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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2103295

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2103295

jeudi 13 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2103295
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantVIVES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 mai 2021 et 30 septembre 2022, Mme A B, représentée par Me Vives, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision révélée par les mentions portées sur son bulletin de paie du mois d'août 2020, par lesquelles le directeur départemental des finances publiques de l'Isère lui a réclamé un trop perçu au titre du demi-traitement qui lui avait été versé sur la période allant du mois de mars 2019 au mois de juillet 2020, ensemble la décision implicite du 15 mai 2021 par laquelle le directeur a rejeté le recours gracieux formé à leur encontre ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêt du versement de son demi traitement méconnaît les dispositions de l'article 27 du décret n°86-442 du 14 mars 1986 ;

- les demi-traitements qu'elle a perçu dans l'attente de la décision du comité médical lui sont définitivement acquis.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er décembre 2021, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les conclusions à fin d'injonction sont irrecevables, dès lors qu'il n'appartient pas au juge administratif d'adresser des injonctions à l'administration ;

- Mme B ayant été admise à la retraite par un arrêté du 1er juillet 2021, avec effet rétroactif à compter du 16 juin 2019, elle ne saurait solliciter le versement d'un demi traitement sur la période du mois d'août 2020 au mois d'août 2021.

Vu :

- les autres pièces du dossier

- l'ordonnance n°2103347 du 29 juin 2021 par laquelle le juge des référés du tribunal de céans a prononcé la suspension de la décision implicite de rejet du 15 mai 2021 portant refus de versement d'un demi-traitement, et ayant enjoint à la direction départementale des finances de l'Isère de reprendre ce versement à compter de la notification de l'ordonnance

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique d'Etat ;

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des comités médicaux et des commissions de réforme, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D,

- les conclusions de Mme E,

- et les observations de Me Vives, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1.Mme A B, qui exerçait les fonctions d'agent administratif des finances publiques depuis l'année 2010, a été placée en congé ordinaire de maladie à compter du 15 juin 2016, puis en disponibilité pour raison de santé à compter du 15 juin 2017 et jusqu'au 15 septembre 2019. Le 12 février 2019, elle a demandé son admission à la retraite pour invalidité. A compter du mois d'août 2020, le versement de son demi-traitement a été interrompu et le bulletin de paie de ce mois mentionne l'existence d'un trop perçu sur la période allant du mois de mars 2019 au mois de juillet 2020. Par un premier courrier du 29 septembre 2020 présenté par l'intermédiaire de son conseil, et resté sans réponse, Mme B a demandé des explications sur son bulletin de paie du mois d'août 2020. Par un second courrier du 11 mars 2021, notifié le 15 et resté également sans réponse, Mme B a demandé le versement des sommes correspondant au demi-traitement qu'elle ne percevait plus depuis le mois d'août 2020, et contesté l'existence d'un trop perçu sur la période antérieure. Enfin, après avoir à deux reprises sursis à statuer dans l'attente d'un complément d'expertise, la commission de réforme a rendu son avis le 20 mai 2021, et Mme B a ensuite été admise à la retraite pour invalidité par un arrêté du 1er juillet 2021, avec effet rétroactif, à compter du 16 juin 2019.

2.Par la présente requête, Mme B doit être regardée, dans le dernier état de ses écritures, comme demandant au tribunal l'annulation de la décision, révélée par les mentions portées sur son bulletin de paie du mois d'août 2020, par lesquelles le directeur départemental des finances publiques de l'Isère lui a réclamé un trop perçu au titre du demi-traitement qui lui avait été versé sur la période allant du mois de mars 2019 au mois de juillet 2020, ensemble la décision implicite du 15 mai 2021 par laquelle le directeur a rejeté le recours gracieux formée à son encontre.

Sur la légalité des décisions attaquées :

3.D'une part, aux termes de l'article 34 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat : " Le fonctionnaire en activité a droit : " () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. () ". Aux termes de l'article D. 712-12 du code de la sécurité sociale : " En cas de maladie, le fonctionnaire qui ne peut bénéficier de l'un des régimes de congé de maladie, de congé de longue maladie ou de congé de longue durée, prévus par la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la Fonction publique de l'Etat, mais qui remplit les conditions fixées par le livre III du présent code pour avoir droit à l'indemnité journalière mentionnée au 4° de l'article L. 321-1, a droit à une indemnité égale à la somme des éléments suivants : 1°) la moitié ou les deux tiers, suivant le cas, du traitement et des indemnités accessoires () ; / 2°) la moitié ou les deux tiers, suivant les cas, () de l'indemnité de résidence () ; / 3°) la totalité des avantages familiaux. / Toutefois, les maxima prévus par la réglementation du régime général de sécurité sociale sont applicables dans les cas mentionnés au présent article. ".

4.D'autre part, aux termes des dispositions de l'article 27 du décret n° 86-442 du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et aux régime de congés maladie des fonctionnaires, dans sa version applicable résultant du décret du 5 octobre 2011 relatif à l'extension du bénéfice du maintien du demi-traitement à l'expiration des droits statutaires à congé de maladie, de longue maladie ou de longue durée des agents de la fonction publique de l'Etat, de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalier : " Lorsqu'un fonctionnaire a obtenu pendant une période de douze mois consécutifs des congés de maladie d'une durée totale de douze mois, il ne peut, à l'expiration de sa dernière période de congé, reprendre son service sans l'avis favorable du conseil médical : en cas d'avis défavorable, () il est soit mis en disponibilité, soit reclassé dans un autre emploi, soit, s'il est reconnu définitivement inapte à l'exercice de tout emploi, admis à la retraite après avis d'un conseil médical. Le paiement du demi-traitement est maintenu, le cas échéant, jusqu'à la date de la décision de reprise de service, de reclassement, de mise en disponibilité ou d'admission à la retraite. () ".

5.Le droit au maintien du demi-traitement prévu par les dispositions précitées de l'article 27 du décret du 14 mars 1986 ne s'applique qu'entre la date de fin des droits statutaires à congé de maladie d'un fonctionnaire et la date de la décision de reprise de service, de reclassement, de mise en disponibilité ou d'admission à la retraite. En l'espèce, Mme B n'avait donc droit au maintien de son demi traitement qu'entre le 16 juin 2017, date à laquelle ses droits à congé maladie ordinaire avaient expiré, et le 29 aout 2017, date à laquelle elle a été placée en disponibilité d'office pour raison de santé avec effet rétroactif au 16 juin 2017. Dès lors, elle n'est pas fondée à soutenir qu'elle avait droit au maintien de son demi-traitement, sur ce fondement, jusqu'à la date de son admission à la retraite, le 1er juillet 2021.

6.Cependant, le ministre en charge des finances ne peut utilement se prévaloir, pour justifier du trop-perçu réclamé à Mme B, de son admission à la retraite à compter du 16 juin 2019, dès lors que cette admission a été prononcée à titre rétroactif par un arrêté du 1er juillet 2021, et ne peut ainsi constituer le fondement de la décision révélée par le bulletin de paie du mois d'août 2020. De plus, s'il fait valoir que Mme B n'avait plus droit au versement de son demi traitement à compter du mois de juin 2019, il n'apporte aucun élément de nature à établir que les droits de Mme B au versement de l'indemnité prévue par les dispositions précitées de l'article D. 712-12 du code de la sécurité sociale auraient expiré à compter de cette date, alors au demeurant qu'il ressort des décomptes de rappels annexés au bulletin de paie en cause que ceux-ci débutent dès le mois de mars 2019. Dans ces conditions, il ne justifie ni dans son principe ni dans son montant du trop-perçu dont il se prévaut.

7.Il résulte de ce qui précède que doit être annulée la décision, révélée par les mentions portées sur son bulletin de paie du mois d'août 2020, par laquelle le directeur départemental des finances publiques de l'Isère a réclamé à Mme B un trop perçu au titre du demi-traitement qu'elle avait perçu sur la période allant du mois de mars 2019 au mois de juillet 2020, ensemble la décision implicite du 15 mai 2021 par laquelle le directeur a rejeté le recours gracieux qu'elle avait formé à son encontre.

Sur l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8.Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Mme B de la somme de 1 500 euros qu'elle demande sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision attaquée du directeur départemental des finances publiques de l'Isère est annulée, ensemble la décision implicite portant rejet du recours gracieux formé à son encontre.

Article 2 : L'Etat versera la somme de 1 500 euros à Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique et au directeur départemental des finances publiques de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 16 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Triolet, présidente,

M. C et M. D, premiers conseillers.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 avril 2023.

Le rapporteur,

N. D

La présidente,

A. TRIOLET La greffière,

J. BONINO

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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