée entre 2017 et 2020, les sujétions que les riverains doivent normalement supporter sans indemnité.
10. D'autant que ces nuisances, si elles sont essentiellement inhérentes à l'existence et au fonctionnement même de l'ouvrage public depuis sa transformation, ont été aggravées par des facteurs évitables tenant au non-respect à la fois des horaires autorisés de travaux définis par zones de chantier et de l'arrêté pris le 9 décembre 2020 par le maire de Portes-lès-Valence afin d'interdire la circulation des camions de plus de 3,5 tonnes dans la rue Paul Vaillant Couturier. A cet égard, l'inspecteur de l'environnement a réalisé une visite d'inspection du site en 2020 et a constaté des non-conformités, que le dossier ne permet toutefois pas de connaitre dans le détail, contre lesquelles SNCF réseau a été invitée à établir un plan d'actions. Elle s'est alors notamment engagée à transférer au port de commerce le ballast à l'issue du confinement, ce qu'elle a fait pour la période postérieure à celle de la demande indemnitaire.
11. Il résulte par ailleurs de l'instruction que la construction par SNCF Réseau d'un mur anti-bruit et les travaux d'isolation phonique qu'elle a réalisés dans certaines maisons d'habitation des requérants n'ont eu qu'un impact limité sur le niveau des nuisances sonores subies eu égard à la quasi mitoyenneté des habitations et des zones de chantier et à l'absence de maîtrise par SNCF Réseau de l'impact acoustique de la plateforme. Par ailleurs, SNCF Réseau ne peut utilement invoquer la carence du maire dans l'exercice de se pouvoirs de police qui constitue un fait du tiers.
12. Enfin, les résultats des analyses de l'eau de la piscine de Mme AH prélevée le 12 mars 2020 en phase chantier montrent une pollution aux hydrocarbures avec notamment une quantité importante de benzo(a)pyrène qui intervient dans la composition des bitumes utilisées pour les voies ferrées. Les résultats du prélèvement du 27 août 2020, hors phase de chantier, révèlent une moindre concentration des substances polluantes notamment de benzo(a)pyrène. Si ces éléments précis auraient dû conduire SNCF Réseau à s'expliquer dans ses écritures sur la mise en place des systèmes de récupération des eaux pluviales et des eaux qui ruissellent sur la base travaux notamment dans les zones où étaient effectuées le mouillage du ballast, les requérants n'apportent toutefois pas des éléments suffisants permettant d'apprécier la gravité des risques sanitaires résultant de cette pollution du sol qui apparaît ponctuelle et d'exclure la contribution d'autres facteurs environnementaux locaux à ce phénomène, tels que la présence de l'autoroute et d'un dépôt pétrolier.
13. Il résulte des éléments qui précèdent que les modifications ainsi apportées à l'état du site antérieur ont eu pour effet d'aggraver très notablement les inconvénients résultant de l'occupation des maisons d'habitation situées à proximité immédiate de ce site ferroviaire. Les requérants demandent une compensation des seules nuisances nées de l'extension de la base travaux et de son exploitation survenues postérieurement à l'acquisition de leur propriété. Les évolutions de ce site ferroviaire, dont l'activité était en baisse depuis des décennies, étaient largement imprévisibles. Dès lors, SNCF Réseau n'est pas fondée à soutenir, pour s'exonérer de sa responsabilité, que l'ouvrage public ferroviaire est antérieur à la construction des maisons des requérants et qu'en conséquence, ils se seraient exposés en toute connaissance de cause à la situation dommageable dont ils se plaignent.
14. Il s'ensuit que la responsabilité sans faute de la SNCF Réseau est pleinement engagée à l'égard des requérants et qu'elle doit être condamnée à réparer leurs dommages qui dépassent ceux que les proprietaires d'immeubles proches d'un ouvrage public doivent supporter sans indemnité.
En ce qui concerne les préjudices :
S'agissant des troubles de jouissance et du préjudice moral :
15. Les travaux initiaux importants d'aménagement de la base de travaux ainsi que son fonctionnement ultérieur nécessitant la circulation des poids lourds à proximité des habitations ont provoqué des nuisances sonores quasi quotidiennes et des émissions de poussières qui ont fortement perturbé les conditions de vie des requérants. Par leur intensité, leur fréquence et leur amplitude horaire importante, ces nuisances ont généré des troubles de jouissance de leur propriété à l'origine d'une anxiété se manifestant notamment par des troubles du sommeil. Au titre de la période d'indemnisation demandée allant de 2017 à 2020, et eu égard à la situation préexistante des lieux marquée par la présence d'infrastructures bruyantes, il sera fait une juste appréciation de l'ensemble de ces troubles de jouissance et de leurs répercutions morales ou mentales, en accordant à chacun des requérants, dont les maisons d'habitation sont toutes à proximité immédiate du site ferroviaire, la somme de 7 000 euros. Compte tenu des justificatifs médicaux produits par M. V F dont la santé physique et psychologique a été particulièrement affectée par les travaux publics litigieux, SNCF Réseau sera condamnée à lui verser une somme de 8 000 euros ainsi qu'à son épouse au titre de leurs troubles de jouissance et de leur préjudice moral.
S'agissant du préjudice tiré de la perte de valeur vénale des biens immobiliers :
16. Le seul constat d'une perte de valeur vénale d'un bien immobilier n'est pas suffisante pour caractériser la gravité requise pour que le préjudice né d'un dommage permanent soit de nature à ouvrir droit à indemnisation.
17. Les estimations immobilières produites par les requérants sont assez sommaires notamment en ce que, pour établir la perte de valeur vénale des propriétés des requérants, elles ne distinguent pas clairement celle résultant des nuisances supplémentaires imputables au seul fonctionnement de la base travaux de celle en lien avec les infrastructures autoroutières et ferroviaires préexistantes dans ce quartier déjà faiblement attractif avant les travaux. Il ressort également de ces documents établis par des agences immobilières ou des notaires que la perte de valeur vénale des habitations des requérants est demeurée relativement modérée. Par ailleurs, SNCF Réseau fait valoir que le fonctionnement du site ferroviaire n'a pas eu d'influence significative sur le prix de vente en s'appuyant sur des données publiques qui permettent d'estimer que le prix de vente moyen au m² des maisons situées le long de la rue Paul Vaillant Couturier est globalement comparable entre 2017 et 2022 et surtout qu'ils sont similaires au prix médian constaté sur des maisons plus éloignées du site. Enfin, il résulte de l'instruction et notamment d'un article de journal publié le 18 octobre 2022 qu'après la phase particulièrement intensive des travaux initiaux d'aménagement, le fonctionnement du site, dont l'activité apparaît intermittente, s'est amélioré après 2020 notamment avec le transfert du traitement du ballast au port de commerce et un meilleur respect des interdictions de circulation des poids lourds sur les voies communales situées le long du site. Aussi, et eu égard à l'existence d'une ambiance sonore préexistante importante, les requérants ne démontrent pas, avec suffisamment de certitude, le caractère grave du préjudice qu'ils invoquent. Par suite, aucune indemnité ne leur est due au titre de la perte de valeur vénale de leur propriété.
Sur les frais liés à l'instance :
18. En application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu de mettre à la charge de SNCF réseau le versement d'une somme globale de 2 000 euros à verser aux requérants au titre des frais exposés et non compris dans les dépens et de rejeter les conclusions présentées par SNCF Réseau, partie perdante, à ce même titre.
D E C I D E :
Article 1er : La SNCF Réseau est condamnée à verser d'une part à M. M et d'autre part à Mme M la somme de 7 000 euros chacun.
Article 2 : La SNCF Réseau est condamnée à verser à Mme AH la somme de 7 000 euros.
Article 3 : La SNCF Réseau est condamnée à verser d'une part à M. V F et d'autre part à Mme AL F la somme de 8 000 euros chacun.
Article 4 : La SNCF Réseau est condamnée à verser d'une part à M. AD F et d'autre part à Mme AF F la somme de 7 000 euros chacun.
Article 5 : La SNCF Réseau est condamnée à verser d'une part à M. T F et d'autre part à Mme Q F la somme de 7 000 euros chacun.
Article 6 : La SNCF Réseau est condamnée à verser d'une part à M. AI et d'autre part à Mme AI la somme de 7 000 euros chacun.
Article 7 : La SNCF Réseau est condamnée à verser à M. W U la somme de 7 000 euros.
Article 8 : La SNCF Réseau est condamnée à verser d'une part à M. I et d'autre part à Mme I la somme de 7 000 euros chacun.
Article 9 : La SNCF Réseau est condamnée à verser d'une part à M. H B et d'autre part à Mme AB Y la somme de 7 000 euros chacun.
Article 10 : La SNCF Réseau est condamnée à verser d'une part à M. D et d'autre part à Mme D la somme de 7 000 euros chacun.
Article 11 : La SNCF Réseau est condamnée à verser d'une part à M. Z et d'autre part à Mme L la somme de 7 000 euros chacun.
Article 12 : La SNCF Réseau est condamnée à verser d'une part à M. E et d'autre part à Mme E la somme de 7 000 euros chacun.
Article 13 : La SNCF Réseau est condamnée à verser d'une part à M. X et d'autre part à Mme X la somme de 7 000 euros chacun.
Article 14 : La SNCF Réseau est condamnée à verser d'une part à M. J et d'autre part à Mme J la somme de 7 000 euros chacun.
Article 15 : La SNCF Réseau est condamnée à verser à Mme AA J la somme de 7 000 euros et une autre somme de 7000 euros en sa qualité d'ayant droit de son époux décédé le 2 mai 2021.
Article 16 : La SNCF Réseau versera aux requérants une somme globale de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 17 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 18 : Le présent jugement sera notifié à Mme AK AH en application des dispositions de l'article R. 751-3 du code de justice administrative et à la société SNCF Réseaux.
Délibéré après l'audience du 28 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Triolet, présidente,
M. Ban, premier conseiller.
M. Doulat, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 décembre 2024.
Le rapporteur,
J-L. Ban
La présidente,
A. Triolet
La greffière,
J. Bonino
La République mande et ordonne au préfet de la Drôme en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026